extrait de https://www.tourisme93.com/basilique/le ... denis.htmlAvant de mourir décapités, Denis et ses compagnons auraient subi divers supplices. Ces tortures inspirent les auteurs des textes et des images.
Denis persécuté
Tous les récits conservés sont unanimes pour affirmer que saint Denis et ses compagnons Rustique et Éleuthère furent mis à mort par décapitation (fig.1). Les auteurs des plus anciennes versions sont avares de détails sur les “divers supplices” infligés aux trois hommes. À partir du IXe siècle, les biographes ne se contentent plus de cette mention laconique. Afin de nourrir l’imagination des fidèles, ils fournissent de nouvelles précisions sur les tourments endurés par leurs héros. Les circonstances du martyre se traduisent aussi par de véritables cycles d’enluminures. C’est le cas par exemple du manuscrit de la Vie de saint Denis du XIIIe siècle, ici présenté (fig.2, au centre), qui contient trente miniatures en pleine page consacrées à la vie et aux souffrances de Denis. Ces images répondent exactement au texte qu’elles illustrent. Leurs fonds à dominante bleue et rouge rappellent l’esthétique des vitraux de la même époque.
L’imagination de l’abbé Hilduin
En 835, l’abbé Hilduin de Saint-Denis est le premier à fournir une série d’éléments nouveaux, comme par exemple le nom du préfet qui aurait interrogé les trois hommes, un certain Fescennius Sisinnius. Au cours de l’interrogatoire, une aristocrate romaine nommée Larcia accuse Denis d’être un magicien. Aussitôt, Denis est dénudé et flagellé sous les yeux de ses compagnons Rustique et Éleuthère, qui ne tardent pas à subir le même sort (fig.3). D’après Hilduin, Denis est ensuite allongé nu sur un gril, puis livré à des bêtes sauvages affamées (fig.4), jeté dans une fournaise et finalement suspendu à une croix, mais il surmonte toutes ces épreuves grâce à la puissance de ses prières. Ses compagnons, soumis aux mêmes tourments, y survivent avec le même succès. Ensuite, tandis que saint Denis célébrait une messe dans sa prison, le Christ serait apparu accompagné de la multitude des anges et lui aurait tendu l’hostie de ses propres mains. Enfin de compte, après une nouvelle flagellation, le préfet ordonne la mise à mort des trois hommes par décapitation.
La légende dorée
Toutes les versions ultérieures de la Passion de Denis reprennent l’ensemble des éléments fournis par Hilduin. La seule variante introduite un peu plus tard concerne l’arme utilisée par les bourreaux pour la décapitation : le glaive pour Hilduin, la hache pour les auteurs postérieurs. À la fin du XIIIe siècle, le même récit est introduit, sous une forme résumée, par le dominicain Jacques de Voragine dans sa Légende dorée, qui sera traduite dans toutes les langues et deviendra l’un des best-sellers de l’Occident médiéval et moderne. L’histoire de Denis est donc toujours racontée de la même manière depuis le IXe siècle. Elle se retrouve à l’identique, avec la même description des différents supplices endurés par les trois saints, dans différentes œuvres de l’époque moderne. Elle inspire aussi des peintres célèbres, comme Pierre II Mignard (fig.6) ou Léon Bonnat, dont la toile, réalisée vers 1874-1888 (fig.5), orne aujourd’hui encore le Panthéon.
Figure 1
Décollation de saint Denis, Rustique et Éleuthère.
Bréviaire à l'usage de Paris, vers 1414, Bibl. Arsenal 5080, fol. 107
Cliché IRHT
Figure 3
saint Denis conduit vers le martyre.
Vie de saint Denis (milieu du XIIIe s.)
Ms. Paris, Bibl. Nat. nouv. acq. fr. 1098, fol. 43v.
Figure 4
Denis livré aux bêtes.
Vincent de Beauvais (1190 ?-1264 ?), Miroir historial de Jean le Bon
trad. Jean de Vignay (vers 1335)
Ms. Bibl. Arsenal 5080, fol. 107v.
Figure 5
Le martyre de saint Denis, 1874-1888.
par Léon Bonnat (1833-1922), toile marouflée, Paris, Panthéon
© Patrick Cadet / Centre des monuments nationaux
Figure 6
Martyre de saint Denis,
saint Éleuthère et saint Rustique.
Dessin de Pierre II Mignard (1640-1725),
Avignon, Musée Calvet
Lire aussi : saint Denis martyrisé
extrait de https://www.tourisme93.com/basilique/de ... hore-.htmlLa céphalophorie, caractéristique de saint Denis
Depuis le Moyen Âge, les artistes s’efforcent de représenter les saints personnages de manière à ce qu’ils soient reconnus par le public. Il convient donc que chaque saint soit doté d’un ou de plusieurs attributs qui permettent de le distinguer des autres. On reconnaît par exemple saint Pierre à ses clés, saint Jérôme à son lion, saint Antoine à son cochon ; quant à saint Denis, on le reconnaît parce qu’il est habillé en évêque, mais surtout parce qu’il est un saint “céphalophore”,un saint qui porte sa tête dans ses bras (fig.1 ,ci-contre, 2, 3 et 4 en bas de page). Denis n’est pourtant pas le plus célèbre saint décapité de l’histoire. On connaît mieux saint Jean-Baptiste, dont la tête coupée fut apportée sur un plateau à Salomé, belle-fille du roi Hérode ; une tête que de nombreuses églises prétendent d’ailleurs posséder. Mais Jean-Baptiste n’a jamais porté lui même sa tête, contrairement à Denis. La céphalophorie est donc devenue l’attribut, par excellence, de saint Denis de Paris.
Pourquoi porter sa tête ?
Les premiers textes conservés relatifs à saint Denis ne parlent pas de céphalophorie. Le thème n’apparaît pour la première fois que dans la deuxième version de la Passion, écrite avant la fin du VIIe siècle. L’auteur montre alors Denis, à peine décapité, se lever, prendre sa tête dans ses bras et parcourir à pied toute la distance qui le sépare du lieu où il souhaite se faire enterrer. Si cette histoire étonnante est présentée comme un miracle, elle répond cependant à un but précis : l’auteur veut démontrer que Denis a choisi lui-même le lieu de sa tombe, dans la (future) basilique de Saint-Denis, et qu’il n’est pas question de déplacer son corps. Au-delà de son caractère fabuleux, l’histoire du Denis céphalophore permet ainsi aux moines de Saint-Denis d’affirmer avec force qu’ils sont les gardiens légitimes de la dépouille de Denis puisque le saint l’a voulu ainsi.
L’histoire du saint qui porte sa tête ne remonte donc pas aux origines du culte de saint Denis : il n’apparaît dans la légende qu’au VIIe siècle. Or, d’autres textes datant de la même époque attribuent la même caractéristique à d’autres saints. C’est le cas, par exemple, de saint Just de Beauvais, longtemps considéré comme le premier saint céphalophore de l’histoire. Mais c’est probablement la Passion de Denis qui a inspiré ces textes et non le contraire : le succès de son culte était tellement manifeste à l’époque mérovingienne qu’il pouvait aisément servir de modèle. En revanche, l’idée que les disciples de Denis, Rustique et Éleuthère aient pu eux aussi porter leur tête n’est attestée dans aucun texte. On peut donc se demander pourquoi certains artistes les ont représentés tous les trois ensemble dans cette posture de saints céphalophores (Figure 4 ci-dessous)...
Mouais pour les gnostiques, il me semble que cela aurait plutôt l'interprétation d'avoir décapiter les ego.