La Chute des Souvenirs - Nouvelle d'Inspiration Gnostique

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La Chute des Souvenirs - Nouvelle d'Inspiration Gnostique

Message le 10 décembre 2008, 18:32

LA CHUTE DES SOUVENIRS

Elle semblait penser à lui pendant que je l’observais. Elle devait l’aimer sans doute. Je ne voyais pas l’homme, je ne faisais que la regarder sous tous les angles cherchant à deviner ses pensées. Elle faisait travailler ses mâchoires l’une contre l’autre comme pour mieux le désirer et beaucoup lui signifier. Se reprenant l’espace d’un instant après son désir passager, elle amenait son auriculaire à la bouche, les yeux excentrés vers le téléphone, elle jubilait de pouvoir si elle le voulait mais elle ne le ferait pas. Pourquoi avait-elle laissé les années partir et sa voix se perdre ?
En compagnie de ses amies, elle riait selon les convenances établies se refusant encore d’avouer un reste de passion qu’il se devait d’imaginer. Car en fait, elle se moquait bien de ce qu’il avait pu devenir depuis. Mais, il se raccrochait à cette idée qu’elle éprouvait encore quelque chose pour lui, quoi que cela puisse être. En fait, elle n’avait plus voulu s’en occuper, lui donner l’illusion de penser encore à lui.

Son amour aidant, il parvint à se propulser vers elle et chemin faisant, il contrôla le phénomène. Souvent, il s’absentait pour la visiter. Bien sûr, elle ne pouvait pas le voir mais l’important était pour lui de la voir évoluer, de la voir exister, de la voir partager sa vie, même avec d’autres.
Quand il n’était pas prés d’elle, il dessinait avec l’index le nom de sa belle dans l’espace. Il devait même parfois se retenir de prononcer son nom quand il rentrait le soir fatigué de sa journée de labeur. Mais elle ne voulait plus.
Cela lui aurait trop coûté d’attendre qu’une autre vienne à lui. Il en était resté là où elle avait cessé de l’aimer. Il la visita en esprit de plus en plus souvent au point de délaisser son corps, sa vie n’ayant plus aucun sens, privé d’elle. L’état de son corps déclina et les médecins ne gardaient branchés qu’un légume sans âme.
Quand un homme cherchait à la séduire, il s’amusait à deviner s’il avait une chance de la ramener chez lui. Il s’était rendu compte que les hommes pour qui elle avait un faible, étaient presque tous désincarnés, comme branchés sur des canaux bien huilés qui font que les filles tombent chaque fois et se réveillent le nez dans le ruisseau au petit matin. Quand l’homme avait envie d’elle, emporté par son instinct et sans la moindre hésitation, il lui assénait quelques grasses flatteries et elle succombait dans son délire et s’offrait tout entière à son désir.

Moi, je n’avais jamais osé la prendre de force, ou la travailler de façon qu’elle craque parce que tout simplement quand je lui parlais, je ne me sentais plus, je perdais chacun de mes repères, baigné par l’émotion que faisait naître sa voix dans mon coeur. Alors souvent, je m’engouffrais dans un de ces corps vide d’esprit quand il venait l’entourer de ses bras et je souffrais d’autant plus de sentir tout ce désir qu’elle exprimait pour cet homme qui n’était pas moi. Je voulais seulement que quelque chose lui éveille l’esprit et lui donne à songer à moi, mais elle s’abandonnait à mon corps d’emprunt. Je restais près d’elle tant que je voyais que je ne perturbais pas son aura. Souvent, je l’envahissais et les ténèbres venaient noircir ses ondées. Alors, il me fallait ressortir de l’enveloppe parce que je commençais à dévorer son âme à trop vouloir d’elle.
Maman qui souffrait horriblement de mon état consentit selon l’avis des médecins à débrancher les appareils et je perdis ma belle insatiable en pénétrant dans les couches infernales. Là, il me fut reproché d’avoir perdu ma liqueur séminale, de m’être reposé sur les épaules de maman, de n’avoir pas pris mes responsabilités, d’avoir trop espéré des jeunes femmes de la terre sans avoir fait un pas vers elles, d’avoir eu des pensées coupables pour les jeunes femmes que je croisais dans la rue, d’avoir eu peur des hommes et enfin, d’avoir été triste et mélancolique. A l’annonce de mon jugement, je vis mon étincelle divine, ma flamme s’enfuir en direction du feu continuel. Mon Esprit me toisait de haut fort mécontent de mes inactions. Quand il m’abandonna à son tour pour rejoindre le feu continuel, je vis la multitude en moi, j’avais toujours été en guerre perpétuelle contre moi-même. De cette opposition, je n’avais rien osé construire préférant être passif et me laisser porter au large d’abord par les uns, ensuite ramené vers la plage par les autres, mais je n’avais jamais pu rejoindre la côte. Je n’avais pas su trouver la paix, prendre le temps de faire zazen, assis sur mon coussin. Je n’étais pas mort à moi-même pour renaître d’Eau et d’Esprit. Je n’avais pas cherché Dieu de toute mon âme.

Bientôt, il me semblait que j’allais cesser d’exister. Je perdais mes ego les uns après les autres, chacun était des morceaux d’elle tant elle m’avait contaminé l’existence. Entre ma traversée des lacs de feu et la Chute des Souvenirs, je n’avais conservé que les grandes lignes de ma passion, mais ils m’avaient arraché le prénom de mon aimé. Mon dernier souvenir d’elle s’évapora et peu après, je fus dissous complètement. J’émergeais au bas de la Chute, déchu de toute polarité.
Devenu élémental, sans passé, je me refusai à plonger de nouveau dans la création et déclamai à qui voulait m’écouter qu’il était inutile de tenter l’aventure. Je refusai mon aide aux magiciens et des générations d’élémentaux se succédèrent tandis que je refusais obstinément de reprendre le cours normal des incarnations.

J’eus comme un choc lorsqu’un élémental en tout point semblable aux autres s’ébroua sur le rivage. Il en venait des centaines en permanence mais celui-ci, étrangement, me semblait différent, comme digne d’intérêt. Il accapara tout mon être et j’entrepris de l’instruire de ce que j’avais acquis. Je lui expliquais les règles, mes craintes sur la plongée dans la création, espérant l’effrayer afin qu’il reste près de moi. Il me demandait de justifier mes craintes et je lui répondais que vivre me semblait une quête vaine et inutile, qu’il n’y avait aucun état vers lequel évoluer. J’aimais qu’il soit intéressé par ce que j’éprouvais, mais alors que nous étions en balade, il me montra le germe d’un cristal qu’il avait choisi pour s’incarner. Devant moi, il s’infiltra dans la matière cristalline et pendant des milliers d’années, il développa la patience. Quand les hommes l’ôtèrent de la roche et le taillèrent en petits morceaux, il quitta le règne minéral pour rejoindre le végétal. Il évolua parmi les grands arbres où il apprit à se diriger vers la lumière mais aussi à puiser, recevoir, croître et prospérer. Mais un bûcheron passant par là, le trancha à sa base. Quittant le végétal pour le règne animal, je le vis éprouver ses premières craintes, devant parfois fuir, lutter et se battre pour ne pas périr. Il finit ses incarnations animales dans une batterie industrielle d’élevage de porcs.

Enfin, le règne humain lui ouvrit ses portes, il choisit de naître femme.
Parce que je l’aimais depuis toujours, j’avais voulu la soutenir lui révélant des dons de médium dés sa toute petite enfance. Mais en venant la posséder, je ne faisais que faire éloigner son âme. J’aurai pu contrôler un autre médium et goûter ma promise à travers lui mais pour combien de temps. je désirai que ça dure éternellement. Je savais bien qu’il me fallait devenir homme pour qu’elle me ressente pleinement de l’extérieur vers l’intérieur. Et je comptais les mondes qui me séparaient d’elle : le règne minéral, le végétal et l’animal. Malgré mon envie de la tenir dans mes bras, le chemin était trop long et ardu.

Je me perdais dans la contemplation de la Chute où je voyais partir les souvenirs par milliers, s’engouffrer dans le gigantesque maelström, qui comme un trou noir se dévorait lui-même. Alors, j’entrepris comme Orphée de remonter, de revenir des Enfers. En grimpant la Chute des Souvenirs, le trou noir me rendit mes souvenirs d’elle et je compris cette attirance fatale. Mais, il me rendit également l’expérience acquise par des milliards d’individus. Parvenu au sommet de la Chute, j’ai regardé dans le précipice et j’ai vu que le maelström avait disparu. J’avais puisé toute sa force. Bien qu’autour de moi, des malheureux tombaient par centaine dans le précipice, cela ne rendait pas au vortex l’énergie que je lui avais prise. Il ne semblait pas pouvoir se reformer. Arrivés au pied de la chute, les malheureux au lieu d’être revigorés, s’immobilisaient comme des statues de glaise, l’âme cristallisée. Les suivants, se frayant un passage au milieu des statues, connurent le même sort avant d’atteindre l’ancien rivage. Les derniers arrivants brisaient les âmes des premiers sans exprimer le moindre remords. La glaise répandue sur le sol commençait à former des monticules qui finiraient sûrement par combler la chute dans toute sa hauteur. J’avais brisé la roue du grand lessivage. Malgré cela, j’ai continué mon chemin et sautant à cloche pieds pour éviter les lacs de feu, je croisais l’essence de mon Antéa d’antan qui n’était autre que l’élémental que j’avais suivi dans la ronde des réincarnations. Elle était en prise à de féroces démons qui tiraient sur ses cheveux, déchiraient sa poitrine à coup de griffes et l’empalaient à coups de cornes. Mon état de Djinn, victorieux de la Chute des Souvenirs et des lacs de feu, effraya ses tortionnaires et ils s’enfuirent devant moi. Comme je ne voulais pas que ni moi ni elle, ne périssions en poussière au bas de la chute, je l’accompagnai sur les rivages du Styx. Quand le passeur dans sa barque nous vit approcher, il sauta dans le fleuve pour échapper à mon regard comme si j’avais été investi des pouvoirs de Méduse. J’ai fait monter ma compagne d’échappée dans le vaisseau de la délivrance. Mon état de Djinn me permit de me retourner avant de franchir les portes de la mort et ainsi j’emmenais pour mes retrouvailles terrestres des pouvoirs faramineux. De retour dans le monde des vivants, j’ai partagé avec elle l’immensité de mes pouvoirs. Riche de mon savoir, des informations qu’elle avait su tirer de moi, elle fit des Amériques, un immense harem où se concentraient les hommes dans d’immenses enclos. De mon côté, je regroupai les femmes sur les plaques africo-eurasiennes. Je me régalais de les voir se battre entre elles seulement pour être ma maîtresse d’une nuit. Quand hommes et femmes dépassaient la soixantaine, nous avions décidé d’un commun accord de les envoyer finir leurs jours tranquillement sur le continent australien.

Comme nos deux corps n’étaient que la cristallisation de nos pensées toujours en mouvement, nous ne pouvions pas donner vie. Par notre volonté, les hommes et les femmes assistaient impuissant à la fin de l’humanité. Au bout d’une centaine d’années, il ne resta plus qu’elle et moi sur la planète. Nous étions bien forcés d’aller l’un vers l’autre. On s’est persuadés que nous étions fait pour vivre l’un avec l’autre. Et comme, il nous fallait trouver du plaisir, on s’est accouplés comme des bêtes en chaleur. Mais nos deux corps enlacés déchaînèrent une passion qui ravagea toute la flore et la faune, déracinant sur son passage les montagnes millénaires, provoquant la collision des objets célestes, bouleversant la ronde des étoiles. Il me plaisait de la savoir détentrice des grands mystères et bien que j'aimasse la dominer et la rendre servile, ses pouvoirs dévastateurs la rendaient encore plus désirable.

Au petit matin, malgré les éléments qui se déchaînaient autour de moi, les volcans qui entraient en éruption, les tremblements de terre à répétition qui secouaient la planète, les cyclones qui balayaient les arbres sur leur passage, les raz de marrée qui se succédaient, je l’ai trouvée allongée nue sur un parterre de pétales de roses rouges et jaunes et une envie irrésistible de me déverser en elle me reprit. Elle m’offrit sa bouche, ses yeux pétillaient d’une flamme débordante. Enfin, je ne me trouvais plus seul, j’avais retrouvé ma moitié. Je restais à la contempler. Elle sommeillait paisiblement me recouvrant à moitié de sa nudité. J’aurais alors voulu que le temps s’arrête parce qu’en cet instant, je n’avais plus aucun désir à satisfaire. Mais le Big-Crunch continuait ses ravages et nous n’avions plus moyen d’arrêter les collisions multiples des corps célestes malgré nos pouvoirs immenses rassemblés. Les anges restaient ébahis devant ce que nous avions fait. Eux qui chantaient habituellement des louanges au Seigneur avaient vu leur champ d’expérience mis à feu et à sang par la passion de deux êtres revenus des terres infernales. Les quelques élémentaux que j’avais quitté attendaient d’être incarnées mais la matière semblait vouloir se disloquer de l’intérieur, les germes cristallins irradiaient comme s’ils poussaient des cris plaintifs. Les lois de la physique n’avaient plus cours. Le croissant de lune vint éventrer la Terre qui se fendit en deux. Nous édifiâmes autour de notre moitié de Terre une barrière d’énergie protectrice, qui nous fit rebondir sans dommage sur les objets célestes. Cela nous permit aussi de conserver l’atmosphère maintenant nos corps en vie. À cause de cela, un seul d’entre nous pouvait se reposer pendant que l’autre activait de tous ses pouvoirs rassemblés la barrière protectrice. C’était à mon tour de souffler un peu mais j’eus encore envie de son corps luminescent et je commençai à caresser sa peau luisante dans la nuit. Malgré mes attouchements, elle essayait de rester stoïque, debout sans faiblir supportant la voûte céleste. Elle m’a prié d’arrêter, qu’il en allait de notre survie, qu’elle risquait de ne pas pouvoir tenir, mais je ne pouvais m’empêcher de coller mon corps contre le sien. Je voyais déjà des trouées noirâtres dans le ciel parce qu’elle se laissait aller à mon toucher précieux. N’y pouvant plus, elle répondit à mes attouchements en cessant de canaliser son énergie sur la voûte. Et pour un temps, on s’abandonna aux joies de l’amour.

Mais le réveil fut douloureux, l’atmosphère s’était fortement raréfiée. Je lui fis encore l’amour de crainte qu’elle me reproche les conséquences de mon acte dernier. Et dans le déferlement absolu de notre passion sexuelle, Pluton, la planète gelée se rapprocha de notre moitié de Terre qui sous la force de gravitation, explosa en mille morceaux. On se réfugia sur un morceau de quelques hectares de surface à peine et sur ce vaisseau sans gouvernail que le destin nous avait réservé, nous sortîmes du système solaire. Désormais, nous utilisions nos pouvoirs rassemblés pour contrecarrer le froid intersidéral. Mais nous étions déphasés et l’absence d’oxygène provoquait en nous des hallucinations, nous restions l’un contre l’autre pour nous réchauffer. Malgré cela, nos membres s’engourdirent et se couvrirent de glace. Je rassemblais mes dernières forces pour la coller contre moi et nous fûmes congelés pour l’éternité dans un baiser gelé. Si un jour vous nous découvrez, ayez pitié de nous, ramenez-nous à la vie.

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