CONFÉRENCE N°284 : LA NÉCESSITÉ DE COMPRENDRE NOTRE MENTAL
Traduction d'une conférence intitulée "LA NECESIDAD DE COMPRENDER NUESTRA MENTE" (1972)
Conférence de troisième chambre - Mexico D.F.
Traduction d'une conférence intitulée "LA NECESIDAD DE COMPRENDER NUESTRA MENTE" (1972)
Conférence de troisième chambre - Mexico D.F.
En réalité, le mental avec son incessante bataille des antithèses maintient la conscience embouteillée, enflaconnée. Quand il s'agit d'atteindre le calme et le silence du mental, nous devons savoir comment faire.
Presque toutes les écoles nous parlent du "mental en blanc", mais nous devons discerner ce qu'est un mental serein et en silence durant la méditation, et ce qu'est le "mental en blanc".
Tout ce qui est du "mental en blanc" s'avère, en fait, vraiment absurde, superficiel. Je suis allé dans des groupes où l'on disait aux assistants : "Frères, mettez le mental en blanc". Pendant cinq ou dix minutes, les assistants mettaient tous le mental en blanc. Au bout de dix minutes : "Maintenant, nous allons commencer une conférence". Total, c'était une question complètement absurde. C'est trop inexact. Ce concept du "mental en blanc" est trop creux, c'est une flaque très peu profonde. Nous, nous allons plus loin dans ce thème. Nous allons à la quiétude et au silence du mental, et ce n'est pas superficiel, mais profond.
Nous devons faire la différence entre un mental calme et un mental calmé. Il faut savoir faire la différence entre un mental en silence et un mental forcé d'être en silence.
Quand le mental est calme, il ne lutte pas, il n'y a pas de batailles en lui, il ne désire se libérer d'aucun type de lien, il se trouve dans une authentique plénitude. En revanche, quand le mental est calmé de force, violenté, il s'efforce de rompre ses liens, ses chaînes. Cette guerre, cette lutte, cette bataille se produisent dans les quarante-neuf niveaux du subconscient, infraconscient et inconscient. Alors, il n'y a pas de calme véritable. Quand le mental est en silence, il ne veut pas crier, il jouit de la sérénité. Mais quand le mental est réduit au silence par la force, alors il veut crier, il désire crier et, au fond, il crie réellement, et ses cris, ses sons, son incessant bavardage se produisent dans les niveaux très profonds de l'inconscient, de l'infraconscient et du subconscient.
Ainsi, nous ne devons pas nous leurrer : faisons la différence entre un mental calme et un mental calmé ; faisons la différence entre un mental silencieux et un mental réduit au silence.
L'important est d'arriver au calme et au silence du mental. Ce calme et ce silence se produisent de manière spontanée, naturelle, pure et simple. Cependant pour parvenir à ce calme et à ce silence, on a véritablement besoin d'une profonde compréhension. Il suffit de se rendre compte que le processus de la pensée est terminé, et de se dire : "Voilà, mon mental est en silence", pour qu'en réalité, il ne soit pas en silence. Il suffit de dire : "Voilà, mon mental est en silence", pour qu'il ne soit plus en silence.
C'est pourquoi je dis que le calme et le silence du mental sont très naturels, très spontanés. Dans ces instants, il advient en nous ce qui est nouveau.
Souvent, nous arrivons au calme et au silence du mental précisément quand nous ne cherchons pas à y arriver. Parfois, nous nous extasions devant un beau coucher de soleil, devant le silence imposant de la nuit, devant le tonnerre de la tempête, devant de magnifiques tableaux, de belles peintures, etc., et en ces instants, réellement, nous parvenons au calme et au silence du mental. Ce qui est curieux est que cela se produit quand nous nous y attendons le moins. Il est donc nécessaire, frères, d'apprécier ces moments de spontanéité naturelle de la vie.
Il y a des moments délicieux, des moments réellement admirables, des secondes, qui semblent des siècles de calme et de silence. Dans ces instants, vient toujours à nous, le nouveau, Cela qui est le réel, Cela qui est au-delà du temps.
Lorsque nous voulons nous manifester, monter en haut de l'échelle, ressentir, le mental n'est alors plus tranquille ni en silence. Quand nous faisons des efforts pour arriver au calme et au silence du mental, dans cette même lutte, dans cet effort, il n'y a ni calme, ni non plus de silence.
Ainsi, pour parvenir au calme et au silence du mental, la lutte ne fonctionne pas et l'effort non plus. La force de la volonté peut-elle être utile pour nous ? Dans ce cas précis, non. Il s'avère que ce calme est si naturel... Vous avez certainement connu, un jour, un beau coucher de soleil, n'est-ce pas ? Une nuit merveilleuse au cours de laquelle vibrent les étoiles dans l'Espace infini. Ce sont des secondes où nous nous sentons enchantés, avec un plaisir exquis là à l'intérieur, avec une étrange volupté spirituelle, des minutes pendant lesquelles nous ne pensons pas, où nous nous trouvons tous dans un état de béatitude profonde et divine.
Dans ces moments-là, il y a du calme en nous. On a besoin de cela, du réel, bien que ce soit sous forme d'intuition, comme l'a dit M. Emmanuel Kant, le philosophe de Königsberg, dans sa Critique de la raison pure. Ces secondes sont, bien sûr, très fugaces, mais elles laissent une marque indélébile dans l'âme. C'est l'instant parfait, celui qui vient servir de braise pour, plus tard, aviver, allumer le feu merveilleux de l'amour. Malheureusement, nous nous éloignons de ces moments de bonheur en raisonnant. L'intellect nous sort de notre état paradisiaque. Voilà le grand malheur.
Nous avons besoin du calme et du silence du mental, mais ce n'est pas possible en luttant, parce que dans la lutte, il n'y a pas de calme et encore moins de silence. Atteindre cet état de calme est indispensable et on l'atteint quand il n'y a pas d'effort ; l'effort est un obstacle au calme. Si nous voulons atteindre ce silence imposant et ce calme, nous n'avons pas besoin de nous diviser en morceaux, car le mental nous joue toujours le mauvais tour de se diviser lui-même sans arrêt. Nous divisons toujours entre ceci et cela ce qui s'est passé, ce qui est arrivé, ce qui viendra, ce qui est à moi, ce qu'ils m'ont dit, ce que j'ai dit. Ainsi divisés en autant de morceaux, il nous est impossible de parvenir au calme et au silence du mental.
Quelquefois, nous obtenons un certain état de calme et de silence, et cependant, nous ne ressentons rien, nous ne voyons rien, nous ne percevons rien. Que faire ? Que s'est-il passé ? Si vous étudiez ce cas pendant un moment, vous réaliserez peut-être que quelque chose ne va pas, que quelque chose vous est inconnu. Tant qu'on ignore quelque chose de soi-même, on n'arrive pas à connaître le réel en profondeur.
Si on se juge sévèrement, on pourra voir dans la méditation de nombreux souvenirs, désirs, passions, émotions qui se succèdent les uns aux autres dans une incessante procession. Les vaines pensées, les souvenirs, les désirs, etc., sont précisément les différents agrégats qui constituent le Moi, le Moi-même, le Soi-même. Au total, en voyant nos propres souvenirs, désirs, émotions et passions, raisonnements, etc., qui surviennent dans le mental durant la méditation, nous sommes en train de nous connaître nous-mêmes. Nous devons comprendre, en particulier, chaque chose qui surgit dans la méditation, chaque idée, chaque désir, chaque souvenir, chaque passion ou émotion, et ensuite, l'oublier, bien sûr. Lorsqu'une chose est correctement comprise, elle disparaît du mental, il ne reste en lui aucun souvenir. Lorsque nous avons compris un désir, une pensée, une émotion, etc., pour le moment, il disparaît du mental.
Quand il s'agit de comprendre tout ce qui émerge dans le mental, nous voyons, en fait, le livre de l'Ego. Ainsi, le Moi est un livre de plusieurs volumes, et à mesure que l'on va se connaître soi-même, on va connaître ce qui est réel. C'est pourquoi je dis que lorsque le mental est "apparemment" immobile et silencieux et que rien ne surgit de nouveau, c'est parce que quelque chose n'a pas été compris, c'est parce que les stimuli des choses luttent encore : sur des concepts, sur des idées, etc., au plus profond de soi, dans les tréfonds les plus intimes, et à cause de cela, l'Illumination ne vient pas. Tant qu'il y a un conflit en soi, il n'est pas possible que le nouveau, le réel, vienne nous rendre visite.
Alors, il est nécessaire de nous auto-explorer plus profondément pour voir ce qui se passe, ce qui existe à l'intérieur de nous, et que nous n'avons pas compris. À la fin, nous découvrons ce que c'est, et lorsque nous découvrons et comprenons, nous pouvons alors voir que quelque chose de nous se dissout ; en quelques secondes, l'expérience et la vision du divin arrivent. Nous avons des moments de béatitude quand on arrive à avoir des moments de calme et de silence.
Il est donc très important de se connaître par la méditation, parce que, dans le temple de Delphes, en Grèce, il était écrit : "Nosce te ipsum" : - Homme, connais-toi toi-même et tu connaîtras l'Univers et les Dieux -, il n'est pas possible de connaître l'Univers et les Dieux si nous ne nous connaissons pas profondément. Le but de toute cette méditation est de nous connaître nous-mêmes pour ensuite avoir la joie de connaître l'Univers et les Dieux.
Quand nous travaillons sur le processus qui consiste à examiner les désirs, les émotions et les passions qui apparaissent sur l'écran du mental, nous sommes aussi en train de nous connaître nous-mêmes. Par conséquent, la connaissance profonde et non superficielle est essentielle.
Vous voyez tous la différence qu'il y a, entre ce que vous appelez "mental en blanc" et ce qui est l'authentique calme et silence du mental.
Dans toutes les écoles, la première chose qu'ils disent à quelqu'un est : "Bien, petits frères, nous allons mettre notre mental en blanc pendant environ cinq minutes". Vous voyez à quel point ces personnes sont superficielles, elles sont creuses. Ce "mental en blanc" est trop absurde, stupide si vous voulez - même si le terme leur semble dur - mais c'est ainsi. Ce que nous allons découvrir est plus que ça. Tous ces concepts sont trop superficiels, je le répète, c'est comme une flaque d'eau sur le chemin, comme un puits sans fond, trop superficiel, trop peu profond. Donc le calme et le silence du mental, c'est mieux. Il faut être profond.
En fait, dans la vie, dans tout ce qui est lié à l'Autoréalisation intime de l’Être, nous avons nécessairement besoin, non seulement de comprendre, mais aussi de saisir la profonde signification de ce que nous avons compris. Car combien de choses dans la vie pensons-nous avoir comprises, mais avec le temps et la distance, nous nous rendons compte que nous ne les avions pas comprises. Donc, cette compréhension est quelque chose de très élastique. Aujourd'hui, nous pouvons comprendre quelque chose et demain, nous réaliserons que nous n'avons rien compris.
Bon, honnêtement, je tiens vraiment à vous dire ceci : il y a des épreuves ésotériques sur le chemin de l'Initiation - et plus encore, dans la Montagne de la Résurrection - que je n'ai pas pu réussir faute de compréhension. Ce que je vous dis est étrange : que moi, je vous enseigne à comprendre alors que j'ai échoué aux épreuves que je n'ai pas comprises.
Je vais vous donner un exemple. Vous vous souvenez du passage de la Bible, de l'Ancien Testament, dans le livre de Daniel, qui explique comment ce grand Patriarche a été jeté dans la fosse aux lions ; il est resté là, en paix et ne subit aucun mal ; ils l'ont sorti indemne de cette fosse. C'est dans l'Ancien Testament.
Tout maître doit passer par cette épreuve. Deux fois, ils m'ont fait passer l'épreuve. Deux fois, j'ai échoué. Ce n'est pas du tout agréable, frères, de se retrouver ainsi, face à des lions. Vous avez vu les lions de Chapultepec, non ? C'est très joli de les voir à travers les barreaux d'une cage comme ça. C'est autre chose de se retrouver devant eux, face à des lions furieux. Je ne sais pas si vous vous sentez capable d'affronter cela. Que diriez-vous de voir, en ce moment, ici, un de ces fauves ? Si par cette porte, entrait un lion sorti d'une de ces cages. Nous sommes très tranquilles, mais je pense qu'après cela, personne ne serait tranquille, non ? C'est quelque chose de terrifiant. Deux fois, ils m'ont envoyé la même épreuve qu'ils ont envoyée à Daniel. Deux fois j'ai échoué. La première fois, j'ai été menacé d'être châtié. J'ai dit : "Accordez-moi la liberté, nul besoin de châtiment ; je vais prendre conscience de cela avec la méditation, sans besoin de châtiment". Bien, ils m'ont remis l'épreuve une seconde fois, c'était pareil. Avec toutes mes bonnes intentions d'affronter ces "bestioles" - c'est certain, elles ne sont pas agréables -, face à face, au moment même où je les ai vues, mes jambes se sont mises à trembler. Je m'en suis senti incapable. Pas étonnant, non ?
C'est terrible et pourtant, c'est une épreuve que tout Adepte doit passer. J'avoue sincèrement que l'épreuve de Daniel dans la fosse aux lions n'a toujours pas abouti, car je la trouve terrifiante. Faire face à un chien ou à un coyote, mais à un lion ! Et pas un, mais plusieurs lions furieux. Qui de vous réussirait ?
Or, cette épreuve implique certaines vertus, certaines qualités dont il se peut que je n'aie pas encore été autoconscient. De quelles vertus s'agit-il ? Sont-elles liées à la sérénité ? À quoi sont-elles liées ?
Le simple mot "sérénité" ne me semble pas suffisant pour identifier l'épreuve, car l'épreuve est vraiment terrible, n'est-ce pas ? C'est quelque chose que donne l'Être. Je me contente uniquement de mentionner ce point pour vous dire que dans tout le processus lié à mes progrès, j'ai dû avancer en étant de plus en plus conscient, parce que les épreuves ésotériques sont liées, précisément à ce dont je croyais avoir déjà pris conscience. L'épreuve du feu, c'est-à-dire, l'épreuve qu'ils me mirent dans cette vie fut de prendre conscience de la sérénité. Dans chaque épreuve, il faut prendre conscience de ce dont on croit être conscient. Eh bien, vous pourriez me dire que je suis serein, mais voyons au moment d'une bagarre si je ne me transforme pas en un autre.
Dans mon cas, dans la fosse aux lions, j'ignore quand et à quelle époque, je vais en prendre conscience. Je vais devoir travailler sur moi, au moins un an de plus, pour arriver à prendre conscience des vertus qu'implique cette épreuve. Au moment où j'y parviendrai, je vous le ferai savoir ; je n'y suis pas encore arrivé. Quel genre de vertus spécifiques correspondent à cette épreuve ? Parce qu'il n'y a pas de doute que si je n'ai pas réussi cette épreuve, c'est parce que ces vertus spécifiques, soit me manquent, soit je n'en ai pas conscience. Autrement, on n'explique pas pourquoi elles manquent.
J'ai déjà travaillé avec de bonnes intentions avec un Indien aztèque. Ainsi, l'Initié aztèque m'avait promis qu'il me soumettrait à la dure épreuve. Après quelques jours de méditation, six jours, j'étais prêt pour l'épreuve. Plus tard, j'ai dû me rendre à l'évidence que je ne l'étais pas, bien que je pensais que ce n'était qu'une question de courage, de ne pas avoir peur de ces "bestioles", d'entendre leurs rugissements sans broncher, de voir leurs terribles griffes se jeter contre l'insignifiante personne que je suis sans que cela altère mon âme ; je pensais juste que c'était ça. Mais, j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de courage, mais que l'épreuve impliquait des vertus spécifiques que j'ignorais encore.
Naturellement, je dois m'efforcer de prendre conscience de ce type de vertus. J'espère que la troisième fois, elles ne me feront pas défaut à l'heure de me retrouver face à la meute à la crinière, si terrible avec leurs yeux embrasés lançant des flammes et leurs griffes de félin qui veulent détruire notre vie. Si je réussis, je vous raconterai l'histoire ; si je ne réussis pas, je vous la raconterai aussi. Pour l'instant, je n'ai pas réussi. Vous voyez donc que tout est une question de prise de conscience, et c'est extrêmement important, bien sûr.
Presque toutes les écoles nous parlent du "mental en blanc", mais nous devons discerner ce qu'est un mental serein et en silence durant la méditation, et ce qu'est le "mental en blanc".
Tout ce qui est du "mental en blanc" s'avère, en fait, vraiment absurde, superficiel. Je suis allé dans des groupes où l'on disait aux assistants : "Frères, mettez le mental en blanc". Pendant cinq ou dix minutes, les assistants mettaient tous le mental en blanc. Au bout de dix minutes : "Maintenant, nous allons commencer une conférence". Total, c'était une question complètement absurde. C'est trop inexact. Ce concept du "mental en blanc" est trop creux, c'est une flaque très peu profonde. Nous, nous allons plus loin dans ce thème. Nous allons à la quiétude et au silence du mental, et ce n'est pas superficiel, mais profond.
Nous devons faire la différence entre un mental calme et un mental calmé. Il faut savoir faire la différence entre un mental en silence et un mental forcé d'être en silence.
Quand le mental est calme, il ne lutte pas, il n'y a pas de batailles en lui, il ne désire se libérer d'aucun type de lien, il se trouve dans une authentique plénitude. En revanche, quand le mental est calmé de force, violenté, il s'efforce de rompre ses liens, ses chaînes. Cette guerre, cette lutte, cette bataille se produisent dans les quarante-neuf niveaux du subconscient, infraconscient et inconscient. Alors, il n'y a pas de calme véritable. Quand le mental est en silence, il ne veut pas crier, il jouit de la sérénité. Mais quand le mental est réduit au silence par la force, alors il veut crier, il désire crier et, au fond, il crie réellement, et ses cris, ses sons, son incessant bavardage se produisent dans les niveaux très profonds de l'inconscient, de l'infraconscient et du subconscient.
Ainsi, nous ne devons pas nous leurrer : faisons la différence entre un mental calme et un mental calmé ; faisons la différence entre un mental silencieux et un mental réduit au silence.
L'important est d'arriver au calme et au silence du mental. Ce calme et ce silence se produisent de manière spontanée, naturelle, pure et simple. Cependant pour parvenir à ce calme et à ce silence, on a véritablement besoin d'une profonde compréhension. Il suffit de se rendre compte que le processus de la pensée est terminé, et de se dire : "Voilà, mon mental est en silence", pour qu'en réalité, il ne soit pas en silence. Il suffit de dire : "Voilà, mon mental est en silence", pour qu'il ne soit plus en silence.
C'est pourquoi je dis que le calme et le silence du mental sont très naturels, très spontanés. Dans ces instants, il advient en nous ce qui est nouveau.
Souvent, nous arrivons au calme et au silence du mental précisément quand nous ne cherchons pas à y arriver. Parfois, nous nous extasions devant un beau coucher de soleil, devant le silence imposant de la nuit, devant le tonnerre de la tempête, devant de magnifiques tableaux, de belles peintures, etc., et en ces instants, réellement, nous parvenons au calme et au silence du mental. Ce qui est curieux est que cela se produit quand nous nous y attendons le moins. Il est donc nécessaire, frères, d'apprécier ces moments de spontanéité naturelle de la vie.
Il y a des moments délicieux, des moments réellement admirables, des secondes, qui semblent des siècles de calme et de silence. Dans ces instants, vient toujours à nous, le nouveau, Cela qui est le réel, Cela qui est au-delà du temps.
Lorsque nous voulons nous manifester, monter en haut de l'échelle, ressentir, le mental n'est alors plus tranquille ni en silence. Quand nous faisons des efforts pour arriver au calme et au silence du mental, dans cette même lutte, dans cet effort, il n'y a ni calme, ni non plus de silence.
Ainsi, pour parvenir au calme et au silence du mental, la lutte ne fonctionne pas et l'effort non plus. La force de la volonté peut-elle être utile pour nous ? Dans ce cas précis, non. Il s'avère que ce calme est si naturel... Vous avez certainement connu, un jour, un beau coucher de soleil, n'est-ce pas ? Une nuit merveilleuse au cours de laquelle vibrent les étoiles dans l'Espace infini. Ce sont des secondes où nous nous sentons enchantés, avec un plaisir exquis là à l'intérieur, avec une étrange volupté spirituelle, des minutes pendant lesquelles nous ne pensons pas, où nous nous trouvons tous dans un état de béatitude profonde et divine.
Dans ces moments-là, il y a du calme en nous. On a besoin de cela, du réel, bien que ce soit sous forme d'intuition, comme l'a dit M. Emmanuel Kant, le philosophe de Königsberg, dans sa Critique de la raison pure. Ces secondes sont, bien sûr, très fugaces, mais elles laissent une marque indélébile dans l'âme. C'est l'instant parfait, celui qui vient servir de braise pour, plus tard, aviver, allumer le feu merveilleux de l'amour. Malheureusement, nous nous éloignons de ces moments de bonheur en raisonnant. L'intellect nous sort de notre état paradisiaque. Voilà le grand malheur.
Nous avons besoin du calme et du silence du mental, mais ce n'est pas possible en luttant, parce que dans la lutte, il n'y a pas de calme et encore moins de silence. Atteindre cet état de calme est indispensable et on l'atteint quand il n'y a pas d'effort ; l'effort est un obstacle au calme. Si nous voulons atteindre ce silence imposant et ce calme, nous n'avons pas besoin de nous diviser en morceaux, car le mental nous joue toujours le mauvais tour de se diviser lui-même sans arrêt. Nous divisons toujours entre ceci et cela ce qui s'est passé, ce qui est arrivé, ce qui viendra, ce qui est à moi, ce qu'ils m'ont dit, ce que j'ai dit. Ainsi divisés en autant de morceaux, il nous est impossible de parvenir au calme et au silence du mental.
Quelquefois, nous obtenons un certain état de calme et de silence, et cependant, nous ne ressentons rien, nous ne voyons rien, nous ne percevons rien. Que faire ? Que s'est-il passé ? Si vous étudiez ce cas pendant un moment, vous réaliserez peut-être que quelque chose ne va pas, que quelque chose vous est inconnu. Tant qu'on ignore quelque chose de soi-même, on n'arrive pas à connaître le réel en profondeur.
Si on se juge sévèrement, on pourra voir dans la méditation de nombreux souvenirs, désirs, passions, émotions qui se succèdent les uns aux autres dans une incessante procession. Les vaines pensées, les souvenirs, les désirs, etc., sont précisément les différents agrégats qui constituent le Moi, le Moi-même, le Soi-même. Au total, en voyant nos propres souvenirs, désirs, émotions et passions, raisonnements, etc., qui surviennent dans le mental durant la méditation, nous sommes en train de nous connaître nous-mêmes. Nous devons comprendre, en particulier, chaque chose qui surgit dans la méditation, chaque idée, chaque désir, chaque souvenir, chaque passion ou émotion, et ensuite, l'oublier, bien sûr. Lorsqu'une chose est correctement comprise, elle disparaît du mental, il ne reste en lui aucun souvenir. Lorsque nous avons compris un désir, une pensée, une émotion, etc., pour le moment, il disparaît du mental.
Quand il s'agit de comprendre tout ce qui émerge dans le mental, nous voyons, en fait, le livre de l'Ego. Ainsi, le Moi est un livre de plusieurs volumes, et à mesure que l'on va se connaître soi-même, on va connaître ce qui est réel. C'est pourquoi je dis que lorsque le mental est "apparemment" immobile et silencieux et que rien ne surgit de nouveau, c'est parce que quelque chose n'a pas été compris, c'est parce que les stimuli des choses luttent encore : sur des concepts, sur des idées, etc., au plus profond de soi, dans les tréfonds les plus intimes, et à cause de cela, l'Illumination ne vient pas. Tant qu'il y a un conflit en soi, il n'est pas possible que le nouveau, le réel, vienne nous rendre visite.
Alors, il est nécessaire de nous auto-explorer plus profondément pour voir ce qui se passe, ce qui existe à l'intérieur de nous, et que nous n'avons pas compris. À la fin, nous découvrons ce que c'est, et lorsque nous découvrons et comprenons, nous pouvons alors voir que quelque chose de nous se dissout ; en quelques secondes, l'expérience et la vision du divin arrivent. Nous avons des moments de béatitude quand on arrive à avoir des moments de calme et de silence.
Il est donc très important de se connaître par la méditation, parce que, dans le temple de Delphes, en Grèce, il était écrit : "Nosce te ipsum" : - Homme, connais-toi toi-même et tu connaîtras l'Univers et les Dieux -, il n'est pas possible de connaître l'Univers et les Dieux si nous ne nous connaissons pas profondément. Le but de toute cette méditation est de nous connaître nous-mêmes pour ensuite avoir la joie de connaître l'Univers et les Dieux.
Quand nous travaillons sur le processus qui consiste à examiner les désirs, les émotions et les passions qui apparaissent sur l'écran du mental, nous sommes aussi en train de nous connaître nous-mêmes. Par conséquent, la connaissance profonde et non superficielle est essentielle.
Vous voyez tous la différence qu'il y a, entre ce que vous appelez "mental en blanc" et ce qui est l'authentique calme et silence du mental.
Dans toutes les écoles, la première chose qu'ils disent à quelqu'un est : "Bien, petits frères, nous allons mettre notre mental en blanc pendant environ cinq minutes". Vous voyez à quel point ces personnes sont superficielles, elles sont creuses. Ce "mental en blanc" est trop absurde, stupide si vous voulez - même si le terme leur semble dur - mais c'est ainsi. Ce que nous allons découvrir est plus que ça. Tous ces concepts sont trop superficiels, je le répète, c'est comme une flaque d'eau sur le chemin, comme un puits sans fond, trop superficiel, trop peu profond. Donc le calme et le silence du mental, c'est mieux. Il faut être profond.
En fait, dans la vie, dans tout ce qui est lié à l'Autoréalisation intime de l’Être, nous avons nécessairement besoin, non seulement de comprendre, mais aussi de saisir la profonde signification de ce que nous avons compris. Car combien de choses dans la vie pensons-nous avoir comprises, mais avec le temps et la distance, nous nous rendons compte que nous ne les avions pas comprises. Donc, cette compréhension est quelque chose de très élastique. Aujourd'hui, nous pouvons comprendre quelque chose et demain, nous réaliserons que nous n'avons rien compris.
Bon, honnêtement, je tiens vraiment à vous dire ceci : il y a des épreuves ésotériques sur le chemin de l'Initiation - et plus encore, dans la Montagne de la Résurrection - que je n'ai pas pu réussir faute de compréhension. Ce que je vous dis est étrange : que moi, je vous enseigne à comprendre alors que j'ai échoué aux épreuves que je n'ai pas comprises.
Je vais vous donner un exemple. Vous vous souvenez du passage de la Bible, de l'Ancien Testament, dans le livre de Daniel, qui explique comment ce grand Patriarche a été jeté dans la fosse aux lions ; il est resté là, en paix et ne subit aucun mal ; ils l'ont sorti indemne de cette fosse. C'est dans l'Ancien Testament.
Tout maître doit passer par cette épreuve. Deux fois, ils m'ont fait passer l'épreuve. Deux fois, j'ai échoué. Ce n'est pas du tout agréable, frères, de se retrouver ainsi, face à des lions. Vous avez vu les lions de Chapultepec, non ? C'est très joli de les voir à travers les barreaux d'une cage comme ça. C'est autre chose de se retrouver devant eux, face à des lions furieux. Je ne sais pas si vous vous sentez capable d'affronter cela. Que diriez-vous de voir, en ce moment, ici, un de ces fauves ? Si par cette porte, entrait un lion sorti d'une de ces cages. Nous sommes très tranquilles, mais je pense qu'après cela, personne ne serait tranquille, non ? C'est quelque chose de terrifiant. Deux fois, ils m'ont envoyé la même épreuve qu'ils ont envoyée à Daniel. Deux fois j'ai échoué. La première fois, j'ai été menacé d'être châtié. J'ai dit : "Accordez-moi la liberté, nul besoin de châtiment ; je vais prendre conscience de cela avec la méditation, sans besoin de châtiment". Bien, ils m'ont remis l'épreuve une seconde fois, c'était pareil. Avec toutes mes bonnes intentions d'affronter ces "bestioles" - c'est certain, elles ne sont pas agréables -, face à face, au moment même où je les ai vues, mes jambes se sont mises à trembler. Je m'en suis senti incapable. Pas étonnant, non ?
C'est terrible et pourtant, c'est une épreuve que tout Adepte doit passer. J'avoue sincèrement que l'épreuve de Daniel dans la fosse aux lions n'a toujours pas abouti, car je la trouve terrifiante. Faire face à un chien ou à un coyote, mais à un lion ! Et pas un, mais plusieurs lions furieux. Qui de vous réussirait ?
Or, cette épreuve implique certaines vertus, certaines qualités dont il se peut que je n'aie pas encore été autoconscient. De quelles vertus s'agit-il ? Sont-elles liées à la sérénité ? À quoi sont-elles liées ?
Le simple mot "sérénité" ne me semble pas suffisant pour identifier l'épreuve, car l'épreuve est vraiment terrible, n'est-ce pas ? C'est quelque chose que donne l'Être. Je me contente uniquement de mentionner ce point pour vous dire que dans tout le processus lié à mes progrès, j'ai dû avancer en étant de plus en plus conscient, parce que les épreuves ésotériques sont liées, précisément à ce dont je croyais avoir déjà pris conscience. L'épreuve du feu, c'est-à-dire, l'épreuve qu'ils me mirent dans cette vie fut de prendre conscience de la sérénité. Dans chaque épreuve, il faut prendre conscience de ce dont on croit être conscient. Eh bien, vous pourriez me dire que je suis serein, mais voyons au moment d'une bagarre si je ne me transforme pas en un autre.
Dans mon cas, dans la fosse aux lions, j'ignore quand et à quelle époque, je vais en prendre conscience. Je vais devoir travailler sur moi, au moins un an de plus, pour arriver à prendre conscience des vertus qu'implique cette épreuve. Au moment où j'y parviendrai, je vous le ferai savoir ; je n'y suis pas encore arrivé. Quel genre de vertus spécifiques correspondent à cette épreuve ? Parce qu'il n'y a pas de doute que si je n'ai pas réussi cette épreuve, c'est parce que ces vertus spécifiques, soit me manquent, soit je n'en ai pas conscience. Autrement, on n'explique pas pourquoi elles manquent.
J'ai déjà travaillé avec de bonnes intentions avec un Indien aztèque. Ainsi, l'Initié aztèque m'avait promis qu'il me soumettrait à la dure épreuve. Après quelques jours de méditation, six jours, j'étais prêt pour l'épreuve. Plus tard, j'ai dû me rendre à l'évidence que je ne l'étais pas, bien que je pensais que ce n'était qu'une question de courage, de ne pas avoir peur de ces "bestioles", d'entendre leurs rugissements sans broncher, de voir leurs terribles griffes se jeter contre l'insignifiante personne que je suis sans que cela altère mon âme ; je pensais juste que c'était ça. Mais, j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de courage, mais que l'épreuve impliquait des vertus spécifiques que j'ignorais encore.
Naturellement, je dois m'efforcer de prendre conscience de ce type de vertus. J'espère que la troisième fois, elles ne me feront pas défaut à l'heure de me retrouver face à la meute à la crinière, si terrible avec leurs yeux embrasés lançant des flammes et leurs griffes de félin qui veulent détruire notre vie. Si je réussis, je vous raconterai l'histoire ; si je ne réussis pas, je vous la raconterai aussi. Pour l'instant, je n'ai pas réussi. Vous voyez donc que tout est une question de prise de conscience, et c'est extrêmement important, bien sûr.