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Crocodile

Message le 26 octobre 2010, 15:42

CROCODILE

Cosmophore ou porteur du monde, divinité nocturne et lunaire, maître des eaux primordiales, le crocodile, dont la voracité est celle de la nuit dévorant chaque soir le soleil, présente, d'une civilisation ou d'une époque à une autre, quantité des innombrables facettes de cette chaîne symbolique fondamentale qui est celle des forces maîtresses de la mort et de la renaissance. S'il est redoutable, c'est à l'instar de toute fatalité, parce que la force qu'il exprime est inéluctable, comme la nuit pour que revienne le jour, comme la mort pour que revienne la vie.

L'Occident retient du crocodile sa voracité, mais en fait surtout un symbole de duplicité et d'hypocrisie. En mythologie chinoise, le crocodile est l'inventeur du tambour et du chant ; il joue donc un certain rôle dans le rythme et l'harmonie du monde ; on y connaît aussi un crocodile produisant un éclat de lumière. Les légendes cambodgiennes mettent aussi le crocodile en rapport avec l'éclat d'une gemme et d'un diamant. Dans tous ces cas, nous rejoignons le symbolisme de l'éclair, traditionnellement associé à celui de la pluie.

Car le crocodile est naturellement en rapport avec l'eau, soit qu'il la produise, soit qu'il règne sur elle. Il est, dans l'Inde, la monture du mantra Vam, qui est la semence verbale de l'Eau. L'iconographie ne le distingue pas toujours du makara, monture de Varuna, qui est le Seigneur des Eaux. Dans les légendes et les conceptions populaires du Cambodge, le roi de la terre et des eaux n'est pas le nâga angkorien, mais son homophone et homologue exact le nâk, qui est le crocodile. L'asura Bali, le Kron Pâli cambodgien, maître de la terre, est un crocodile.

La bannière du crocodile, utilisée au Cambodge dans les rites funéraires, est aussi mise en rapport avec la légende de Kron Pâli. Elle rappelle en tout cas que Pâli règne sur le monde inférieur, ce qu'il faut rapprocher de l'attribution du crocodile au Seth égyptien (le Typhon grec), symbole des ténèbres et de la mort. Le crocodile est d'ailleurs lié au royaume des morts dans de nombreux pays d'Asie.

Chez les Pueblo-Mixtèques et les Aztèques (ancien Mexique), la terre est née d'un crocodile qui vivait dans la mer originelle. Dans le Codex Borgia, le crocodile est représenté comme symbole de la terre. Le Crocodile de la maison du ruissellement est aussi un des noms donnés dans un manuscrit du Chilam Balam au Dragon Céleste qui vomira le déluge à la fin du monde.

Dans la version maya de la genèse, le grand crocodile originel porte la terre sur son dos dans une conque.

Divinité chthonienne, il apparaît souvent comme substitut du grand Jaguar, maître des mondes souterrains. A ce titre, il est fréquemment associé aux nénuphars.

Symbole d'abondance, à dominante lunaire, il est souvent représenté dans la glyptique maya avec le signe u (signe de la lune) sur la tête, d'où jaillissent les nénuphars ou des pousses de maïs. Ailleurs, des plantes sortent directement de son nez, fait de coquillages. Il veille, dans la mythologie maya aux extrémités des quatre chemins, comme fait le jaguar chez les Aztèques. Dans ce cas, il est souvent bicéphale et peut être remplacé par des serpents ou des lézards. L'association, dans la glyptique maya, du crocodile et d'une mâchoire ouverte souligne encore sa parenté avec le jaguar, mâchoire de la terre dévorant le soleil. L'association crocodile-mâchoire est universellement associée à son rôle initiatique.

Dans de nombreux mythes indiens d'Amérique du Sud, le crocodile apparaît également comme un substitut du jaguar ; expression des forces chthoniennes. Il a généralement pour antagoniste la tortue. La complémentarité jaguar-crocodile recouvre celle des éléments feu et eau dont ils sont les avatars, ou les maîtres.

Chez les Mélanésiens, le crocodile-ancêtre, fondateur de la quatrième classe sociale, la dernière en date, a également le serpent pour substitut.

Nulle part mieux que dans les rites initiatiques de la société Poro du Liberia n'apparaît sa profonde signification initiatrice. Pour la célébration de ces rites - de circoncision - les jeunes enfants, appelés à devenir par là des adultes, disparaissent en forêt pour une retraite qui peut durer quatre ans. On dit alors qu'ils sont morts, dévorés par le Poro ou esprit-crocodile. Ils sont censés alors subir une nouvelle gestation au terme de laquelle, s'ils ne meurent pas - ce qui se produit parfois -, ils sont rejetés par le Poro après avoir perdu leur prépuce. On dit alors qu'ils naissent une nouvelle fois, portant des cicatrices qui sont la marque des dents du Poro - ce qui n'est pas sans rappeler l'idée de la vagina dentata. Un patient du Dr Abraham, souligne Bruno Bettelheim commentant cette coutume, comparait le vagin aux mâchoires d'un crocodile, ce qui indique qu'à notre époque les Occidentaux peuvent produire des phantasmes analogues.

Dans la mythologie égyptienne, le crocodile Sobek, qui assiste avidement à la psychostasie, est le Dévorateur. Il engloutira les âmes qui n'auront pu se justifier et qui ne seront plus qu'ordures dans son ventre. Mais pour la traversée des gués avec les troupeaux, on recourait à de nombreux procédés magiques pour éviter le crocodile ; il était même chanté, par dérision sans doute, comme le Charme des Eaux. Des temples lui furent élevés, cependant, dans la région des lacs ; une ville lui fut dédiée : Crocodilopolis. Levé des eaux primordiales, il fut invoqué comme le taureau des taureaux, grand être mâle, dieu de fécondité, à la fois aquatique, chthonien et solaire. On le voyait en effet sortant des ondes, comme le soleil au matin, et dévorant les poissons, considérés comme les ennemis du soleil. On apprivoisait des crocodiles sacrés, que l'on ornait de bijoux.

En d'autres régions d'Égypte, ils étaient au contraire considérés comme des monstres. Les hiéroglyphes traduisent cette diversité de sentiments et de croyances, en même temps qu'ils en donnent une explication tout au moins partielle : les yeux du crocodile indiquent le lever du jour ; sa gueule, un meurtre ; sa queue, les ténèbres et la mort.

Pour Plutarque, le crocodile sera un symbole de la divinité. Mais les raisons qu'il en donne sont parmi les plus faibles de l'herméneutique sacrée : Il n'a point de langue ; or la raison divine n'a point besoin de paroles pour se manifester. C'est le seul animal qui, vivant au milieu des eaux, ait les yeux couverts d'une membrane légère et transparente : il voit sans être vu, privilège du premier des dieux. Les crocodiles produisent soixante oeufs qu'ils mettent autant de jours à faire éclore. C'est aussi soixante années, qu'ils vivent le plus longtemps. Or le nombre soixante est le premier que les astronomes emploient dans leurs calculs.

Dans la Bible, le crocodile, sous le nom du Léviathan, est décrit comme un des monstres du chaos primitif (Job, 40, 25 ; 41,26).

C'est d'ailleurs cette image qui a prévalu dans les rêves, tout au moins des Occidentaux : le crocodile s'apparente au dragon quant à sa signification, mais il renferme une vie encore plus ancienne, plus insensible, capable de détruire impitoyablement celle de l'homme. Il est un symbole négatif, car il exprime une attitude sombre et agressive de l'inconscient collectif.

Sa position d'intermédiaire entre les éléments terre et eau fait du crocodile le symbole des contradictions fondamentales. Il s'agite dans la vase, d'où sort une végétation luxuriante : à ce titre, il est symbole de fécondité. Mais il dévore et détruit, sortant soudain des eaux et des roseaux : à ce titre, il est le démon de la méchanceté, le symbole d'une nature vicieuse. Fécondité, cruauté, il est l'image de la mort et joue un rôle de psychopompe : les défunts étaient parfois représentés en Égypte sous forme de crocodiles. Il ressemble aux grands hydrosauriens préhistoriques et aux dragons des légendes : à ce titre, il est le maître des mystères de la vie et de la mort, le grand initiateur, le symbole des connaissances occultes, la lumière alternativement éclipsée et foudroyante.
Issu d'une civilisation décadente qui est plus admirative des pseudo-miracles de la science que du chemin emprunté par les alchimistes et Maîtres des écoles de régénération, comment puis-je me détourner des fausses valeurs ?
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Est-il possible de soulever le voile d'Isis avec une pure intention quand on est un animal intellectuel ?
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Pourquoi faut-il que la mystique me tente mais pas assez pour que je prenne le ciel d'assaut ?
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Quels egos me faut-il éliminer afin de pouvoir emprunter le chemin de l'intégration de L’Être ?

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