"Ne nous soumets pas à la tentation" résonne comme : je suis trop faible pour résister à la tentation, alors éloigne là de moi
"Ne nous laisse pas succomber à la tentation" résonne comme: donne nous la force de résister à la tentation, d'y faire face.
D'ailleurs l'idée de "résister" à la tentation me semble un terme qui est contradictoire avec la mort de l'ego.
Qui résiste? L'essence résiste?
La non-identification c'est synonyme de résistance pour vous?
Lorsque j'entends "résiste!", j'entends la chanson de France Galle ^^
Bon, c'était pour la blague...
Mais cela rejoint ce que je voulais exprimer: "ne résistez pas au mal"
- "Vous avez appris qu'il a été dit: œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.…"
Évangiles selon Matthieu, traduction Louis Second.
Or qu'est-ce qu'on refuse?
On refuse ce qu'on ne comprend pas non?
Si on comprend une chose, on ne peut pas la refuser, on l'accepte, on la comprend, on comprend pourquoi et comment cette chose est possible, existe.
On ne ressent pas cette nécessité intérieure qui nous pousse à y résister, à la repousser.
Mais cela demande de très bien la comprendre, c'est même le signe qu'on l'a très bien comprise.
Or comment éliminer l'ego si on ne le comprend pas, si on ne l'accepte pas, si on y résiste...
Vous voyez que paradoxalement en pensant travailler sur l'ego et y appliquant une force de résistance on ne fait que le renforcer en faisant jouer non pas l'attention tranquille de l'observation mais plutôt d'autres ego.
Par exemple vous voyez un enfant crier et trépigner parce qu'on lui a refusé une sucrerie.
Vous ou son parent lui avez refusé cette sucrerie parce que cela gâte les dents, parce que trop de sucre l'excite et l'énerve, etc. Vous ou son parent avez une très bonne raison pour lui refuser cette sucrerie, vous le faites par amour pour votre enfant et vous êtes prêt à endurer sa colère, son caprice pour ça.
Aussi vous ne résistez pas à son mal, à sa colère, vous comprenez parfaitement sa frustration et vous essayez de le consoler:
"oui, je comprends que tu as très envie de cette sucette ou de ces bonbons, cela représente quelque chose de bon pour toi. Mais moi je sais que cela va te faire du mal, alors je ne peux pas te laisser te faire du mal, ... " etc.
Vous voyez là, d'une certaine façon on comprend la situation. On pourrait la comprendre différemment et dire tout autre chose.
Maintenant imaginons cette situation où le parent ou vous ne comprenez pas ce qui se passe.
Vous vous dites ou on vous dit: il fait un caprice, il est coléreux, il est accros aux sucreries, c'est mal, ce n'est pas bien;
il faut intervenir, on ne peut pas laisser passer cela, n'est-ce pas?
Mais vous intervenez comment? Avec amour, avec calme... hé bien non, ce qui arrive le plus souvent c'est quelque chose comme ça:
"Arrête de crier, où tu vas t'en prendre une et tu ne l'auras pas volée!": intimidation
"Cesse de crier ou tu n'auras pas de dessert!" : chantage
"Regarde ton petit frère, lui il est sage, il ne dit rien!": culpabilisation, comparaison
Vous voyez où je veux en venir?
Quand on ne comprend pas, souvent on ne sait pas se montrer compatissant et tout au contraire ressort en nous un tas d'aspects psychiques (ego) qui ne sont bien pire que ce que l'on est censé combattre (la gourmandise de l'enfant qui là, dans ce contexte va apprendre de notre exemple que pour se faire entendre, pour commander l'autre, pour le faire obéir il faut l'intimider, lui faire du chantage, le culpabiliser, et que tout marche par comparaison... ce n'est pas le sujet mais vous voyez comment la si fameuse "éducation" fonctionne malgré nous, hein?)
Alors appliquez cette situation à vous-même.
Vous parliez d'avoir envie d'une belle voiture, pourquoi pas, perso moi je craque pour du chocolat.
Alors qu'est-ce qui se passe quand je "résiste" au mal?
Je me déconsidère, je me trouve faible, je sais que je vais craquer mais avec de la volonté je résiste pendant un temps. je suis tendu, crispé mais je me félicite de ma bonne conduite, je me sens même relativement fier.
C'est en général dans ce moment que j'ai envie d'aller prêcher la bonne parle: "regardez moi, je vous le dis, en vérité, avec de la volonté on arrive à tout ce que l'on veut, soyez fort, résistez, résistez, résistez!"
Super, le super héros à bien parlé, il a galvanisé les foules... bon en l’occurrence pas plus de 4 personnes et ensuite?
Ensuite, ce super héros va craquer, ensuite il va se sentir si beau si fort, qu'il va vouloir se récompenser. Ben, oui, tous ces efforts, si ce n'est pas pour se faire un peu plaisir de temps en temps. et là, au lieu de rester raisonnable, il va vraiment se laisser emporter...
résultat? La honte, la culpabilité, l'incompréhension: "moi qui fait tout bien, qui a tout essayé, franchement, pourquoi, pourquoi suis-je comme cela?"
Et comme c'est un bon petit gnostique, il va aller piocher quelques idées du style: "je suis maudit, je suis damné, mon Intime m'a abandonné, et patati et patata..." la chanson psychologique du gnostique quoi, vous connaissez peut-être non? ^^
Bref, j'essaye d'attirer votre attention sur le problème de "résistez au mal".
Le Christ l'a énoncé: "ne résistez pas au mal"... mais qui comprend cela, qui sait l'appliquer à sa posture intérieure?
Non, nous on veut résister, on veut être "bon", "juste", "exemplaire" etc.
Pourquoi?
N'est-ce pas par péché d'orgueil?
On veut bien "travailler sur soi" comme on dit mais pas se salir les mains. On veut rester propre, surtout paraître impeccable...
Mais dites moi les amis, d'où sortez-vous cet aspect impeccable, qu'est-ce que c'est que ce costume d'opérette?
On nous dit, on lit et on répète à qui veut l'entendre qu'on est 97% d'ego voir pire mais on ne peut pas s'empêcher de résister au mal, c'est à dire à la vérité que nous sommes très très sale.
Tout ce qu'on fait en résistant au mal c'est de se voiler la face.
"Tout mais pas ça! Je veux bien tout accepter, mais là, franchement, me voir si prétentieux, si gourmand, si colérique, ce n'est pas acceptable, c'est vraiment pas bien, je me sens trop mal, il ne faut pas, je ne dois pas être ainsi, je dois me corriger.... me punir? m'humilier?...."
ce qu'on ne digère pas c'est la souffrance de se voir ainsi. Ressentir l'ego, le subir ce n'est pas le voir, restez les poings serrés ce n'est pas travailler sur soi, ce n'est pas s'accepter... se condamner et se détester c'est refuser la souffrance volontaire qu'implique ce travail d'ouverture, d'exploration.
Revenons à l'exemple de l'enfant qui pique sa crise, ce pourrait être comme un de nos ego.
Si vous vous identifiez à l'enfant qui pique une colère, vous allez l’engueuler de plus belle, voire le frapper et le punir.
C'est par amour que vous faites cela, c'est votre essence qui s'exprime?
Vous voyez bien que non, c'est votre ego, vous êtes à 100% identifié à la situation, à la colère et cela vous submerge et vous pétez un câble comme on dit.
Vous pouvez résister oui, serrer les dents du mieux que vous pouvez mais c'est mal connaître les enfants ou les ego ^^ qui vont jusqu'au bout, qui vous poussent à vous déterminer, à vous exprimer. Si vous voulez coûte que coûte être un "bon parent" malgré tout, vous allez limiter l'expression de votre colère, ok, super, mais est-ce cela travailler sur soi? est-ce cela éliminer l'ego?
Vous voyez bien que vous ne pouvez accueillir la souffrance de l'enfant, sa colère qui le déborde, sa frustration, que si vous le comprenez vraiment, si vous êtes en rappel de l’Être que vous êtes et que vous êtes de ce fait connecté à l’Être qu'il est, aux prises avec ses propre ego.
Et là vous n'avez pas à résister à quoique ce soit, vous l'entourez de votre amour, de votre patience, ou selon ce que votre essence inspire à vos gestes et paroles.
Entre ces deux situations, vous pensez que la deuxième est quand même plus souhaitable n'est-ce pas?
Alors si on veut tendre vers cette deuxième situation, il faut avoir la même démarche avec soi-même, avec nos ego.
Se montrer compréhensif, chercher à comprendre, accepter que nous soyons pris par des envies répréhensibles (des envies de meurtre même!) mais au lieu de se condamner, de se juger, faire l'effort de comprendre ce qui nous arrive: qui veut cela, qui souffre que cela arrive, etc...
Et là forcément on se rappelle que Samaël a écrit la psychologie révolutionnaire par exemple, qui nous détaille par le menu le comment ne pas s'identifier, comment s'observer, comme trouver le rappel de soi...
Bref, ça n'a rien à voir avec le fait de "résister", hein? c'est même tout le contraire mais nous on aime bien "résister" peut-être parce que cela continue de nous donner de l'importance... Mais j'espère que vous voyez mieux que résister est le mode opératoire de l'ego et de notre personnalité.
Je ne peux pas mieux vous dire!