Dragon

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Dragon

Message le 26 octobre 2010, 15:43

DRAGON

Le dragon nous apparaît essentiellement comme un gardien sévère ou comme un symbole du mal et des tendances démoniaques. Il est en effet le gardien des trésors cachés, et comme tel l'adversaire qui doit être vaincu pour y avoir accès. C'est en Occident le gardien de la Toison d'Or et du Jardin des Hespérides ; en Chine, dans un conte des T'ang, celui de la Perle ; la légende de Siegfried confirme que le trésor gardé par le dragon n'est autre que l'immortalité.

Le dragon comme symbole démoniaque s'identifie en réalité au serpent : Origène confirme cette identité à propos du Psaume 74 (voir Léviathan). Les têtes de dragons brisées, les serpents détruits, c'est la victoire du Christ sur le mal. Outre l'imagerie bien connue de saint Michel ou de saint Georges, le Christ lui-même est parfois représenté foulant aux pieds les dragons. Le patriarche zen Houei-nêng fait également des dragons et des serpents les symboles de la haine et du mal. Le terrible Fudô (Acala) nippon, dominant le dragon, vainc par là même l'ignorance et l'obscurité.

Mais ces aspects négatifs ne sont pas les seuls, ni les plus importants. Le symbolisme du dragon est ambivalent, ce qu'exprime d'ailleurs l'imagerie extrême-orientale des deux dragons affrontés, qu'on retrouve dans l'art médiéval, et plus particulièrement dans l'hermétisme européen et musulman, où cet affrontement prend une forme analogue à celle du caducée. C'est la neutralisation des tendances adverses, du soufre et du mercure alchimiques (alors que la nature latente, non développée, est figurée par l'ouroboros, le dragon qui se mord la queue). En Extrême-Orient même, le dragon comporte des aspects divers en ce qu'il est animal aquatique, terrestre - voire souterrain - et céleste à la fois ; ce en quoi on a pu le rapprocher de Quetzalcoatl, le serpent à plumes des Aztèques. On a tenté, mais sans aucun succès, de distinguer entre le dragon long (aquatique) et le dragon k'ouei (terrestre) ; il existe au Japon une distinction populaire entre les quatre espèces céleste, pluviale, terrestre-aquatique et souterraine.

En réalité, il ne s'agit que d'aspects distincts d'un symbole unique, qui est celui du principe actif et démiurgique : puissance divine, élan spirituel, dit Grousset ; symbole céleste en tout cas, puissance de vie et de manifestation, il crache les eaux primordiales ou l'oeuf du monde, ce qui en fait une image du Verbe créateur. Il est la nuée qui se déploie au-dessus de nos têtes et va déverser ses flots fertilisants. C'est le principe k'ien, origine du Ciel et producteur de la pluie, dont les six traits sont six dragons attelés ; son sang, dit encore le Yi-king, est noir et jaune, couleurs primordiales du Ciel et de la Terre. Les six traits de l'hexagramme k'ien figurent traditionnellement les six étapes de la manifestation, depuis le dragon caché, potentiel, non-manifesté, non-agissant, jusqu'au dragon planant, qui fait retour au principe, en passant par le dragon dans les champs, visible, bondissant et volant.

Le dragon s'identifie, selon la doctrine hindoue, au Principe, à Agni ou à Praja-pâti. Le Tueur de Dragon est le sacrificateur qui apaise la puissance divine et s'identifie à elle ; le dragon produit le soma, qui est breuvage d'immortalité ; il est le soma de l'oblation sacrificielle. La puissance du dragon, enseigne Tchouang-tseu, est chose mystérieuse : elle est la résolution des contraires ; c'est pourquoi Confucius vit, selon lui, en Lao-tseu la personnification même du dragon. Par ailleurs, si le dragon-soma procure l'immortalité, le dragon chinois y conduit également : les dragons volants sont montures d'Immortels ; ils les élèvent vers le Ciel.

Houang-ti, qui avait utilisé le dragon pour vaincre les tendances mauvaises, monta au Ciel sur le dos d'un dragon. Mais il était lui-même dragon, de même que Fou-hi, le souverain primordial qui reçut d'un cheval-dragon le Ho-t'ou ; c'est grâce au dragon que Yu-le-Grand put organiser le monde en drainant les eaux surabondantes : le dragon, envoyé du Ciel, lui ouvrit la voie (k'aitao).

Puissance céleste, créatrice, ordonnatrice, le dragon est tout naturellement le symbole de l'empereur. Il est remarquable que ce symbolisme s'applique non seulement en Chine, mais chez les Celtes, et qu'un texte hébreu parle du Dragon céleste comme d'un roi sur son trône. Il est en effet associé à la foudre (il crache du feu) et à la fertilité (il amène la pluie). Il symbolise ainsi les fonctions royales et les rythmes de la vie, qui garantissent l'ordre et la prospérité. C'est pourquoi il est devenu l'emblème de l'empereur. De même qu'on expose des portraits de celui-ci, quand sévit la sécheresse, on fait une image du dragon Yin et il commence alors à pleuvoir.

Le dragon est une manifestation de la toute-puissance impériale chinoise : la face du dragon signifie la face de l'empereur ; la démarche du dragon est l'allure majestueuse du chef ; la perle du dragon, qu'il est censé posséder dans la gorge, est l'éclat indiscutable de la parole du chef, la perfection de sa pensée et de ses ordres. On ne discute pas la perle du dragon, déclarait encore Mao.

Si le symbolisme aquatique demeure évidemment capital, si les dragons vivent dans l'eau, font naître des sources, si le Roi-dragon est un roi des nâga (mais il s'identifie, ici encore, au serpent), le dragon est surtout lié à la production de la pluie et du tonnerre, manifestation de l'activité céleste. Unissant la terre et l'eau, il est le symbole de la pluie céleste fécondant la terre. Les danses du dragon, l'exposition de dragons de couleur appropriée permettent d'obtenir la pluie, bénédiction du ciel. En conséquence le dragon est signe de bon augure, son apparition est la consécration des règnes heureux.

Il arrive que, de sa gueule ouverte, sortent des feuillages : symbole de germination. Une coutume indonésienne veut qu'au jour de l'an une suite de jeunes gens se revêtent d'un dragon de papier qu'ils animent et font danser par les rues, tandis que les citadins massés aux fenêtres lui offrent des salades vertes qu'il engloutit pour la plus grande joie du public. La colonie indonésienne de Hollande perpétue chaque année ce rite dans les rues d'Amsterdam. Le tonnerre est inséparable de la pluie ; son lien avec le dragon se rattache à la notion de principe actif, démiurgique ; Houang-ti, qui était dragon, était aussi génie du tonnerre ; au Cambodge, le dragon aquatique possède une gemme dont l'éclat - et l'éclair - provoque la pluie.

La montée du tonnerre, qui est celle du yang, de la vie, de la végétation, du renouvellement cyclique, est figurée par l'apparition du dragon, qui correspond au printemps, à l'est, à la couleur verte : le dragon s'élève dans le ciel à l'équinoxe de printemps et s'enfonce dans l'abîme à l'équinoxe d'automne ; ce que traduisent les positions des étoiles kio et ta-kio, Epi de la Vierge et Arcturus, les cornes du dragon. L'utilisation du dragon dans l'ornementation des portes en Orient lui confère également un symbolisme cyclique, mais plutôt, de nature solsticiale. Astronomiquement, la tête et la queue du Dragon sont les noeuds de la lune, les points où ont lieu les éclipses : d'où le symbolisme chinois du dragon dévorant la lune et celui, arabe, de la queue du Dragon comme région ténébreuse. Nous rejoignons ici un aspect obscur du symbolisme du dragon, mais l'ambivalence est constante : le dragon est yang comme signe du tonnerre et du printemps, de l'activité céleste ; il est yin comme souverain des régions aquatiques ; yang en ce qu'il s'identifie au cheval, au lion - animaux solaires -, aux épées ; yin en ce qu'il est métamorphose d'un poisson ou s'identifie au serpent ; yang comme principe géomantique ; yin comme principe alchimique (mercure).

Le dragon rouge est l'emblème du Pays de Galles. Le Mabinogi de Lludd et Llewelys raconte la lutte du dragon rouge et du dragon blanc, ce dernier symbolisant les Saxons envahisseurs. Finalement les deux dragons, ivres d'hydromel, sont enterrés au centre de l'île de Bretagne, à Oxford, dans un coffre de pierre. L'île ne devait subir aucune invasion tant qu'ils n'auraient pas été découverts. Le dragon enfermé est le symbole des forces cachées et contenues : les deux faces d'un être voilé. Le dragon blanc porte les couleurs livides de la mort, le dragon rouge celles de la colère et de la violence. Les deux dragons enterrés ensemble signifient la fusion de leur destin. La colère est tombée, mais les dragons pourraient ressurgir ensemble. Ils demeurent comme une menace, une puissance virtuelle, prompte à se lancer contre tout nouvel envahisseur.

On peut rattacher l'image de la baleine rejetant Jonas à la symbolique du dragon, monstre qui avale et recrache sa proie, après l'avoir transfigurée. Cette image d'origine mythique solaire représente le héros englouti dans le dragon. Le monstre vaincu, le héros conquiert une éternelle jeunesse. Le voyage aux enfers accompli, il remonte du pays des morts et de la prison nocturne de la mer. L'analyse de C.G. Jung a tiré parti de ce mythe, dont l'expérience clinique a retrouvé le thème dans les rêves, et de son interprétation traditionnelle : le mythe familier de Jonas et de la baleine, où le héros est avalé par un monstre marin gui l'entraîne sur la mer, la nuit, d'ouest en est, symbolise la marche supposée du soleil du crépuscule à l'aube. Le héros, explique J.L. Henderson, s'enfonce dans les ténèbres, qui représentent une sorte de mort... la lutte entre le héros et le dragon... laisse paraître... le thème archétypique du triomphe du Moi sur les tendances régressives.

Chez la plupart des gens, le côté ténébreux, négatif, de la personnalité reste inconscient. Le héros, au contraire, doit se rendre compte que l'ombre existe et qu'il peut en tirer de la force. Il lui faut s'accorder avec ses puissances destructrices s'il veut devenir assez redoutable pour vaincre le dragon. En d'autres termes, le Moi ne peut triompher qu'autant qu'il a d'abord maîtrisé et assimilé l'ombre. Le même auteur cite dans le même sens l'acceptation par Faust du défi de Méphistophélès, le défi de la vie, le défi de l'inconscient : à travers lui, à travers ce qu'il a cru être la poursuite du mal, il débouche sur les horizons du salut.

Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions (R.M. Rilke, Lettres à un jeune poète). Le dragon est d'abord en nous.

Les dragons représentent aussi l'armée de Lucifer opposée à l'armée des anges de Dieu : Se déplaçant un peu plus vite que la lumière divine, crachant d'avance tous les feux de l'enfer, puissamment armés de toutes les griffes de la haine et de tous les crocs du désir, cuirassés d'égoïsme, munis des ailes puissantes du mensonge et de la ruse, les dragons de Lucifer étaient au mal ce que les anges de Dieu étaient au bien. Les dragons de Lucifer !... Sifflant, soufflant, hurlant, rugissant, ils fondent encore sur nous au fond des âges et des ténèbres... Les serpents, les rats, les vampires, les chauves-souris, tout ce qui est frappé d'horreur et de puissance maléfique dans la mémoire ancestrale et dans l'imagination populaire est, à peine camouflée, une image de dragons qui menaçaient le Tout-Puissant. Si quelque chose subsiste, au fond de l'inconscient collectif, de la terreur originelle et de la répugnance primordiale, c'est bien l'ombre de la bête fabuleuse et abjecte qui composait le gros de ce que nous appellerions aujourd'hui, pour parler notre langage et en forçant les termes avec une vulgarité un peu facile, les troupes aériennes et le corps blindé du Malin.

Saint Georges ou saint Michel et le dragon, dont les artistes ont si souvent représenté le combat, illustrent la lutte perpétuelle du mal contre le bien. Sous les formes les plus variées, on en retrouve la hantise dans toutes les cultures et toutes les religions, et jusque dans le matérialisme dialectique de la lutte des classes.

L'axe des dragons, dans le thème astrologique, est aussi nommé axe de destinée. La tête du dragon, qui indique le lieu du thème où doit se construire le foyer de l'existence consciente, est opposée à la queue du dragon, qui brasse toutes les influences venues du passé, le karma dont il faut triompher. Ces deux parties du dragon sont également appelées noeuds lunaires, Nord et Sud ; il s'agit des points où la trajectoire de la lune croise celle du soleil.

Le dragon est le symbole du mercure philosophal. Deux dragons qui se combattent désignent les deux matières du Grand Oeuvre ; l'un est ailé et l'autre pas, pour signifier la fixité de l'une, la volatilité de l'autre. Lorsque le soufre, fixe, a changé en sa propre nature le mercure, les deux dragons font place à la porte du jardin des Hespérides, où l'on peut cueillir sans crainte les pommes d'or.

La lignée Brug-pa Kagyu-pa, qui appartient au véhicule de Diamant signifie lignée du dragon Kagyu-pa ; ses enseignements sont magnifiquement exposés dans Vie et Chants de Brug-pa Kun-Legs le Yogin qui vécut au XVe siècle, et dont le nom signifie Beau Dragon. Il est vénéré au Boutan, près du Tibet (le Boutan étant le Pays du Dragon).

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