Agneau

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Agneau

Message le 26 octobre 2010, 15:02

AGNEAU

A toutes les étapes du développement de la civilisation méditerranéenne - civilisation de pasteurs nomades autant que d'agriculteurs sédentarisés - l'agneau premier-né, celui qu'on appelle aujourd'hui agneau de la Saint-Jean, apparaît, dans sa blancheur immaculée et glorieuse, comme une cratophanie printanière : il incarne le triomphe du renouveau, la victoire, toujours à refaire, de la vie sur la mort. C'est cette même fonction archétypale qui fait de lui par excellence la victime propitiatoire, celui qu'il faut sacrifier pour assurer son propre salut. Et là, comme en beaucoup d'autres rites et coutumes, les adeptes de Dyonisos préfigurent le temps des grandes révélations : ainsi, pour permettre au dieu de réapparaître aux bords du lac de Lerne, par lequel il était descendu aux enfers chercher sa mère, ils jetaient dans le gouffre un agneau pour apaiser le Pylaochos, gardien des portes infernales.

Avec la révélation hébraïque ce symbole va prendre tout son sens : L'agneau (ou la brebis) symbolise d'abord l'Israélite, membre du troupeau de Dieu, (Isaïe, 40, 10-11) paissant sous la conduite de bergers (chefs politiques) (1 Hénoch 89, 12, s):

Voici le Seigneur l'Éternel qui vient avec puissance, tel un berger qui fait paître son troupeau, recueille dans son bras les agneaux, les met sur sa poitrine, conduit au repos les brebis mères (Isaïe, 40, 10-11).

L'image sera reprise par le christianisme (Luc 10, 3 ; 15 3s ; Jean 21, 15-17).

Mais surtout, avec une constance qu'aucun événement ne vient altérer, jusqu'à nos jours, l'agneau de lait, des juifs aux chrétiens, et de ceux-ci aux musulmans, est la victime sacrificielle de toutes les occasions, et surtout du Renouveau où se succèdent Pâque juive, Pâques chrétiennes, mort et résurrection du Christ agneau de Dieu, et sacrifice du Ramadan, ce Kurban qui, dans la langue courante au Moyen-Orient devient l'apostrophe affectueuse par laquelle on salue l'ami véritable, comme on lui dirait « frère ».

Une étude détaillée de ces trois rituels fait apparaître la continuité de leurs significations symboliques, jusque dans les moindres détails. Ainsi l'effusion du sang rédempteur du Christ sur la croix n'est pas sans rapport avec ce sang salvateur de l'agneau sacrifié dont les juifs enduisent les montants et le linteau de leur porte pour écarter de leur maison les forces du mal. Lorsque Jean-Baptiste s'écrie en voyant Jésus : Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (Jean, 1, 29), il se rattache certainement, au moins en partie, au thème sacrificiel. C'est l'accent pascal qui apparaît au premier plan dans la première épître de Pierre (1, 18-19) : le chrétien est libéré, comme jadis Israël d'Egypte, par le sang d'un agneau, Jésus-Christ.

Jean (19, 36) et Paul (I Cor 5, 7) affirment également que la mort du Christ accomplit parfaitement le sacrifice de l'agneau pascal.

Toutefois, le christianisme primitif se rattache également, en parlant de Jésus comme d'un agneau, à une autre prophétie de l'Ancien Testament : la mystérieuse page dans laquelle Isaïe (53, surtout le verset 7) annonce un messie souffrant, symbolisé par l'image d'un agneau mené à l'abattoir (voir Actes, 8, 32).

L'agneau est sur la montagne de Sion et au centre de la Jérusalem céleste, dans l'Apocalypse. Se fondant sur une description presque identique du Brahma-pura donnée par la Bhagavad-Gîtâ (15, 6) et de la Jérusalem céleste.

Guénon a suggéré un rapprochement - purement phonétique - entre l'agneau et l'Agni védique, lequel est d'ailleurs porté par un bélier. La similitude ne saurait être fortuite car, outre le caractère sacrificiel d'Agni, l'un et l'autre apparaissent comme la lumière au centre de l'être, celle qu'on atteint dans la quête de la Connaissance suprême. Ce rapprochement avec le dieu védique du feu manifeste l'aspect solaire, viril et lumineux de l'agneau: c'est la face léonine de l'agneau que l'on trouve également signalé dans l'Apocalypse, qui emploie 28 fois le mot agneau pour désigner le Christ.

Comme, d'une part, le mot grec n'est pas exactement le même que dans les cas précédents, et que, d'autre part, cet agneau exerce sa colère (6, 16 s), fait la guerre et remporte la victoire (17,14), on a pu, non sans quelque vraisemblance, supposer une influence, du symbolisme astral (le bélier du Zodiaque). Quoi qu'il en soit, la symbolique antérieure est encore présente : il s'agit d'un agneau immolé (5, 6, 9, 12) et donc sacrificiel ou même pascal. Mais le symbole renvoie ici au Christ ressuscité et glorifié. C'est pourquoi on y décèle des harmoniques nouvelles : l'agneau vainqueur de la mort (5, 5-6), des puissances du mal (17, 14), tout-puissant, divin (5, 7-9), et juge (6, 16 s).

C'est sans doute pour éviter toute confusion des cultes et des croyances, qui pourrait résulter de la similitude des symboles, qu'un concile tenu à Constantinople, en 692, ordonna que l'art chrétien représente le Christ en Croix, non plus sous la forme de l'agneau, ni entouré du soleil et de la lune, mais sous les traits de l'homme.

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