Vache

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Vache

Message le 26 octobre 2010, 15:38

VACHE

D'une façon générale, la vache, productrice de lait, est le symbole de la Terre nourricière. Dans l'Égypte ancienne, la vache Ahet est l'origine de la manifestation, la mère du soleil ; le corps du dieu, dans les mystères d'Osiris, était enfermé dans une vache de bois, et il renaissait par la gestation de celle-ci ; l'amulette AHAT, représentant la tête de la vache sacrée, portait du reste le disque solaire entre ses cornes et était utilisée pour émettre de la chaleur dans les corps momifiés. Cette coutume venait de la croyance selon laquelle, lorsque le soleil Rê s'était couché pour la première fois à l'horizon, la déesse-vache avait envoyé des êtres de feu le secourir jusqu'au matin, afin qu'il ne perde pas sa chaleur. Wallis-Budge signale d'autre part la coutume des femmes des tribus les plus primitives de la vallée du Nil, qui portaient une amulette représentant la déesse Hathor, sous forme d'une tête de vache ou de femme aux oreilles longues et plates, tombant comme celles d'une vache, pour s'assurer une large progéniture.

La figure d'Hathor, dans le panthéon égyptien, résume ces différents aspects du symbole de la vache. Elle est la fertilité, la richesse, le renouveau, la Mère, la mère céleste du soleil, jeune veau à la bouche pure, épouse aussi du soleil taureau de sa propre mère. Elle est nourrice du souverain d'Égypte ; elle est l'essence même du renouveau et de l'espoir en une survie, puisque régente et corps du ciel, l'âme vivante des arbres. Elle est dans tous les lieux où les Grecs virent les cités d'Aphrodite ; elle est une jeune femme, aimable et souriante, déesse de la joie, de la danse et de la musique, et l'on comprend que, projetant dans l'au-delà les espérances réalisées à chaque printemps sur terre, elle soit devenue, sur la rive gauche du Nil, à Memphis comme à Thèbes, la patronne de la montagne des morts. La Grande Mère ou Grande Vache des Mésopotamiens était aussi, de toute évidence, une déesse de la fécondité.

La représentation du symbole, associant la vache à la lune, à la corne, à l'abondance, est plus précise encore à Sumer, où l'on orne la lune de deux cornes de vache, tandis que la vache est représentée comme un croissant de lune. La nuit étoilée est dominée par le Taureau prestigieux dont la Vache féconde est la Pleine Lune, dont le troupeau est la Voie lactée. A certains endroits, il semblerait que les Sumériens aient conçu l'image curieuse d'un reflet de lune assimilé à un jet de lait de la Vache lunaire :

La blancheur de la Vache, un clair de lune qui monte ;
Le sourire du ciel a dénoué les longes
Des vaches multipliées dans les étables multipliées ;
Sur la table il fait couler le lait de la Vache féconde...

Chez les Germains, la vache nourricière Audumia est la première compagne d'Ymir, premier géant, née comme lui dans la glace fondue : elle est l'ancêtre de la vie, le symbole de la fécondité... Ymir comme Audumia sont antérieurs aux dieux.

Ce même symbolisme s'étend sur l'ensemble des peuples indo-européens. Il a gardé toute sa puissance en Inde, d'où la vénération qu'on y porte à cet animal, qui n'a nulle part été célébré plus éloquemment que dans les Veda, où, archétype de la mère fertile, elle joue un rôle cosmique et divin :

La vache est le ciel, la vache est la terre ; la vache est Vishnu et Prajâpati ; le lait trait de la vache a abreuvé les Sâdhya et les vasni... en elle réside l'ordre divin.

Elle est le nuage gonflé de pluie fertilisante qui tombe sur la terre lorsque les esprits du vent - qui sont Les âmes des morts - tuent l'animal céleste et le dévorent pour le ressusciter ensuite dans sa peau, dont ils l'avaient préalablement dépouillé. Symbole du nuage des eaux célestes, la vache qui se défait au ciel se reforme sur la terre, grâce à la nourriture que la pluie rend abondante. Elle joue donc un rôle analogue à celui du bouc et du bélier célestes, dans de nombreuses autres mythologies qui s'étendent des peuples Scandinaves jusqu'aux riverains du Niger.

A cette fonction d'enveloppe - ou de réservoir - des eaux célestes s'ajoute souvent une fonction de psychopompe, attestée dans la tradition védique qui voulait qu'une vache fût amenée au chevet des moribonds. Avant d'expirer, le mourant saisissait la queue de l'animal et s'y cramponnait. Le mort était ensuite conduit au bûcher sur un chariot attelé de vaches, et suivi d'une vache noire. Cette dernière était sacrifiée, sa chair disposée sur le cadavre, et l'ensemble, étendu sur un bûcher crématoire, était enveloppé de la peau de l'animal... Le bûcher allumé, l'assistance chantait en demandant à la vache de monter avec le défunt au royaume des bienheureux qui passe par la voie lactée.

Selon certaines variantes, la vache psychopompe - parfois remplacée par une chèvre non tachetée - était attachée au pied gauche du cadavre.

La vache était sacrifiée au pied du bûcher funéraire et les parties nobles étaient disposées rituellement sur le cadavre ; ainsi ses reins étaient placés dans les mains du défunt, tandis que l'on récitait des stances.

Il faut souligner ici combien la robe de l'animal précise tel ou tel aspect du symbole. Car cette vache noire, qui est sans doute un avatar de la vache cachée du Veda, qui correspond à l'aurore primordiale, se retrouve dans le Tao-Te King (chap 6) pour désigner la femelle mystérieuse, le Principe féminin, origine du ciel et de la terre ; toujours dans le Veda, la vache laitière bigarrée est le symbole de l'androgyne initial ; tandis que la vache blanche - incarnation la plus totalisante du symbole - est, tout comme la vache noire, mise en rapport avec le feu sacrificiel, l'agnihotra. Mais l'agnihotra est aussi le sacrifice de la parole, et les vaches sont les formules sacrées des Veda.

Est-ce le souvenir de ce symbolisme upanishadique ? La vache est associée, étroitement, dans plusieurs textes du bouddhisme zen, au processus graduel conduisant à l'Illumination. Toutefois, l'ascète n'est pas ici un vacher, un gopâla krishnaïte, et la vache n'est pas elle-même la lumière, comme elle l'est parfois dans l'Hindouisme. Elle représente la nature de l'homme et sa capacité d'illumination, que les dix tableaux du domptage de la vache font passer progressivement du noir au blanc. Lorsque la vache blanche elle-même disparaît, l'homme a échappé aux limitations de l'existence individuelle.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce vieux symbole n'a pas complètement disparu de notre mémoire, comme en témoigne l'oeuvre du peintre écologiste Uriburu, qui a exposé des tableaux représentant une vache verte, pour célébrer les vertus de la nature naturante, menacée par le développement de la civilisation industrielle.
Est-il possible de soulever le voile d'Isis avec une pure intention quand on n'est pas "Homme" ?!

Que faire quand on est issu du produit d'une civilisation décadente qui est plus admirative des pseudo-miracles de la science que des alchimistes et Maîtres qui nous ont montré le chemin au fil des siècles ?

Pourquoi faut-il que la mystique nous tente mais pas assez pour que nous prenions le ciel d'assaut ?

Comment ne pas se repentir de cette léthargie abominable qui nous condamne à échouer sur le chemin de l'intégration de l'Etre ?

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