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Anneau

Posté : 14 avril 2011, 09:18
par Gemani
Anneau

Il suffit de citer, parmi de nombreux exemples, l'anneau nuptial et l'anneau pastoral, ainsi que l'anneau du Pêcheur qui sert de sceau pontifical et que l'on brise à la mort du Pape, pour percevoir que l'anneau sert essentiellement à marquer un lien, à attacher. Il apparaît, ainsi comme le signe d'une alliance, d'un voeu, d'une communauté, d'un destin associé.

L'ambivalence de ce symbole vient du fait que l'anneau relie en même temps qu'il isole, ce qui n'est pas sans rappeler la relation dialectique maître-esclave. L'image du fauconnier baguant un faucon qui, dès lors, ne chassera plus que pour lui peut être rapprochée de celle de l'Abbé, substitut de la divinité, passant l'anneau nuptial au doigt de la novice, qui devient de ce fait l'épouse mystique de Dieu, la servante du Seigneur. Avec cette différence que la soumission de la religieuse, contrairement à celle de la bête, est librement consentie. C'est ce qui donne à l'anneau sa valeur sacramentelle : il est l'expression d'un voeu. On remarquera ici que la tradition veut que les fiancés, dans la célébration du mariage, échangent leurs anneaux. Ce qui veut dire que la relation ci-dessus évoquée s'établit entre eux doublement, en deux sens opposés : une dialectique doublement subtile en effet qui veut que chacun des conjoints devienne ainsi maître et esclave de l'autre.

Cette symbolique peut, à tous les niveaux de l'interprétation, être rapprochée de celle de la ceinture, et notamment sur le plan spirituel, comme il ressort de l'ancienne coutume romaine qui voulait que le flamine, prêtre de Jupiter, n'ait pas le droit de porter un anneau sinon brisé et dépourvu de pierre. La raison de cet interdit est que toute espèce de lien entourant complètement une partie du corps de l'opérateur enfermait en lui-même sa puissance surnaturelle et l'empêchait d'agir dans le monde extérieur.

Que l'anneau du flamime soit dépourvu de pierre introduit un autre aspect symbolique ; celui de l'anneau porteur d'un sceau qui est, lui, symbole de puissance et donc non plus de soumission mais de domination, spirituelle ou matérielle. Tel est l'anneau auquel Salomon, dit la légende, devait sa sagesse. L'anneau du Pêcheur, superpose, lui, les deux pouvoirs, puisqu'il est à la fois symbole de puissance temporelle et de soumission spirituelle.

Plusieurs anneaux, dont le symbolisme varie, étaient célèbres, notamment chez les Grecs. Prométhée, délivré par Héraklès. avait dû accepter de garder à son doigt un anneau de fer, où était enchâssé un éclat de pierre en souvenir du roc et des crampons du Caucase où il avait été enchaîné, et surtout, comme marque de soumission à Zeus. Symbolisme double, ici encore, puisque la soumission à Zeus évoque ainsi ce qui fait la grandeur et le châtiment du Héros, inséparables l'une de l'autre. Le chaton de cet anneau, s'il n'est un sceau, est du moins une signature.

En Chine, l'anneau est le symbole du cycle indéfini, sans solution de continuité : c'est le cercle fermé, par opposition à la spire. Il correspond au trigramme li, qui est celui du soleil et du feu. Mais l'anneau qui constitue le pommeau des épées semble être mis, par ailleurs, en rapport avec la lune.

Nous insisterons surtout sur l'anneau de jade pi, dont le symbolisme revêt une très grande importance. Le pi est un disque plat de faible épaisseur. Le diamètre de l'ouverture étant égal à la largeur de l'anneau, ou plus souvent à la moitié de cette largeur. Nous indiquons à la notice jade les éléments du symbole royal de ce minéral. Les jades royaux sont des pi ; le caractère pi se compose d'ailleurs significativement de pi (prince) et de yu (jade). Le pi, parce qu'il est rond, est le symbole du Ciel : en quoi il s'oppose au jade ts'ong, carré, symbole de la Terre. L'offrande rituelle du pi au Ciel et du ts'ong à la Terre s'effectuait aux solstices.

Le trou central de l'anneau est le réceptacle, ou le lieu de passage, de l'influence céleste. Il est à la verticale de la Grande Ourse et de la Polaire, comme l'empereur dans le Ming-t'ang. Il est donc l'emblème du roi comme Fils du Ciel. En outre, le Ming-t'ang est entouré d'un fossé annulaire nommé Pi-yong, car il a la forme d'un pi. Il est important de noter que les Celtes utilisaient eux-mêmes de très beaux anneaux de jade et que l'un deux a été trouvé en Bretagne, associé à une hache dont la pointe marquait le centre de l'anneau. Or la hache est associée à la foudre, qui est une manifestation de l'activité céleste. Le trou central de l'anneau, c'est encore l'Essence unique, et c'est aussi le vide du moyeu qui fait tourner la roue ; il symbolise et contribue à réaliser la vacuité au centre de l'être, où doit descendre l'influx céleste.

Il existe des pi dentelés dont on a montré qu'ils sont un gabarit précis de la zone circumpolaire et qu'ils permettent la détermination du pôle, ainsi que celle de la date du solstice. C'est qu'observer le ciel est le moyen de l'honorer comme il convient, de .se conformer à l'harmonie qu'il enseigne et d'en recevoir la bénéfique influence. On notera, après Coomaraswamy, que le pi correspond à la brique perforée supérieure de l'autel védique, laquelle représente effectivement le Ciel, les deux briques inférieures correspondant au ts'ong.

Les anneaux de jade sont parfois ornés. Ce qui peut constituer une altération du symbole primitif, lequel exige l'hiératisme, le dépouillement : ornés de deux dragons, c'est le yin et le yang, mutant autour de l'Essence immuable du centre ; dans les anneaux ornés des huit trigrammes, le vide central est de toute évidence le yin-yang (ou T'ai-ki), l'indistinction de l'Unité première. Altération ? Ou plutôt manifestation, explicitation d'un symbole, qui n'est plus perçu par intuition directe.

L'anneau symbolise dans le christianisme l'attachement fidèle, librement accepté. Il est relié au temps et au cosmos. Le texte de Pythagore, disant : Ne mettez pas l'image de Dieu sur votre anneau, montre que Dieu n'a pas à être associé au temps. On peut encore l'interpréter de deux manières : l'une biblique, qu'il ne faut pas invoquer en vain le nom de Dieu ; l'autre éthique, qu'il convient de s'assurer une existence libre et sans entrave.

Les premiers chrétiens, à l'imitation des Gentils, portaient des anneaux et Clément d'Alexandrie conseillait aux chrétiens de son temps de porter sur le chaton de leur anneau l'image d'une colombe, d'un poisson, ou d'une ancre.

Les chevaliers étaient autorisés à porter une bague en or.

L'anneau possède des pouvoirs magiques sur le plan ésotérique. Il est en réduction la ceinture, protectrice des lieux, conservant un trésor ou un secret. S'emparer d'un anneau, c'est en quelque sorte ouvrir une porte, entrer dans un château, une caverne, le Paradis, etc. Se mettre un anneau ou l'imposer au doigt d'un autre, c'est se réserver soi-même ou accepter le don d'un autre, comme un trésor exclusif ou réciproque.

Dans de nombreux contes, romans, drames, chansons et légendes irlandaises, l'anneau sert de moyen de moyen de reconnaissance : symbole d'une puissance ou d'un lien que rien ne peut briser, même si l'anneau se perd ou s'oublie au bord du chemin. Dans le récit de la Seconde Bataille de Moytura, une femme des Tùatha Dé Dànann, Eri fille de Delbaeth (Eri est pour Eriu Irlande et Delbaeth est la forme) a eu une aventure amoureuse avec un inconnu, venu dans une barque merveilleuse. Au moment de la séparation, il se nomme : Elada (Science), fils de Delbaeth (ils sont donc frère et soeur) ; et il lui remet un anneau, qui permettra à leur fils de se faire reconnaître de lui. Cùchulainn agit de même, dans une autre légende, envers Aoife, guerrière qu'il a vaincue et séduite, en vue du fils qu'il aura d'elle.

C'est à un anneau, dit la légende, que Salomon devait sa sagesse. Les Arabes racontent qu'un jour il marqua du sceau de cet anneau tous les démons qu'il avait rassemblés pour ses oeuvres de divination et ils devinrent ses esclaves. Il le perdit une fois dans le Jourdain et dut attendre qu'un pêcheur le lui rapporte pour retrouver son intelligence. N'était-ce pas un génie jaloux qui avait dérobé l'anneau de Salomon, se sont demandés des auteurs ésotériques, pour user de sa puissance, jusqu'à ce que Dieu le contraigne à rejeter cet anneau dans la mer, afin qu'il soit rendu à Salomon ?.

Ainsi cet anneau serait le symbole du savoir et de la puissance que Salomon avait sur d'autres êtres. Il est comme un sceau de feu, reçu du ciel, qui marque sa domination spirituelle et matérielle. Il évoque d'autres anneaux magiques.

Plusieurs anneaux, dont le symbolisme varie, étaient en effet célèbres, notamment chez les Grecs. Avec l'anneau de Prométhée déjà vu, il y a aussi l'anneau de Polycrate : la Fortune ne cessait de sourire à ce roi, au point que, convaincu que cette situation privilégiée ne pouvait pas durer, il décida de sacrifier spontanément quelque objet précieux auquel il tenait et, du haut d'une tour, jeta à la mer son anneau, orné d'une splendide émeraude. Un poisson l'avala, un pêcheur le prit et il fut rapporté à Polycrate. Cet anneau avait été destiné à conjurer le sort dans son cercle magique ; l'offrande fut pourtant rejetée par la mer. Darius déclencha une guerre contre Polycrate et celui-ci, vaincu, mourut attaché à une croix. Ainsi, cet anneau symbolise le destin dont l'homme ne peut se défaire ; c'est encore un lien indissoluble qui est exprimé. Polycrate a voulu l'offrir en compensation, mais les dieux n'acceptent que ce qu'ils ont eux-mêmes décidé de prendre et ce n'est pas un abandon matériel et spectaculaire qui peut changer leurs arrêts. Il n'y a de sacrifice qu'intérieur, et c'est l'acceptation du destin, voilà ce que semble signifier l'anneau de Polycrate.

L'anneau de Gygès, dont Platon nous raconte la trouvaille, n'est pas moins riche de signification symbolique. Portant au doigt cet anneau, Gygès découvre par hasard que celui-ci a le pouvoir de le rendre invisible, et c'est l'origine de sa fortune. Le sens de cet anneau est-il si différent de celui de Polycrate ? Trouvé sur un mort, dans des circonstances aussi exceptionnelles qu'un tremblement de terre et dans un cheval d'airain, il ne peut être qu'un don des puissances chthoniennes : il transmettra, sur les vivants de ce monde, les plus hauts pouvoirs. Mais sa magie ne joue que lorsque Gygès tourne le chaton de sa bague par-devers lui, en dedans de sa main. Là encore, les véritables puissances sont en nous-mêmes et l'invisibilité que donne l'anneau, c'est le retrait du monde extérieur pour atteindre ou retrouver les leçons essentielles, celles qui viennent du monde intérieur. L'anneau de Gygès symboliserait alors le plut haut point de la vie intérieure et peut-être la mystique elle-même. Mais la bipolarilé du symbole se retrouve à l'intérieur de nous-mêmes : le pouvoir de l'anneau peut conduire aux conquêtes mystiques, mais aussi, par sa perversion magique, à des victoires criminelles et à une domination tyrannique. Ce qui ne manquera pas de se produire dans l'histoire de Gygès.

L'anneau des Nibelungen était le gage de leur puissance. Ils en sont dessaisis par Wotan d'un coup de lance. L'anneau symbolise ici la liaison que peut réaliser la volonté entre l'être humain et la nature : cet anneau à la main de l'homme signe la domination de l'homme sur la nature, mais asservit l'homme aux tourbillons du désir et aux conséquences douloureuses que comporte l'exercice de cette puissance. L'homme qui croit dominer se sent enchaîné, dominé lui aussi, par cet anneau d'or, qui le lie à toutes les convoitises. C'est une figure de la volonté de puissance. Mais Wotan, la divinité, ne veut pas que sa créature lui ravisse le pouvoir sur la création et il reprend à l'homme son anneau. Plus tard, Siegfried et Brünehild, la fille du dieu, rejetteront cet anneau dans le fleuve, en signe de renoncement à la puissance pour supprimer le malheur du monde et le remplacer par la conscience des pouvoirs de l'amour. La symbolique de l'anneau des Nibelungen s'étage à différents niveaux : politique et social, éthique et métaphysique, voire mystique.