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Hors ligne Pascal
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N
NABI, RABI, HABI : Contre la « fièvre froide », il faut écrire ces mots sur trois amandes ou sur la croûte de pain et les donner à manger au malade trois jours de suite.
Illustration Spamer, p. 380.

NABOR : Ce mot est à prononcer trois fois dans l’injonction « Nabor, retourne d’où tu viens ! » lorsqu’un cheval s’est tordu la jambe. Il pourrait donc s’agir de la personnification démonique de la torsion du membre.
Illustration Berthouin-Mathieu, p. 142.

NADÈS, PROSTAS, LABER : Pour se faire aimer, il faut posséder un anneau talismanique gravé de ces mots, passé au second doigt de la main gauche, et le presser sur la bouche en disant : “Ô Nadès, Suradis, Maniner. ” Un génie se montrera et prendra vos ordres ; il les exécutera lorsque vous lui aurez dit : “Sader, Prostas Solaster. ” Pour faire cesser le charme, on prononcera : “Mammes, Laher. ” »
Illustration Trésor, p. 176.

†† N. dan gut. t. N. : Pour se protéger de l’épilepsie, une prescription en moyen-néerlandais recommande d’écrire la formule cryptée ci-dessous et de la porter sur soi :

†† N. dan gut. t. N. amen. rex. aax. vax. t. s. s. u. a. m. t. m. t. m. x. y. azit. y. ago. o. h. e. y. a. f m. Xristus. x. t. g. l. g. ut Xristus t. ham.

Il faut aussi dire : Deus in nomine tuo salvum me fac et in virtute tua iudica me = Psaume 54, 3.
IllustrationJ. H. Gallée, « Segensprüche », Germania 32 (1887), p. 458.

NÆSI AXUS PORUS : En écrivant ces mots sur sa main et avec son propre sang, on gagnera aux cartes.
Variante : Nesi Axus Prosus.
Illustration BBE, p. 19 ; Bang n° 1135.

NAM AAAAM : Selon la traduction latine desIllustration CYRANIDES (XIIe siècle), il faut graver ces mots sur une hiérachite en même temps qu’un épervier et une grenouille ; en portant cette pierre de façon à ce qu’elle descende au milieu de l’estomac et du cœur, on acquiert ainsi la prescience de toutes choses. Le traducteur note que « se rencontre dans un autre manuscrit † ζες vb pblie aazia isocira », dont on a aussi la variante : ζ z en bp bkaλmaλgaa M yle yl p b k aa.
Puis on prend un aimant que l’on grave de † xiam ou de † valata. La suite de la prescription décrit tout ce qu’il faut rassembler pour obtenir le phylactère. Les textes grecs des Cyranides, qui datent du XIVe au XVIe siècle, proposent une autre leçon :
1. MAΛΛENEKAA 2. MAΛΘΛA 3. MAMAΛΛAINA
4. MAΛAΛΛA 5. μλλλλλ 6. vaλata
Illustration Cyranides I, F.

NAMEIT RARIE ALOSCORA MEMATUS : Pour être aimé d’une femme, on écrit cela sur une pomme qu’on lui fait manger.
Variante : Nave Jameth. Raris Atocora Mematus.
Illustration Ohrt II, 117 ; Bang n° 1156.

NARCADOS FOKORAM : Début de la formule de salutation des esprits convoqués par le magicien se tenant dans le cercle magique :

Narcados fokoram Anafiren
Amosan Zezyphulos Aspairat Anthyras zyriffen

Illustration Herpentil, Grimoires, p. 285.

† NAX † PAX MOX : Une des nombreuses variantes de Hax pax max.
Illustration
Il faut écrire ces mots sur trois hosties ; on en ingère une trois jours de suite pour guérir la fièvre.
Illustration Heidelberg, Cpg 267, folio 16 r°.

NEGUBA EXGVEDIA ARRARO FINTE AM TUAM TASIE DOLLORE : Pour découvrir un voleur, il faut écrire ces mots sur un fromage sur lequel on récite le Notre-Père trois dimanches de suite en jeûnant et sans dire « amen », puis on le donne à manger à la personne soupçonnée. Dans le grimoire norvégien de Jeløen, la formule se présente ainsi :
Illustration
Illustration MAX † NAX ; PAX ; MEMBRA FIAT.
Illustration BBE, p. 63.

NEFORUZ, HEMIRULIZ : Dans une opération visant à obtenir les faveurs d’une femme, on fait une figurine de cire que l’on fumige en disant une formule qui s’ouvre par :

Heydinez, Beyduriz, Affihuz, Deriyenuz

On utilise aussi une simple fumigation, sans voult, accompagnée d’une demande qui commence par :

Neforuz, Hemiruliz, Armulez Feymeriz

La source arabe du Picatrix, la Ġāyat al-Hakîm, offre les formules correspondantes :

1. Îdîdâs, Bidûrîs, Afi‘ûs, Darjânûs
2. O Nûrûs, ‘Andûlis, Armûlâs, Fîmâris

Illustration Picatrix III, 10, 12 ; Ġāyat al-Hakîm, p. 265.

NEON. SINEFOR : Début d’une formule du XIIe siècle visant à chasser les vers chez le cheval :

Neon. Sinefor. Sinetu. Corantrix. Convallis. Morbor Nordor Redde unde venisti
Arbor. + narbor + vade redde und venisti +

Nous avons les noms des vers (Sinefor... Nordor) auxquels on demande de partir, de se retirer (vade, redde).
Illustration Oxford, Bodleian Library, manuscrit Auctarium T. 2. 23, folio 126 v°.

NEPTALNABUS : Dans un rituel destiné à procurer l’invisibilité, il faut notamment écrire ce qui suit sur un papier qu’on lestera d’un poids d’argent avant de le plonger dans une lampe (à huile) :

Neptalnabus echecar milon horti samuel saphai ghardam farcheijs bore brorithire †

Le terme est la déformation de Neptanebus / Nectanebus, magicien père d’Alexandre le Grand dans les romans d’Alexandre du Moyen Âge.
Illustration Braekman n° 242.

NITRAC RADOU SUNANDAM : Pour découvrir les secrets les plus cachés, on grave ces mots sur un anneau au chaton oval. Si on prononce ces mots en tenant l’anneau près de son oreille, on entendra des êtres invisibles vous donner des nouvelles.
Illustration Trésor, p. 177 a.

N λ α τ ψ ι Η α S O S α λ υ τ ι ς : Écrits sur du parchemin et portés sur soi, ces characteres protégeaient des balles au XVIIe siècle. Les sept dernières lettres forment le mot salutis, le « salut », et celles de quatre à six tui.
Illustration Ohrt II, 117.

NOCTAR RAIBON BIRANTHER : Gravés sur un talisman, ces mots obligent une personne à dévoiler ses secrets et ses projets contre vous ou vos amis. On place le talisman sur l’oreille droite et son anneau au petit doigt de la main gauche, en prononçant Noctar Raibon, puis, après une pause, Biranther ; un génie apparaîtra. Lorsqu’on lui aura dit Noctar, il amènera la personne dont vous voulez découvrir les secrets. Si elles sont plusieurs, il faut utiliser Zelander et, pour les renvoyer, ô Solem.
Illustration Trésor, p. 177 b.

NOMS DE DIEU (usités dans les charmes et les conjurations) : Dans l’Exode, il existe soixante-douze façons de désigner Dieu. Sur ce modèle, des énumérations formant des oraisons magiques ont vu le jour. Elles furent parfois attribuées à un ange qui aurait remis un bref à Charlemagne. Le port des soixante-douze noms protégeait, disait-on, de tous les maux et dangers. Les listes varient d’un manuscrit à l’autre et nous y rencontrons des noms tirés de l’hébreu, de l’arabe, du grec mêlés parfois à des dénominations en langue vernaculaire. Un charme du XIVe siècle contre l’épilepsie dit expressément que « le meilleur remède est d’écrire les noms sacrés [...] d’abord en hébreu, puis en grec, puis en latin », et le Picatrix (IV, 4, 61) note : « Il y a donc des mots, dans les noms de Dieu, qui font descendre les esprits du ciel vers la terre. » On notera que nombre des noms s’appliquent aussi à la sainte Trinité. Voici le relevé de ceux que nous avons rencontrés avec les variantes les plus remarquables.

Abac, Abba, Abba Pater [père], Abraca, Adonai [Adonay], Agango, Agios [Agyos, Hagios, Agies, saint], Agla, Aglotas, Agnus [Angnus, agneau], Aleth, Alpha, Alpha et ω [Apocalypse XXI, 6], Amara, Amioram, Anaphaxeton, Anet, Angelus, Ararita [Siège de toute unité], Arathon, Archima, Aries, Artifex, Artor, Athanatos [Atanatos, Attannatos, altinatos ; immortel], Autacros, Binamon, Boberi, Caput [tête], Caritas [charité], Celyon, Christus, Codar [de l’arabe kader : « puissant », Potens], Codus, Conteraton, Contines, Corifao, Craton [puissant], Creator, Custodictis [gardien], Custos [gardien], Deus Dominus, Ego Sum Qui Sum [je suis celui qui suis, Apocalypse XXI, 6], Dinotor, Eio, El [roi], Egyryon, Eleison [ayez pitié], Eley, Elyas [Elias], Elyon [très-haut], Emmanuel [Emanuel, Hemanuel], Ens [Être], Eternus, Falax proanabonac, Fenahton, Fib, Filius, Finis, Flos [Floxs], Flos Vite, Fons [source], Fortis,
Illustration
Fortitudo [force], Frenecon, Ful, Gloria, Haly conscius, Hebreel, Hel, Heloe [Heloy, Heloi, Hely], Hemon, Henrainarti, Hension, Hesererie, Heto, Hieritos, Hischiros [Ischiros, Yschiros, ysros, schyros], Hyluch, Ia, Ioth [Jothe, Iyothe, Iotha, Iothey], Ihozath, Imago [Ymago], Imago Patris [image du Père], Immortalis, Inicium, Ixion, Janua, Jhesu Fortis Jhesu, Kyrios [Maître], Lali, Lapis [pierre], Laus, Leo, Lex [loi], Lien, Loypth, Lux [Luxs, lumière], Magnus [grand], Manus [main], Mediator, Messias [Mosias], Milator Misericors, Mons [mont], Nabnoth, Nesimen, Novissimus, Novus, Oliva [olive], Omnipotens [tout-puissant], On [Hon], Onelech, Onohith, Orc, Origo Bonis [source de bien], Os [bouche], Ovis, Oziam, Panis, Panstraton, Pantateon, Pantogramaton, Panton, Panton Craton [Pantorator, Pancrator, « tout-puisant » ], Pantur, Paraclitus [Paroclitus, paraclet], Pastor, Pater Filius. Pax, Pater pentager [à écrire en croix], Pentagna, Pentaton, Permocraten, Petra Angularis [Petra Anglis, pierre angulaire], Petra Lapisque [roche et pierre], Potentia [puissance], Potestas [pouvoir], Primogenitus [premier-né], Primus [premier], Principium, Propheta, Rabur, Rachim Redemptor [Redemtor], Rex, Rion, Rubb, Sabaoth [Sabahot, Seba oth, zeboath, Dieu des armées], Sacerdos, Sadar, Sadai [Shaddaï [Illustration], le tout-puissant], Salus, Salvator, Sanctus, Sanctus Immortalis, Sapientia, Sator [Satod, Satos], Serpens, Sol, Soter [Sothes, Sotir, Sotha, Sater, Sadar, Othres, Solhoer [grec Sother, sauveur], Spiritus, Spiritus Sanctus, Splendor, Studia Sumum, Summum bonum, Tetragrammaton [Dieu en quatre lettres], Theluch, Then, Theophebus, Theos [Thos, Heot, otheos : « Dieu » ], Tinesi, Ton Unus, Trinitas, Trinus, Unigenitus, Unitas, Usyon [Usion, Ysion : « Essence, Substance » ], Venas, Verbum, Vergiton, Veritas, Vermis [Vermius], Verth, Via, Virtus, Vita, Vitis, Vitulus, Vox, Yephaton, Yeseraye [Dieu infini], Yrus. On rencontre aussi Ye, Ya ou Y, respectivement pour Yehova et Yahve.

Dans un charme appartenant au type de la Lettre du Christ et préservant de tous dangers, nous avons la liste suivante :

† Messias † Sother † Emanuel † Sabaoth † Adonay † Otheos † Panton † Craton † et Ysus † Kyros † Mediator † Salvator † Alpha et O † Primogenitus † Vita † Ueritas † Sapiencia † Virtus † Ego sum qui sum † Agnus † Omnis † Uitulis † Serpens † Avis † Leo † Vermis † Ymago † Lux † Splendor † Panis † Flos † Misercors † Creator † Eternus † Redemptor † Trinitas † Vnitas † Amen † Adhonay † Flos † Sabaoth † Leo † Loth † Tav † (British Library, Sloane 2584, folio 45 v°).

Dans le manuscrit Libri 105a de la Bibliothèque laurentienne de Florence (XIVe-XVe siècle), l’une des prières des soixante-douze noms comporte Iaf – hic geren – hic geronay – gey – iamo – zachias – cazarny – ydonai – conditor, ainsi que la formule may – nay – pax. Dans celle-ci, le /y/ n’est autre qu’un /x/ manuscrit qui, pour un non-paléographe, lui ressemble.
L’un des manuscrits du Liber iuratus (Londres, Brit. Li., Royal M 17 A xlii), datant du milieu du XVIe siècle, donne une liste de cent noms :

Aglai. 1. Monhon. 2. Tetragramaton. 3. olydeus. 4. Ocleiste. 5. Aniphinethon. 6. Lamiara. 7. Ianemyer. 8. Saday. 9. Hely. 10. Horlon. 11. portenthymon. 12. Ihelur. 13. GofGamep. 14. Emanvel. 15. On. 16. Admyhel. 17. Honzmorp. 18. Ioht. 19. Hofob. 20. Rasamarathon. 21. Anethi. 22. erihona. 23. Iuestre. 24. Saday. 25. maloht. 26. Sethee. 27. elscha. 28. Abbadia. 29. Alpha et omega. 30. leiste. 31. Oristyon. 32. Ieremon. 33. hosb. 34. merkerpon. 35. elzephares. 36. egyryon. 37. Betha. 38. Ombonar. 39. stymulamathon. 40. Orion. 41. eryon. 42. noymos. 43. peb. 44. nathanothay. 45. theon. 46. ysyston. 47. porho. 48. Rothon. 49. lethellete. 50. ysmas. 51. adonay. 52. Athionadabir. 53. Onoytheon. 54. Hosga. 55. leyndra. 56. nosulaceps. 57. tutheon. 58. Gelemoht. 59. paraclitus. 60. Occymomyon. 61. ecchothas. 62. Abracio. 63. Anepheneton. 64. Abdon. 65. melche. 66. sother. 67. vsiryon. 68. baruch. 69. sporgongo. 70. genonem. 71. messyas. 72. pantheon. 73. zabuather. 74. rabarmas. 75. yskyros. 76. Kyryos. 77. Gelon. 78. Hel. 79. rethel. 80. nathi. 81. ymeynlethon. 82. Karer. 83. sabaoth. 84. sellaht. 85. cirhos. 86. Opyron. 87. nomygon. 88. Oryhel. 89. theos. 90. ya. 91. horha. 92. christus. 93. hosbeke. 94. tosgar. 95. occymomos. 96. elyorem. 97. heloy. 98. Archyna. 99. Rabur. 100 (fol. 6 r°-v°).

Seuls quelques-uns correspondent à ceux des autres listes.
L’Enchiridion du pape Léon donne une « Table des soixante-douze noms sacrés de Dieu » réputés protéger des ennemis, des dangers lors de voyages sur mer et sur terre :

ADONAY, + Agiel, + Agios, + Agia, + Aydy, + Alla, + j4 Agzi, + Anod, + Aded, + Anub, + Athanatos, + AglaIa, + Alfa y Omega, +Ariel, + Bamboi, + Binah, Bit.id, + Boog, + Cados, + Chocmah, + Dominus, + Deli, + Deus, + Eleyson, + Eloy, + Eloim, + Ely, + Esar, + Ella, + Hana, + Hey, + Heth, + Hobo, + Hommon, + Iddio, + Jay, + Jafaron, + Jehová, + Jesus, + Josy, + Jot, + Jother, + Kether, + Kalo +il Lenyon, + Maniel + MesIas, +j4 Oborel, + Omiel, + Oreon, + Oxio, + Orsy, + Paracletus, + Polyel, + Pora, + Pino, + Rosael, + Saday, + Sabahot, Tara, + Tetragrámmaton, + Theos, + Teuth, + Uriel, + Venaliah, + Umabel, + Yael, + Yschyros, + Zamary, + Zeut, + Zimi, + Zulphi.

L’accumulation des noms donne des amulettes comme celle de Borgund (Norvège) qui date du XIIIe siècle et s’ouvre par : Mæssiassother imanuel sabaoth, et évoque athonai usion agios othan nathos (athanatos), etc.
Les noms ont parfois reçu une justification, notamment dans l‘Heptameron de Pierre d’Abano et dans les Clavicules de Salomon. On dit qu’Aaron entendit Anaphaxeton et devint sage et disert, que lorsque Moïse prononça Sabaoth, fleuves et marais d’Égypte furent changés en sang, que Moïse fit tomber la grêle en disant Elion (« Très-Haut, suprême »), qu’il fit naître les sauterelles avec Adonay, et que, grâce à Primeumaton, il fit engloutir Dathan, Coré et Abiron par l’abîme, — que Josué arrêta le soleil avec Schemes amatia. Avec Alpha et Omega, Daniel détruisit Béel et tua le dragon. Iod, que Jacob entendit de la bouche de l’ange, le délivra des mains d’Ésaü, et le nom d’Emmanuel fit sortir les trois enfants de la fournaise. On trouve une interprétation d’autres noms dans le Semiphoras imprimé en 1686.
Dans les invocations et les conjurations, il est difficile de distinguer avec précision les noms divins des exclamations pures et simples. Ainsi l’Enchiridion offre-t-il Hel, Ya, Haye, Yac, Va, Cados, Ebrore, Heloina, Yael, Eyel, Pyel, Lulapti, Casali, Calafafli, Zaphi, Hictimi, Oreon, Dilaron, Panuion, Patriteron, Sazaron, Lenion, Sed, Dar.
Voici un exemple d’utilisation des noms de Dieu par lesquels on convoquait n’importe quel esprit au XVIIe siècle, d’après l’Herpentil :

« Moi, N. N., te conjure, t’appelle et t’ordonne, par la puissance du Verbe qui s’est fait chair, par la puissance du saint Père et par la force de ces mots :
Messias, Sother, Emmanuël, Sabbaoth, Adonai, Athanatos, Tetragrammaton,
Heloim, Heloi, El, Sadai, Rugia, Jehova, Jesus alpha et omega,
d’obéir à tous mes ordres et de répondre à toutes les questions que je t’adresse.
Je te conjure, t’appelle et t’ordonne, par le Dieu unique et trinitaire, l’Éternel, Jéhovah, le Saint et l’Immortel, par Sa majesté suprême, Ohel, Hecti, Agla, Adonai, et par la toute-puissance, la force et le pouvoir de Dieu, que le Seigneur donna la nuit de sa naissance, d’être obéissant à ma volonté jusque dans le moindre détail. ††† Amen ! »

Bien de ces noms sont toujours utilisés dans la magie contemporaine ainsi que D. Camus les a relevés dans ses enquêtes de terrain.
Dans les manuscrits du XVIe siècle des Clavicules de Salomon, se relèvent les noms suivants qui sont utilisés dans des oraisons et des conjurations et d’autres que nous avons cités plus haut ; l’italique indique les noms des Sephirot, ou sphères, qui forment les attributs de Dieu selon la Kabbale :

Abbaton, Abelech (ou Helech), Adonai Melekh, Æchhad, Albamachi, Alcheeghel, Amator, Anabona, Anai, Anaphoditon, Aquachai, Araritha, Arpheton (Hipeton), Aven, Axineton (était inscrit sur la poitrine d’Aaron), Bacurabon, Baruh /Illustration (barouch, hébreu « béni »), Ben Ani, Binah /Illustration (« l’intelligence »), Briah, Cebon, Chai, Chaia, Chevon, Chokmah /Illustration (« la sagesse »), Creator, Eheieh, El Chai, Eloah Va-Daath, Eloha (Illustration), Elohim Gibor (Dieu le puissant), Elohinu, Emeth (Vérité [Illustration], nom qui donne vie au Golem quand on l’écrit sur son front), Erel, Esch, Geburah /Illustration (« la puissance »), Gedulah /Illustration (« la grandeur »), Ha-Kabir, Hazor, Emeth Hoa, Hod (« la majesté »), Homorion, Iaht, Innon, Iona, Ionah, Kaphu, Kether, Kuzu, Mal-Ka, Malkuth /Illustration (« la royauté »), Maron, Matzpatz, Messaich, Nale, Netzach /Illustration (« l’éternité »), Oneipheton (multiples variantes, dont Docecepheron), Oratgu, Oyzroymas, Patacel, Profa, Qadosch, Ruachiah, Shaddai (Illustration), Spazor, Theit, Tifache, Tiphereth / Illustration (« la beauté »), Transin, Yah, Yaii, Yesod /Illustration (« le fondement du monde »), Yeze (ou Scheze), Yova, Zedereza, Zio, Zucor.

Il faut ajouter le nom sacré dont chacune des douze lettres est le nom d’un ange : Aleph, Beth, Beth, Nun, Vau, Resh, Vau, Cheth, He, Qoph, Daleth, Shin. La rédaction espagnole de l’Enchiridion du pape Léon, imprimée à Rome en 1740, comporte les noms suivants dans une oraison permettant de séduire une femme :

+ Jahel, + Patriteron, + Israel, + Aglala, + Xiday, + Rosael, + Helim, + Agla, + Tetragrámmaton.

Une autre contre toutes sortes de périls se clôt par :

+ Vehuiah, + Jeliel, + Sitael, + ElemIah, + Mahasiah, + Selahel, + Jehová.

Les romans traitant de magie et d’ésotérisme, celui de H. P. Lovecraft (The Horror at Red Hook) par exemple, font la part belle à de tels noms. Lovecraft cite :

Hel, Heloym, Sother Emmanvel, Saboth, Agla, Tetragrammaton, Agyros, Otheos, Ischyros, Athanatos, Iehova, Adonai, Sasay, Homonion, Messias, Eschereheye.

Récemment, dans The Lost Symbol ([2009] chap. 77), Dan Brown évoque « Emmanuel, Massiach, Yod, El, Va... ».
Illustration ELIAON.
Illustration Vienne, Bibl. nationale autrichienne, Codex 3071, fol. 102 v° ; Liber incantationum, exorcismum et fascinationum variorum folio 99 v° sqq. ; Bang n° 1069 ; Camus 2002, p. 270 ; Henri Corneille Agrippa, De occulta philosophia III, 11 ; Dalman, G., Der Gottesname Adonaj und seine Geschichte, Berlin, 1889 ; N. Cartojan, Cărtile populare în literatură, Bucarest, 1938, t. 2, pp. 104-106.

NOMS DES DÉMONS : Les noms des démons présents dans les charmes et les conjurations forment un ensemble hétéroclite où nous rencontrons aussi bien des diables venus des Écritures, comme Belzebuth ou Astaroth, que des personnages mythologiques. La liste que nous donnons ne peut être qu’incomplète car, si nous en croyons certains traités de magie byzantine, il y aurait de 10 969 à 60 000 démons ! Jean Wier compte pour sa part 111 légions de 6 666 démons, soit plus de sept millions ! Ils sont organisés en hiérarchie avec rang de roi, duc, comte, etc. Ils se montrent sous diverses formes, en homme ou en femme, dont certaines sont monstrueuses : Belzebuth sous celle d’un démon ailé et velu, aux pattes crochues ; Sathan avec une tête de lion, une tête humaine et une tête de chèvre, une queue de serpent et crachant des flammes, Lucifer avec sept têtes, Volac avec des ailes d’anges, mais les descriptions restent rares avant le XVIe siècle. J.-P. Boudet a noté que, sur 69 démons décrits par Jean Wier (1515/16-1588), 36 sont des monstres.
Les grimoires se plaisent à énumérer les noms des démons, comme ce manuscrit de la Bibliothèque laurentienne de Florence où nous lisons :

Aveche, Boab, Bille, Fameis alias Fronom, Beduech alias Banone, Astaroth, Forches encore appelé Fortas et Sartii, Furfur, Margoas (Margodas, Margutas), Malphas (Malapas), Gorsor (Gorson), Simias (Sitmas) [qui renvoie à la représentation des diables en singes], Volach, Cambra, Gudiffligei, Andrialfis, Vuduch, Andras (Vandras), Saymon (Zamon), Azo (Oze), Bachimy, Albernis, Cabeym, Arabas (Accabas, Irabas), Lanima, Primam, Paimon, Belial, Egym, Ras, Torcha, Ara, Acar, Paragalla, Ponicarpo, Lambes, Triplex, Complex (manuscrit Plut. 89 sup. 38, folios 459 v°-467 v°).

Le Liber incantationum, exorcismum et fascinationum variorum (XVIe siècle, 156 folios, in-4°) donne 219 noms de démons ou d’esprits.
L’imagination est sans limite dans ce domaine et Jean Wier (1515-1588) ajouta à son De Praestigiis Daemonum (1563) un appendice intitulé Pseudomonarchia daemonum, dans lequel il dresse une longue liste de démons :

Baël, Agares, Marbas alias Barbas / Barbatos, Pruflas, alias Bufas, Pruflas alias Bufas, Amon ou Aamon, Barbatos, Buer, Gusoyn, Botis alias Otis, Bathym (Bathin), alias Marthim, Pursan alias Curson, Eligor alias Abigor, Loray alias Oray, Valefar alias Malaphar, Morax alias Foraii, Ipes alias Ayperos, Naberus (Naberius) alias Cerberus, Glasyalabolas alias Caacrinolaas ou Caassimolar, Zepar, Byleth, Sytry alias Bitru, Paymon, Belial, Bune, Forneus, Roneve, Berith, Astaroth, Forras ou Forcas, Furfur, Marchocias, Malphas, Vepar, alias Separ, Sabnac alias Salmac, Sydonay alias Asmoday, Gaap alias Tap, Chax alias Scox, Pucel, Furcas, Murmur, Caym, Raum ou Raym, Halphas, Focalor, Vine, Bifrons, Gamygyn, Zagam (Zagan), Orias, Volac (Valac), Gomory, Decarabia ou Carabia, Amduscias, Andras, Androalphus (Andrealphus), Oze, Aym ou Haborym, Orobas, Vapula, Cimeries, Amy, Flauros, Balam, Alocer, Zaleos, Wal (Vual), Haagenti, Phœnix, Stolas.

Dans les grimoires du XIXe siècle se rencontrent des imitations diaboliques des noms de Dieu, comme dans cette liste : Moloch, Lucifer, Asterroth, Pemroth, Forni galor (fornicator ?), Ahcetor, Somiator (Somniator ?), alors que les Clavicules de Salomon offrent, par exemple, Somniator, Vsor, Dilapidator, Tentator, Divorator (sic), Concisor, Seductor.
Illustration
Les noms des démons apparaissent dans certaines opérations. Dans un sortilège destiné à faire perdre la raison à une personne, l’opérateur conjure ainsi Oreoth, Pinen, Ocel, Tryboy, Noryoth, Belferith, Camoy, Astaroth, Sobronoy, Sismael (Liber incantationum fol. 6 v°).
Les charmes évoquent les démons suivants :

Aasmedeus (Asmodum), Abadamon, Abadon, Ædebus, Africo, Agel, Agnagod, Agrabor, Apylon, Araben, Astorat (Astrat, Astrod, Astært), Baal, Babell, Babou, Ballas, Bambale, Bamola (Bomale), Bana, Bark, Beatrix, Beezebul (Balsebud, Beelsebu, Bellzebu, Belsebub), Behal, Belial, Bellas, Benocha, Bibalde, Bilathe, Bua, Bufo, Buken, Bul, Bumota, Buse, Busel, Carvel, Chordi (Corde, Cordi), Cizitio, Collo, Corduomen, Deis, Disael, Dracus Bilial, Egel, Egellugalet Ell, Egin, Eliatil, Erebi, Fulus, Grogon, Gudius, Gulex, Gargur, Heseky, Isophim, Jachel (Janel, Jarel), Janus, Jekely, Jeng, Kajoth, Karmatia, Kobi, Kurg, Laban, Largus, Leibi (Lerbi), Lucifer (Lucifær), Lupus, Malachim, Mermeut, Mestort (Meæsto), Norman, Ophanim, Oralim, Pior, Pluto, Ragirist (Rist, Ragi), Raphel, Rebos, Reichel (Richel), Reor, Sabat, Sabul, Sadnit, Sadrat, Safel Agel, Saffel, Saraben, Satan (Satanos, Saran), Seffel, Sessec, Sextral, Sixbrat, Sosten, Stubis, Tallafell, Totafell, Tartaruchus, Troffel, Ugalesfell, Ugartilok, Vulchanus, Wabgract, Witz, Zetzott, Zizilo.

On notera que bien des noms allitèrent : Bella Ballas, Araben Saraben, aussi leur création s’explique-t-elle par des jeux de langage, surtout lorsqu’ils sont présents dans un même charme, ce qui est le cas de ces deux exemples. D’autres sont regroupés sous la dénomination « princes de l’abîme » et leur liste n’est pas stable :
Illustration
Quelques précisions sont parfois apportées ; ainsi Grogon, Sosten, Lupus, Largus, Heseky et Beatrix sont appelés « les sept diables sans père ». En revanche, nous ignorons si Hafel (Hasel, Nasel), Agel et Iol (Toe) sont des diables ou des anges.
Les démons sont organisés en hiérarchie et portent les titres de roi, duc, comte, etc., et semblent avoir chacun une spécialité, parfois plusieurs, dont nous donnerons quelques exemples. Certains vous rendent invisible (Beal, Carmolas, Parcas, Furfur), d’autres vous transportent où vous voulez (Machin, Bune, Parcas, Distolas, Malpharas), parfois en vous procurant une monture qui « vous porte en une heure à cent, deux cents, trois cents lieues ou plus ». D’autres encore vous permettent de comprendre le langage des animaux (Barba, celui des oiseaux et des chiens, Carmola, des oiseaux, Ducay, toutes les langues) ou vous enseignent les langues (Agarat), ou vous permettent de transmuter les métaux — Berteth, en or, Lucubar change le plomb en or ou en étain — ; Bugan change l’eau en vin ou en huile. Ils vous révèlent le passé et l’avenir (Amon, Gazon), les vertus des plantes et des pierres précieuses (Machin, Forcas), vous procurent l’amour des femmes et de tous (Ducay, Furfur, Bitur, Amon, Artis), vous changent d’aspect ou vous permettent de vous métamorphoser (Oze, Tudiras Hoho, Parcas, Salmatis, Barthes, Sathan) ; ils sont capables de guérir ou de rendre malade (Gemer), de causer discordes et batailles (Bulfas), de construire villes et forteresses (Salamtis), ou de les détruire (Bitur), et avec leur aide, vous pouvez connaître les secrets des femmes et les faire danser nues (Dam). En général, les démons ont plusieurs fonctions. Prenons Parcas :

« Parcas est un grand prince qui rend l’homme subtil. Il se montre sous une belle forme. Il connaît la vertu des herbes et des pierres précieuses, et les apporte lorsqu’on le lui commande ; il rend l’homme invisible et sage en toutes sciences, fait rajeunir ou vieillir qui on veut, et retrouver la vue lorsqu’on l’a perdue. Il apporte l’or et l’argent cachés dans la terre et bien d’autres choses, porte le maître par tout le monde si on le lui ordonne, et toute autre personne si le maître le lui commande » (Livre des esperitz).

Dans les Secrets magiques pour l’amour en nombre de Octante et trois, interviennent deux séries de démons : Balibeth, Assaïbi, Abumalith, et Palavoth, Minikenphani, Elkuros (n° XXXIII et XXXIX).
Cet aperçu serait incomplet si nous n’évoquions les démones qui, incarnent des maladies et des attaques de l’intégrité des hommes, des bêtes et même des biens. En Europe orientale, courent plusieurs traditions sur les démones ravisseuses, tueuses et dévoratrices d’enfants. Soit elles forment un groupe, soit elles possèdent plusieurs noms.
En Roumanie, nous avons Avestiƫa, le pendant de Gylloy / Gyl(l)ou :

Avestiƫa / Vestiƫa, Nadarca, Salomnia, Nacara, Avezuha, Nadarica, Salmona, Paha, Puha, Grapa, Zliha, Nervuza, Habma, Glipina, Humba, Gara, Glapeca, Tisavia, Pliasta.

On notera qu’Avestiƫa est appelée « Aile de Satan » (aripa satanei) et Samca. On dit qu’elle donna à saint Sisin un livre, « le livre protégeant de la Samca », que chaque femme enceinte et chaque enfant devraient porter comme amulette afin de ne pas être sacrifiés à Avestiƫa. Il renferme plusieurs prières contre la « maladie de Samca ». Des prêtres âgés ou des moines devaient recopier ce livre dans un monastère trois nuits de suite. Avestiƫa épargne les femmes qui ont écrit ses dix-neuf noms sur le mur de leur chambre.
En Bulgarie : Treseja, Ognieja, Lideja, Gnieteja, Ginousa, Gloukheja, Lomeja, Puchneja, Jelieja, Kerkoussa, Gledeja, Neveja.
En Grèce : Gylloy, Mothrous, Avyzous, Maramatotous, Marmanila, Selininous, Ariani, Salsaleutou, Egyptiani, Asvlitous, Aimavivon, Ktarkarischou. Avec les nombreuses variantes suivantes :

1. Amorphous, Abyzou, Karchous, Briané, Bardellous, Egyptiané, Barna, Charchanistréa, Adikia, [lacune] Myia, Petoméné.
2. Gyllou, Morra, Byzou, Marmaro, Petasia, Pelagia, Bordona, Apletou, Chamodrakaina, Anabardalaia, Psychanospastria, Paidopniktria, Strigla.

On fabrique des phylactères en portant leurs noms inscrits sur des papiers qui, en Grèce, s’appellent γιαλλουδοχάρτια / gialloudochartia, « papiers de Gyllou » et, en Roumanie, « Charmes / Prières contre la maladie de Samca ».
Illustration ESPRIT INFÉRIEUR ; GYLLOY.
Illustration Bang n° 1456 ; n° 1394 ; Spamer, p. 249 ; Clavicules de Salomon chap. 15 ; E. Peterson, « Engel- und Dämonennamen : Nomina barbara », Rheinisches Museum N. F. 75 (1926), pp. 393-481 ; W. F. Ryan, The Bathouse at Midnight, Pennsylvania State University Press, 1999, p. 246 ; Paul Perdrizet, Negotium perambulans in tenebris. Études de démonologie gréco-orientale, Strasbourg, Istra, 1922, pp. 16-19 ; Louis Léger, La Bulgarie, Paris, Le Cerf, 1883, p. 33 sq. ; D. B. Oikonomidis, « ʹH Γελλώ είς τήν καί ρουμανικήν ναογραίν », Laographia 30 (1975-1976), pp. 246-278, ici p. 266 sq. ; Ion Taloş, Petit Dictionnaire de mythologie roumaine, Grenoble, ELLUG, 2002, s. v. Avestiƫa ; Ion Taloş, Gândirea magico-religioasă la Români. Dicƫionar, Bucarest, Editura Enciclopedicâ, 2001, p. 13 sq. ; Hans Herter, « Böse Dâmonen im frühgriechischen Volksglauben », Rheinisches Jahrbuch für Volkskunde 1 (1950), pp. 112-143.

NOMS DES DÉMONS PLANÉTAIRES : Lorsqu’on se livre à des opérations magiques, il faut respecter le jour et l’heure idoines et donc connaître le nom de la planète régnant ce jour-là et les noms de leurs esprits. Dans un chapitre intitulé « Moyen d’attirer les forces de chaque planète, de nommer les esprits de ces forces selon leurs parties et d’opérer sur les noms susdits », le Picatrix donne les listes suivantes :

Saturne : Redimez, Toz, Corez, Deytiz, Deriuz, Talyz, Daruz, Tahaytuc.
Jupiter : Demehuz, Dermez, Matiz, Maz, Deriz, Tamiz, Foruz, Dehydez.
Mars : Deharayuz, Heheydiz, Heydeyuz, Maharaz, Ardauz, Hondehoyuz,

Meheyediz, Dehydemez.

Soleil : Beydeluz, Dehymez, Eydulez, Deheyfez, Azuhafez, Mahabeyuz, Hadyz, Letahaymeriz.
Vénus : Deydez, Heyluz, Cahyluz, Diruez, Ableymez, Teyluz, Arzuz, Dehataryz.
Mercure : Merhuye, Amirez, Hytyz, Cehuz, Deriz, Maylez, Dehedyz, Mehendiz.
Lune : Harnuz, Hediz, Marayuz, Meletaz, Timez, Hueyz, Meyneluz Dahanuz.

À chaque planète correspond ensuite une conjuration avec de nouveaux noms d’esprits :

Saturne : Bedimez, Toz, Eduz, Hayz, Derniz, Tayuz, Huaruyz, Talhit, Naycahua, Huenadul.

Un autre manuscrit propose :

Berdinem, Tom, Edum, Haym, Dernym, Taym, Huaruym, Talit, Neycahria, Huenaldul.
Jupiter : Demeuz, Armez, Ceylez, Mahaz, Erdaz, Tamyz, Feruz, Dyndez, Afrayuz, Tayhaciedez.
Variante : Demum, Armem, Coylem, Maham, Erdam, Tamyn, Fereum, Dinden, Afrayum, Tayhanedem.
Mars : Dahaydanuz, Hahhayduz, Haydayuz, Mihyraz, Ardehuz, Heudaheydez, Mehedeniz, Dehydemez.
Variante : dahaydamuz, haehaidam, haydayum, myhyray, ardauz, hoydaheydem, mehenedim, achymen.
Soleil : Tebdeluz, Dihymez, Andulez, Dehycayz Aginafez, Mahagnuz, Ahadyz, Tuymeryz.
Vénus : Hueydez, Helyuz, Hemyluz, Deneriz, Temeyz, Cemluz, Arhuz, Meytaryz.
Mercure : Barhurez, Emirez, Haytiz, Cociz, Deriz, Heniz, Deheriz, Zahudaz.
Lune : Heydyuz, Denediz, Mubrynayz, Miltaz, Tymez, Rabyz, Celuz, Deheniz, Merniz.

Chaque opération s’accompagne d’un sacrifice et d’une fumigation. De celle-ci, un auteur anomyme ancien dit que les « fumigations donnent des forces qui attirent les esprits vers les images ».
Le Livre des incantations (Liber incantationum, XVe siècle) cite des esprits dans lesquels on reconnaît des paranatellons, représentations symboliques des décans du zodiaque ou des planètes :

Otius : homme ayant de grandes dents, trois cornes et tenant une épée à la main.
Curson : homme couronné, avec le visage d’un lion, tenant une vipère à la main et monté sur un cheval.
Alagor : beau chevalier tenant une lance avec un gonfanon et un sceptre.
Volach : garçon avec des ailes d’ange, chevauchant un dragon bicéphale.
Gaeneron : belle femme couronnée chevauchant un chameau (ce qui devrait représenter Vénus).
Tvueries : chevalier sur un noir destrier.
Sucax : homme à tête de femme.

Le Livre des incantations comporte un passage nommant les esprits du soleil (fol. 86 r°-v°) : Abrayn, Acamon, Abragon, Risar.

NOM DES ESPRITS : Dans les grimoires apparaissent de très nombreux personnages nommés « esprits » (spiritus), terme vague qui recouvre manifestement des données très différentes, parfois des démons, parfois des daimones. Le Livre des incantations évoque ainsi soixante-deux « esprits », dont le nom est accompagné d’une précision, soit un rang hiérarchique (sept sont princes, deux de l’enfer, etc.), soit un adjectif rendant compte de leur nature. Quatorze sont armés, quatorze très joyeux, douze très bienveillants, sept habitent l’eau.
Ils sont cités dans diverses opérations. Ainsi, dans celle visant à obtenir des informations sur un voleur en utilisant l’onychomancie (divination par l’ongle), le maître en appelle à Umon, Progemon, Mithiomo, Pist, Uralchim, Althes, Panite, Fabar, Thobar, Cormes, Felsmes, Diles, Dilia, ainsi qu’aux démons Berith, Belzebub et Astaroth, qualifiés de fornicator, temptator, seductor et possessor (fol. 97 r°-v°).
Illustration
NOM DES ESPRITS DES POINTS CARDINAUX : le Livre des esperitz nomme Orient, Poymon, Amoymon et Equi. Le Liber iuratus livre d’autres noms : Corniger qui règne sur Drocornifer (Orient), Malifer (Occident), Evifaber (Midi) et Mulcifer (Septentrion) ; Le Semiphoras (voir cette entrée) donne les mêmes noms dans un ordre différent. Jean Wier nomme Amoymon, Gorson Zymymar, Goap (Gap, Tap) qui est aussi un autre nom de Belzebuth (Bezlebuth) qui règne sur l’Orient alors que Sathan règne sur le septentrion. Cecco d’Ascoli, mort sur le bûcher le 16 septembre 1327, a laissé un commentaire de la Sphaera mundi de Jean de Sacrobosco (vers 1232-1235), dans lequel sont insérés des fragments d’un traité apocryphe d’Hipparque sur la hiérarchie des esprits où nous lisons :

[...] Oriens, Amaymon, Paymon et Egin, qui spiritus sunt de maiori hierarchia et habet unusquisque sub se xxv legione spirituum (Sphaera mundi noviter recognita cum commentariis, Venise, 1518, fol. 37).

Egin serait donc le démon du septentrion. Le Livre des incantations cite Discobermath, Archidemath, Fritath, Altramat, Pestiferat, Helyberp, Hegergibet et Sathan qui sont nommés (fol. 45 v°) et considérés comme présidant aux points cardinaux. Le Livre des espritz indique que Poymon, démon du sud, « apparaît sour la forme d’une femme couronnée chevauchant un dromadaire », ce qui correspond à Gaeneron.
Les charmes scandinaves connaissent : Veris / Wiiris (O), Prius / Prias (E), Trilli / Trille (N) et Harpus / Farpas (S), ou bien Sarael (O), Sexal (E), Allitarius (N) et Caral (S), Ugartilok, c’est-à-dire Utgardaloki, « Loki de l’enclos du dehors » qui, dans les Eddas, est un géant expert en magie ; sous le nom de Skrymir, il abuse le dieu Thor par ses prestiges.
Illustration Picatrix III, 9 ; Munich, manuscrit Clm 849, folio 63 v° passim.

NOM DES PATRIARCHES : La magie faisant flèche de tout bois, elle nous propose vingt-trois noms de patriarches dont la plupart ne correspondent pas aux Écritures. Qui les invoque chaque jour et les porte sur soi pourra compter sur leur aide :

† yarebidera balea mariea chorel. Sereb. Hyba. Abya onte. Banney. clinor. Jhesu. Seichemmy ececihiel. Samuhel. afesorcherin. chobia. theos. Benjamin anacibi. Marin sanctus Deus. Sanctus Fortis.

On reconnaît à peine Ézechiel (ececihiel) et difficilement Tobie (chobia). Les trois patriarches Abraham, Isaac et Jacob interviennent dans une conjuration du Livre des incantations (Illustration SICLIS PICHE).
Illustration Aymar, p. 336.

NOMS DE LA VIERGE : Conjurations, invocations et charmes font souvent appel à la Vierge, notamment pour les accouchements. Ainsi dans le Sachet accoucheur (Aymar, p. 340) nous lisons : Marie. Rebecca. Seffora. Susanna. Abigea. Esecrael. Salome, noms qui ne sont que celui de quelques femmes jouant un rôle dans les Écritures. Le Liber iuratus (XIVe siècle) cite la liste suivante pour la Vierge :

namque maria genitrix, mater sponsa, filia, theoton, virga, vas, balsamus, nubes, ros, pacifica, princeps, regina aurora, imperatrix, domina, ancilla, ortus, fons, puteus, vita, via, semita, splendor, stella aurea, lumen, luna, fenestra vitrea, ianua, porta, velum cella, domus, hospitium, capsa, templum, aula, tabernaculum, manua, ciuitas, liber, stola, flumen, pons, vna malum, granatum femina, nutrix, mulier turris, nauis, redemtrix, liberatrix, amica, thalamus, vallis, cinamomum, turtur, columba, lilium, rosa, consolatio, portus, spes, salus, gloria, fundamentum, vera peccatorum medicina, sacrarium, spiritus, sancti, radix, iesse, antidotum, recreatrix, syon, puella, miser[a]trix.

L’Enchiridion du pape Léon procède avec la Vierge comme ce que nous avons vu plus haut avec Dieu, et collectionne noms et adjectifs appliqués à Marie :

Via, Virgo, Vita, Flos [fleur], Nubes [nuées], Regina, Theateontola Cedra [odoriférante comme le cèdre], Imperatrix, Pacifica, Domina [maîtresse], Terra, Hortus [jardin], Fons [source, fontaine], Puteus [puits], Aurora, Luna, Sol, Aries, Porta, Domus et templum [maison et temple], Beata [bienheureuse], Gloriosa, Pia [pieuse], Aula [maison royale], Principium, Finis, Schola [école], Scala [échelle], Stella [étoile], Ancilla Domini [servante du Seigneur], Uva [grappe], Vinea [vigne], Turris [tour], Navis [nef], Redemptrix, Liberatrix, Arca [coffre], Thalamus [chambre], Cynnamomum [vraie cannelle], Generatio, Homo, Foemina, Arnica, Vallis [vallée], Turtur [tourterelle], Mulier [femme], Vulva, Turba, Spina, Liber [livre], Pulchra [belle], Pharetra [carquois], Mater, Speciosa [belle], Albula [blanchâtre], Formosa [belle], Benedicta, Rosa, Janua [porte], Cibus, Cruditas, Columba gravata [colombe pesante], Tabernaculum, Magna.

Dans la rédaction espagnole de l’Enchiridion du pape Léon, l’énumération est la suivante :

VITAE † Virgen † Flor † Nube † Reina † Toda silenciosa † Emperatriz † Pacίfica † Inmaculada † Señora † Nacimiento † Fuente † Mujer † Aurora † Luna † Gloriosa † Piadosa † Estrella + Madre † Viña † Redentora † Libertadora † la Rosa † Azucena † Alana † Senda † Escala † Puerta del Cielo † Lecho † Amiga † Piedra Preciosa † Espina † Paloma † Virgen Maria.

Les traditions populaires roumaines proposent une liste de soixante-douze noms de « la Mère de Dieu ».

NON TRADAS : Pour empêcher un fusil de tirer droit, il fallait, selon un grimoire de la fin du XVIIIe siècle, dire la formule suivante en croisant la jambe gauche par-dessus la droite : Non tradas Dominum nostrum Jesum Christum matcher. Amen. Parfois, mather est remplacé par mathon ; la formule est aussi déformée en Non tradas Dominus nostras jesuras Christum.
Au début du XIXe siècle, dans le canton de Vaud (Suisse), on prescrivait ceci : « Pour lever le feu au canon. Non tradas Dominum nostras jesuras ; Christus ma main. Il faut se croiser la jambe gauche sur la jambe droite pendant le fait. Non tradas Dominus nostras jesuras Christum. Il faut se croiser la jambe gauche sur la jambe droite pendant le fait. »
Illustration Enchiridion 1663, p. 170 ; Hervé, p. 357 ; Deonna, « À l’Escalade... », p. 123 sq. Sur la valeur magique du croisement des jambes, cf. Hoffmann-Krayer & Bâchtold-Stäubli, Handwörterbuch des deutschen Aberglaubens, t. 1, Berlin, 1927, col. 1012-1016 ; N. Cartojan, Cărtile populare în literatură, Bucarest, 1938, t. 2, pp. 104-106.

N. Y. MILLA. OL’ME. FFARS. : Afin de se protéger des sorts et des enchantements, il suffit de porter sur soi un bref avec les characteres suivants :

N. Y. Milla. Ol’me. Ffars. D. D. Adon. ay. mi. pp. re. mi. K. ra. x. bi. x. lis. amen.
On reconnaît Adonai et mirabilis. Les deux d devraient signifier deus deus.
Illustration
Illustration Heidelberg, Bibl. universitaire, Cpg 214, fol. 46 c.
Illustration
Reginald Scott, Discoverie of witchcraft, Londres, 1584.
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J'adore particulièrement dans l'image toute la partie consacrées au différents noms de Dieu avec une préférence peut-être pour Abba.
Ce qui me donne des frissons.

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