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Hors ligne Pascal
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TALIY : Mot magique qui doit être répété trois fois dans la conjuration de l’étoile du Berger, afin d’obtenir l’amour d’une fille.
Illustration Secrets magiques pour l’amour n° LIX, p. 47.

TATAI TATYT : Pour trouver l’amour, on écrit ces mots et on les porte sur soi. C’est peut-être un emprunt à Toto Aiti Aitai de l’Enchiridion du pape Léon.
Variante : Jatai Jyt.
Illustration Ohrt II, 128.

TAU / THAU : Dernière lettre de l’alphabet hébreu, très vite confondue avec le tau grec (lat. t) cité dans la Bible (Ez. 9, 4, 6 ; Job 31, 3, 5), elle se transforma en character, en signe magique. Dans l’Histoire des Francs (IV, 5), Grégoire de Tours raconte que le Tau apparut sur les murs des maisons et des églises alors que régnait une épidémie de peste inguinaire dans la région d’Arles. Au Moyen Âge, ce signe est revêtu d’une valeur apotropaïque qui protège de la pestilence. La croix de Caravaca, par exemple, est surmontée d’une inscription latine où on lit : « Par la vertu de ce Tau, par lequel on désignait les fils d’Israël, que notre Dieu nous libère de la contagion ! Fils de Dieu, aie pitié de moi ! » Cette croix protégeait des calamités et, surtout, des orages. Domine Tau libera me, In nomine Patris, &c. Le Tau est qualifié de « vénérable symbole de la lettre sainte » (Clavicula, p. 17).
Illustration ARCUM CONTERET.

TAX. MOAX. VOAX :Illustration MINATE.

† TE † E † R † 9 † G † A † M † N † E † N : Cette façon d’écrire Tetragrammaton se rencontre aux Pays-Bas au XVe siècle dans une prescription pour guérir le mal de dents. La distorsion du nom change la perspective : nous quittons l’univers chrétien pour celui de la magie païenne.
Illustration FETRA ; TETRAGRAMMATON.
Illustration Braekman n° 116.

TEGNETA ABODONIKA : Début d’une convocation des esprits malins attestée en Suède vers 1870. Elle s’accompagne de characteres :

Tegneta abodonika ärepa Salonia Rotas Belial, Belsebuleb Luciferdiabolus asonans avec tous les artifices des hommes qui leur sont soumis ont été apaisés au nom du Père, au nom de Dieu le Père, au nom du Fils de Dieu et au nom du Saint-Esprit de Dieu, amen.

Illustration
On reconnaît les fragments défigurés de la formule Sator arepo tenet opera rotas, présentée dans un ordre différent.
Illustration Bak n° 56.

† TEL † BEL † QUEL † CARO † MORS † AQUA : Pour ne pas souffrir de la question, on utilisait cette formule au XVIIe siècle.
Illustration Enchiridion 1633, p. 166.

TENTA SORTEM OVIS : Pour se faire aimer d’une femme, il faut prendre le germe d’un œuf pondu le vendredi saint et trois gouttes de sang de votre petit doigt gauche, mettre cela sur de la cendre rouge, réduire en poudre et lui donner à boire ou à manger en disant trois fois cette formule.
Illustration Secrets magiques pour l’amour n° XXXI.

† TEN THURAN : Formule que l’on attachait à sa porte en Grèce pour protéger une maison et ses habitants. Elle s’ouvre par : « La porte, l’Aphrodite », puis le nom de la déesse est réduit lettre par lettre.
Illustration
La disposition des lettres est censée représenter une croix.
Illustration PGM II, 189.

TERA. TERA. TERA. : Début d’une incantation latine destinée à protéger ou à guérir de la dysenterie :

Tera. tera. tera. testis. contera. taberna. gise. ges.
mande. leis. bois. eis. andies. mandies. moab. lib. lebes

La formule de clôture est : Eax. filiax. artifex. Amen. Si quelques mots latins sont identifiables, l’ensemble ne produit pas de sens. Il semble toutefois qu’il faille toucher la terre pour y transférer la maladie.
Illustration EAX ; IRE.
Illustration Berthouin-Mathieu, p. 193 ; Storms n° 68.

TERIX. CONTERIX. PETRONIX. PETRONISSA. TERIX : Ces mots, nous dit un manuscrit du XIIIe siècle, auraient été prononcés par l’ange lors de l’annonciation faite à Marie ; par eux, on conjure une entité appelée « ver » pour empêcher qu’elle vous mange ou vous morde chair et os. On conjure également la migraine et la « goutte volante », ce nom recouvrant en fait un parasite.
Illustration Berlin, manuscrit latin quart. 2, fol. 25 r°.

TERRA, FARRA, GARRA : Si l’on approche d’un chien en tenant son testicule gauche dans sa main, en le tournant et en prononçant ces mots, il n’aboiera pas.
Illustration Rituel de haute magie.

TETRAGRAMMATON (τετράγραμματoν) : Le terme signifie « Dieu en quatre lettres », à savoir, selon une bénédiction des herbes du XIVe siècle : Joth, Ey, Way, He (Illustration), c’est-à-dire Jehova. Au VIe siècle, Isidore de Séville écrit : joth he vau he. Selon d’autres exégètes, il s’agit de : Joem, sai, neot, he, ou encore des quatre lettres du début de la prière juive du matin : aleph, beth, lamed et aleph. Les Juifs prononçaient, dit-on, Adonaï le tétragramme ineffable YHWH (Yahwé). Pour le rédacteur du Sachet accoucheur, il s’agit du nom ineffable de Dieu et il le lit V. I. O. O(n). H. V. A. V. avant de l’interpréter : ioth = « commencement », he = « juste », vau = « vie », neth = « passion ».
Illustration
Le tétragramme est utilisé pour les fièvres, écrit sur une hostie de la façon suivante : † te †tra †gra † ma † ton (Hunt, p. 360). Au XIVe siècle, en Italie, une formule de clôture d’un charme contre les fièvres tierce, quarte et continue, nous offre : Agios, tragmaton ataneatam Samuel e Manuel, Hyesus primus novissimus agessia agios, fiat fiat fiat. Amen.
On rencontre aussi les graphies tetragramacio, trenagramaton, tetagraamaton, Fetra gramalum, Tara gramaton, Tera gramator, grammata Trachotin. On trouve en Italie : tetragraman, traga Matha, Tagla Mathon, retragrammaton.
Illustration FETRA ; TRAGTA GRAMONTETTA.
Illustration Franz I, 409 ; Isidore, Etymologiae VII, 1, 16 ; Kaufmann Kohler, « The Tetragrammaton (Shem ham-M’forah) and its uses », Journal of Jewish Lore and Philosophy 1 (1909), pp. 19-32 ; Jacob Z. Lauterbach, « Substitutes for the Tetragrammaton », Proceedings of the American Academy for Jewish Research, 1931, pp. 39-67.

THEBAL : Ce mot magique entre au Moyen Âge dans de nombreuses formules. Pour se protéger des crampes, il faut écrire ceci sur un parchemin : + Thebal + Ech + Guth + Et + Guthanay, et le porter sur soi (Angleterre, XVe siècle). Un manuscrit de la bibliothèque cathédrale de Canterbury contient une belle conjuration des crampes. Il faut prendre un morceau de parchemin, y faire le signe de la croix ainsi : , III, puis écrire :

+ Thebal + Guthe + Guthanay + in nomine patris + et filij + et spiritus sancti amen + IRe nazarenus + Maria + Johannes + Michael + Gabriel + Raphael + verbo carum factum est +

Ensuite, on doit plier le parchemin de façon à ce que l’on n’aperçoive aucune lettre. « Celui qui le portera avec honnêteté et révérence au nom du Dieu tout-puissant, et y croira, sera sauvé sans aucun doute. Ce charme (iste carmen) possède une grande force grâce à Dieu qui donna aux paroles, aux pierres et aux plantes leurs vertus. Il faut l’utiliser secrètement afin que tout le monde n’en ait pas connaissance et qu’il ne perde pas sa force, don de Dieu. » Au XIe siècle, nous le trouvons dans une formule de protection contre les nains. Il faut dire : thebal guttatim aurum et thus de. + albra Iesus. + alabra Iesus + Galabra Iesus, puis écrire sur trois gaufres : THEBAL GUTTA. Le début de la formule est une réminiscence d’Isaïe 60, 6 (omnes de Saba venient, aurum et thus deferentes). On a rapproché Thebal de l’hébreu Thehalah, « guérison ». Vers 1350, pour se protéger de la goutte, on portait un bref avec : Tepal guth gutta Niteas Ne ganim guspas.
En octobre 1904, fut découvert à Donauwörth (Bavière) un anneau d’or de section carrée que l’on date du dernier tiers du XIIIe siècle. Il présente une nette parenté avec le précédent au niveau des inscriptions :

+ GVGGVGBALTEBANI + ALPHA & ω
+ EHERAVELAGAIHAEHRA + ENORAYA. ω
+ GVT + GVNANIA + ADOSDE. B. E. L ω
+ MELCHAAGLA + AQTVO LC LO M O — O I

Nous y retrouvons AGLA, associé à MELCHA, « un nom très sacré ; celui qui le porte sur soi sera délivré de tout péril », dit un manuscrit munichois.
Le mot THEBALGVTGVTANI, parfois écrit en lettres grecques, ainsi sur un anneau trouvé en 1846 (+ ΘΗΒΑΛΓVΘΓVΘANI), est extrêmement fréquent sur les anneaux magiques, comme ceux découverts dans le Wiltshire (ΘHBAΛ ΓYΘ ΓYΘΑNI), dans le Glamorganshire (Debal. Gut. Guttani), à Rochingham (Guttu : gutta : madros, adros / Thebat : adros : adros), à Rome (AΩGVTGVT THEBAL GVTTANI) et à Petrossa (GVTANI OD HAILAG). La comparaison avec un charme latin contre les crampes ou les spasmes suggère que la bague revêtue de ce vocable préservait le porteur de cette affection. Au sud-est du Jutland, on a découvert une bague du XIIe siècle portant :

† TH | EB |AL | GV | VT | HAN|

Gravé sur le pourtour d’une bague talismanique du XVe siècle, trouvée en Angleterre, dans le Worcestershire, on lit : + THE-ABIGVTHVTHANI. Sur une broche d’argent se lit d’un côté :

EZERA. EZERA. ERAVERAGAN + GUGVRALTERANI. ALPHA. Et. Ω
et de l’autre :
+ AOTVUNO OIO MO OOIO AV.

Sur une bague de section carrée découverte près d’Amiens en 1763, une longue formule propose :

+ OE GUTA + SAGRA + HOGOGRA + IOTHE + HENAVEAET
+ OCCINOMOC + ON + IKC + HOGOTE + BANGUES + ALPHA 7IB
+ ANA + EENETON + AIRIE + OIRA + ALGA + OMEGA + ADONAI
+ HEIERNATHOI + GEBAL + GUTGUTTA + IEOTHIN

Illustration British Library, Sloane 56, folio 7 r° ; Hunt, p. 348 ; Berthouin-Mathieu, p. 154 & p. 492 sq. ; Storms n° 78 ; Ohrt II, 128 ; D. Harmening, « Zur Morphologie magischer Inschriften », Jahrbuch für Volkskunde, 1978, pp. 67-80 ; Ferdinand de Mély, « Inscriptions talismaniques », Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1916, pp. 342-353 ; Ch. W. King, « Talismans and Amulets », The Archeological Journal 101 (1869), pp. 25-34 et pp. 149-157 ; pp. 225-235. J. Evans, Magical Jewels of the Middle Ages and the Renaissance, particularly in England, Oxford, 1922, p. 123 sqq.

THEON, HALTANAGON, HARAMALON : Début de la formule magique d’une oraison du XIIIe siècle, où l’on demande à Dieu de nous donner la sagesse :

Theon, Haltanagon, Haramalon, Zamoyma, Chamasal, Jeconamril, Harionatar Jechomagol, Gela Magos, Kemolihot, Kamanatar Hariomolatar Hanaces, Velonionathar, Azoroy, Jezabali. Par ces mystères très saints et glorieux, par ces précieux offices, la vertu et la connaissance de Dieu, corrige mes débuts, Zembar, Henoranat, Grenatayl, Samzatam, Jecornazay.

Illustration ARS NOTORIA.
Illustration Ars notoria, p. 72 ; Liber iuratus chap. 64.

THEOS : Incipit de la onzième oraison magique du Livre des consécrations ; elle permet d’obtenir une vision divine :

Theos † megale † patir † ymos † hebrel † habobel † hecoy † haley † helyhot † hety † hebiot † letiel † iezey † sadam † salaseey † salatial † salatelli † samel † sadamiel † saday † helgyon † helliel † lemegos † mitron † megos † myheon † legmes † muthon † michoyn † heel † hesely † iecor † granal † semhel † semobzhat † semeltha † samay † geth † gehel † rasahanay † gelgemana † semana † harasymihon † salepatir † selapati † ragion † saletha † thurigium † hepatir † vsion † hatamas † hetanas † harayn.

Hepatir est le grec ho pater, « père ».
Elle est identique à un mot près des termes d’une oraison bonne pour la mémoire, ce terme étant codé de la façon suivante :

m : m : : r : . m (memoriam)

Lorsqu’on veut étudier, il faut dire lemach, lemoch, salmalsaach, etc., Theos patir beherenos, invoquer les anges de Dieu, notamment Eliphat, Nasay, etc., et demander au Seigneur d’illuminer votre conscience et de conforter votre intelligence. On comprend qu’on s’adresse à Dieu le Père (Theos patir,Illustration VSION) pour sa demande exprimée par behere qui reste incompréhensible.
Dans d’autres oraisons (n° 14 ; 16) se trouvent Theos. Patir. behemnos. lehernnyos. behenny.
Illustration Liber iuratus chap. 46 ; Franz 2, 259 sq.

THEOS PATER VEHEMENS : Lorsqu’on procède à une opération magique à la nouvelle lune, on adresse des prières à Dieu et, par l’oraison suivante, on lui demande de purifier sa conscience et de raffermir sa compréhension afin de se souvenir de ce qu’on a appris :

Theos Pater vehemens ; Dieu des anges, je Te prie et invoque par tes anges très saints, Eliphamasay, Gelomiros, Gedo bonay, Saranana, Elomnia.

Illustration ARS NOTORIA.
Illustration Ars notoria, p. 117.

THEZAY LEMACH OSSANLOMACH AZABATH : Ouverture d’une très longue incantation du XIIIe siècle contenue dans une oraison destinée à retrouver la sagesse intellectuelle lors des études des Arts libéraux :

Thezay lemach ossanlomach azabath azach azare gessemon relaame azathabelial biliarsonor tintingote amussiton sebamay halbuchyre gemaybe redayl hermayl textossepha pamphilos Cytrogoomon bapada lampdayochim yochyle tahencior yastamor Sadomegol gyeleiton zomagon Somasgei baltea achetom gegerametos halyphala semean utangelsemon barya therica getraman sechalmata balnat hariynos haylos halos genegat gemnegal saneyalaix samartaix camael satabmal simalena gaycyah salmancha sabanon salmalsay silimacroton zegasme bacherietas zemethim theameabal gezorabal craton henna glungh hariagil parimegos zamariel leozomach rex maleosia mission zebmay aliaox gemois sazayl neomagil Xe Xe Sepha caphamal azeton gezain holhanhihala semeanay gehosynon caryacta gemyazan zeamphalachin zegelaman hathanatos, semach gerorabat syrnosyel, halaboem hebalor halebech ruos sabor ydelmasan falior sabor megiozgoz neyather pharamshe forantes saza mogh schampeton sadomthe nepotz minaba zanon suafnezenon inhancon maninas gereuran gethamayh passamoth theon beth sathamac hamolnera galsemariach nechomnan regnali phaga messyym demogempta teremegarz salmachaon alpibanon balon septzurz sapremo sapiazte baryon aria usyon sameszion sepha athmiti sobonan Armissiton tintingit telo ylon usyon, Amen.

Quelques mots sont identifiables, comme Beth qui est soit la lettre de l’alphabet hébraïque, soit Illustration, « la demeure » ; le grec cratos signifie « puissant »...
Illustration AZAY LEMACH ; ARS NOTORIA.
Illustration Ars notoria, p. 105 sq.

TIECON. LELELOTH. PATRON : Pour fabriquer un breuvage contre la maladie de carême, on prend des plantes que l’on fait tremper dans de la bière, on ajoute de l’eau bénite, on fait bouillir le tout en invoquant les quatre évangélistes, et la formule clôt l’invocation. Les trois mots viennent d’une ancienne phrase d’hébreu que les érudits traduisent par : « Résiste la nuit comme esprit tutélaire ! »
Illustration Storms n° 33 ; Berthouin-Mathieu, p. 66.

THIGAT : Pour guérir un infirme, on utilise dans l’Angleterre du XIIe siècle une formule commençant par ce terme et se poursuivant par une invocation des croix des saints Matthieu, Marc, Luc et Jean. La formule obscure possède la forme suivante :

Thigat. Thigat. Thigat. calicat. Archlo. cluel. Sades. Achodes. Arde. et hercleno. Abaioth. ArcocugtiA. Arcu. ArcuA. fulgura. sophuinit. ni. cofuedi. necutes cuteri. nicuram. Thefalnegal. Uflem. archa. cunhunelaja.

Quelques mots peuvent être identifiés, mais la compréhension de l’ensemble nous échappe. Du reste, même les copistes de ce temps ne semblent plus comprendre ce qu’ils lisent : Abaioth — peut-être abba ioth, « père du commencement » — devient Nonanaioth, cunhunelaja, tuxuncula, et les mots ne sont plus découpés de la même façon.
Illustration Storms n° 70 ; autre variante n° 71.

TIN BIB ELITHI (τιν βιβ ηλιθι) : Pour avoir des rapports sexuels sans danger, il faut écrire ces mots sur une peau enveloppant le bout du membre d’un renard. Les manuscrits grecs des Cyranides donnent :

T’IN BI‘B H’ΛIΘI.

Illustration Cyranides II, Ω.

† T † Ω A : Pour se protéger d’un nain, il faut écrire ceci sur son bras, piler de la chélidoine dans de la bière, invoquer saint Machutus et saint Victoricus puis écrire le long de son bras :

+ τ + P + τ + N + ω + τ + UI + M + ω A

Puis on évoque à nouveau les deux saints en répétant l’opération avec la chélidoine. UI et M désignent certainement les deux saints, ω A, « Dieu. »
Illustration Storms n°44 ; Berthouin-Mathieu, p. 126.

TONUCHO : Pour se rendre invisible, il faut faire un anneau d’or dans la neuvième mansion de la lune et y enchâsser une pierre jaune sur laquelle est gravé le caractère ci-dessous ; sous la pierre, on place « Tonucho » écrit sur du parchemin vierge avec du sang de colombe blanche, et parfumé à l’écorce d’orange.
Illustration
Illustration British Library, manuscrit Landsdowne 1202 4to, folio 173.

TOOGRAS : Pour éveiller l’amour, on recommandait d’écrire ces lettres sur sa main avant le lever du soleil.
Illustration BaK n° 66.

TOPINOCH : Pour vaincre ses ennemis, on fabrique un anneau d’or dans la dixième demeure de la lune et on y enchâsse une pierre jaune gravée du signe ci-dessous ; sous la pierre, on place ce mot écrit avec du sang de colombe blanche sur un parchemin vierge.
Illustration
Illustration British Library, manuscrit Landsdowne 1202 4to, folio 176.

TORAX : Dans un charme contre la migraine construit sur la rencontre de Jésus et de saint Pierre dolent, le premier déclare que celui qui portera ce qui suit n’en souffrira plus :

† Agios † Agios † Agios † Pater Aue. Credo. Torax Calamite. Torax Rubee. Torax Liquide. Omnes Gumme.

Torax semble renvoyer au storax ou styrax, arbre résineux dont on tire un baume.
Illustration British Library, Sloane 2457, folio 19 v°.

TORUM CULTIN, CULTORUM, BULTIN, BULTOTUM : Un certain père Girard recommandait de dire ces mots en soufflant au nez ou en embrassant la femme dont on voulait être aimé, afin de pouvoir en jouir.
Illustration Honorius, p. 69.

TOTO, AITI. AITAI. : Mots magiques de l’oraison Pax Domini, par le pape Léon, qui appelle la protection divine sur le récitant.
Illustration Enchiridion, p. 73.

TRAGTA, GRAMONTETTA, ANGTELA †††. : Formule de clôture du Charme des trois fleurs, ici trois roses, dont le but est de « fixer » un gibier ou tout autre animal. On nomme la bête et on la conjure de ne plus bouger « par les quatre éléments du ciel » et on lui « interdit de courir et de sauter » avant de prononcer tragta, etc. On reconnaît le Tetragrammaton, littéralement camouflé par des lettres adventices (ta) et fractionné.
Illustration Secrets égyptiens 3, 189 ; Spamer, p. 357.

TRIANGLE : Dans la magie grecque ancienne, nombre de formules sont écrites sous la forme d’un triangle. Les formations de lettres et de mots en triangle étaient dites « ailes » (peruges, pterugômata, kardiai). F. Dornseiff note que ces formations remontent à une tradition des pythagoriciens, et R. Kotansky observe qu’elles traitent les mots comme des additions. Un charme demandant à Sérapis de libérer de maladies une certaine Artémidora prescrit :
Illustration
Le triangle peut être pointe en bas, comme sur une pierre gravée destinée à susciter l’amour, ainsi que sur une défixion à l’encontre des cochers du cirque, découverte à Rome ; le mot Eulamô, « éternité » est inscrit de la façon suivante :
Illustration
Dans son Liber medicinalis (v. 935-939), Quintus Serenius Sammonicus prescrit d’écrire Abracadabra sur un parchemin et de le porter au cou quand on est atteint de fièvre demi-tierce.
Illustration PGM XVIIa, 1-25 ; XXXVI, 115-133 ; 231-55 ; XXXIX, 1-21 ; F. Dornseiff, Das Alphabet in Mystik und Magie, Leipzig, Berlin, 1925, p. 58 sq. ; Attilio Mastrocinque, « Le pouvoir de l’écriture dans la magie », Cahiers Mondes anciens 1, 2009, http://mondesanciens.revues.org/index168.html

TRIX TRAX FILILAX : On écrivait cette formule sur une feuille neuve et on la portait si l’on voulait gagner aux cartes.
Illustration Ohrt II, p. 129.

TRO ETANATOR : Début d’une longue formule destinée à empêcher quiconque de nuire à votre bétail :

Tro Etanator Durich Pinaopentye Jalamut Lidfutter
Jyepichminför Qvur prœit † Gaaba † Bel Pelmilgano
Kapmatgelbeg kapamatgalle Japmat.

Illustration Ohrt II, p. 129.

TROIS ROIS (LES) : L’utilisation des noms des Rois mages aurait été recommandée par le pape Jean XXII (1276-1277). Extrêmement populaires, Gaspar, Melchior et Balthasar se rencontrent partout dans les textes magiques. Leurs noms hébreux (Galgalat, Magalath et Sarachim) ainsi que grecs (Apellus, Amerus et Damasius) ne sont pas employés dans les charmes occidentaux.
Selon le pape Jean XXII, il faut invoquer leurs noms contre l’épilepsie, écrire leurs noms sur du parchemin et le pendre au cou du malade. La formule consacrée est : « Celui qui porte ces noms : Melchior, † Pabtizar † Caspar est délivré du mal caduc par la grâce du Christ. » Leurs noms valent aussi pour les saignements. Une autre prescription associe leurs noms à ceux de Dieu (Messias, Sother, Emmanuel, etc.), et ce type de charme se rencontre dans de nombreux manuscrits.
Leurs noms servent à faciliter l’accouchement lorsqu’ils sont liés au Charme de sainte Suzanne et aux formules Christus natus, etc., et Christus vincit. Associés à ANANIZAPTA, à des noms de Dieu et à Jesus autem transiens, les trois Rois protègent de la peste, — aux Évangélistes et à Christus vincit, etc., ils gardent de tous les maux. Si on les joint à sainte Félicité et aux trois enfants dans la fournaise, on se met à l’abri de ses ennemis.
Les initiales de leurs noms (CMB) protègent les maisons. L’abréviation « Cabane », avec un N pour M(elchior), fut utilisée jusqu’au XVe siècle comme nom de baptême.
Illustration
Dès le XIIe siècle, Gaspar, Melchior et Balthazar sont les patrons des voyageurs. Si on les utilise avec le Credo, la Trinité et Jesus. autem transiens (Luc 4, 30), on peut voyager en toute sécurité. On les invoque pour éviter la fatigue de la marche, par exemple en écrivant la formule : « Que les trois rois mages C. M. B. soient mes compagnons de route », sur trois billets que l’on s’attache au creux du genou. Au XVe siècle, le charme dit : Caspar me ducat, Balthasar me regat, Melchior me salvet, et ad vitam aeternam me perducant, « Que Caspar me conduise, Balthasard me guide, Melchior me sauve, et qu’ils me mènent à la vie éternelle ! » Contre la maladie, on porte la formule suivante en guise d’amulette :
Illustration
Le médecin Bernard de Gordon († avant 1330) indique qu’il faut répéter trois fois de suite cette formule à l’oreille de l’épileptique en crise, et il guérira. Au dos d’une broche écossaise datant du XVe siècle, le nom des Rois mages est accompagné de consumatum.
Dans la suite des temps, les Rois mages sont réputés protéger des voleurs, des intempéries, du feu, et on portait leur image avec la formule : Sancti tres reges Gaspar, Melchior, Balthasar, orate pro nobis, nunc et in hora mortis nostrae, « Trois saints rois Gaspar, Melchior Balthasar, priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort », nous confie Jean-Baptiste Thiers. Lorsqu’on ferrait un cheval, on lui murmurait à l’oreille, pour qu’il se tînt tranquille : Caspar te tenet, Balthasar te liget, Melchior te ducat, « que Caspar te tienne, Balthasar te lie, Melchior te conduise ! » et on traçait à chaque fois une croix sur son front.
Dans une compilation connue sous le nom de Rituel de haute magie et faussement attribuée à Henri Corneille Agrippa, on utilise les noms des trois Rois pour tirer à coup sûr. On écrit sur un billet : « Gaspard, Balthazard, Melchior, conduisez mon plomb sur l’animal que je veux abattre », on utilise le papier comme bourre et on tire en répétant ces paroles.
On retrouve le nom d’un des trois Rois dans une formule gravée sur un anneau d’or daté des environs de 1500 :

burabariaberioraaiabaltesar.

On les invoque dans la « Conjuration de l’Étoile du Berger » afin d’obtenir d’une femme ce que l’on désire. On récite trois fois la conjuration qui s’achève par : Cave ! Cave ! Cave ! Ecce enim veritatem dilexisti. Incerta et occulta sapientia tua manifestasti mihi. « Prends garde, prends garde, prends garde ! En effet tu as aimé la vérité. Montre-moi ta science cachée et incertaine. »
Si l’on écrit les noms des Rois mages sur trois feuilles de laurier la veille des Rois et qu’on les glisse en croix sous le chevet de son lit, on verra en songe celui ou celle qu’on épousera.
Au XIXe siècle, on protégeait les maisons à l’aide du nom des Rois mages, comme sur cette photographie d’une maison de la vallée de la Salzach (Haute-Autriche) :
Illustration
Variantes de leurs noms : Jaspar ; Cas ber, Caspar, Kasper ; Baptizar, Balcer, Bathasar, Walthesar ; Melkior, Milcorium.
Illustration CMB.
Illustration Braekman 36 ; Franz 2, 505 ; 266-268 ; Bernard Gordon, Lilium medicinae II, 25, Francfort, 1617, p. 376 sq. ; Ohrt n° 1090 ; Londres, British Library, manuscrit Sloane 3285, fol. 25 r° ; Vienne, Östereichische Nationalbibliothek, Cod. 2505, page de garde ; Braekman n° 49 ; n° 234 ; n° 272 ; n° 277 ; Franz II, 266 sqq. ; Thiers I, 357 ; Franz II, 268 ; 505 ; Ohrt n° 777 ; Ohrt 2, p. 96 ; Ohrt n° 229 sq. (contre le mal caduc) ; n° 269 (contre la fièvre froide, avec Christus vincit et consumatum est) ; n° 60-605 (contre l’incendie) ; n° 1090 ; n° 1263 (bref) ; Grimoires n° 268 (pour paralyser fusils et armes) ; Honorius, p. 54 ; 71 ; JvH n° 1029 (dans une conjuration de la sorcellerie) ; K. Bartsch, Sagen, Märchen und Gebräuche aus Mecklenburg, Vienne, 1880, t. 2, n° 2060 ; Secrets magiques pour l’amour n° XLII et LXII ; Coulon, p. 44 (contre l’épilepsie).

T R X O V T V T T T V T O T : Pour se protéger de ses ennemis, vers 1800, il faut porter sur soi un morceau de papier où sont écrites ces lettres.
Illustration BaK n° 74.

TUDICHA STELPHA : Pour se procurer un cheval, il faut inscrire au crépuscule les mots suivants sur la porte d’une maison vide, « à la façon des Hébreux » (more hebrayco), avec du sang de chauve-souris :

tudicha stelpha alpha drato mariodo ypation.

Quand l’équidé apparaît, on met le pied gauche à l’étrier en prononçant une conjuration qui s’adresse au Créateur du ciel et de la terre. Le texte dit qu’il ne faut pas faire de signe de croix et qu’il faut enterrer le frein de la bête lorsqu’on ne la monte plus. Quand on veut l’utiliser à nouveau, on répète la conjuration en ajoutant Kastelya, Elogo, Yetas.
Illustration Liber incantationum folio 36 r°-v°.

TURAN ESTANOS FUZA : Prononcés trois fois en élevant un talisman, où ils sont gravés, tenu de la main droite à la hauteur des yeux, ces mots rendent vertueux ; si l’on dit Vazotas Testanar en l’élevant au-dessus de la tête, ils font acquérir tous les genres de talents « et l’on verra s’accomplir des prodiges ».
Illustration Trésor, p. 181 b.

TURBAN EROBAL INFINITUS EST : Cette formule apparaît dans un rituel d’envoûtement, dont relève aussi Gamilaren uxtos bohot. Les deux premiers mots devraient être des noms de démons.
Variantes : Turban Kereba (Kerebal, Kerobal) infinitus.
Illustration Werner n° 43, p. 205.
Illustration
Alphabets secrets.
Vienne, Codex philo. Graec. 108, folio 3702 (XVIe siècle).

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