Introduction
Bonjour à tous,
Je voudrais d’abord remercier Jérôme pour son témoignage si profond et inspirant. Il y a quelque chose de vraiment touchant dans sa manière de parler de ces expériences : son humilité, la conscience que l’ego est toujours là et demande un travail constant, et la façon dont il distingue la vraie expérience intérieure des simples phénomènes ou impressions. Vos retours témoignent que son partage est un vrai souffle pour ceux qui cheminent, et il éclaire d’une manière simple mais profonde ce que signifie avancer sur la Voie.
En même temps, j’ai eu le sentiment que certaines parties, très belles et empreintes de vérité, peuvent rester un peu lointaines pour quelqu’un qui cherche des repères concrets sur son propre chemin. Les petits signes, les erreurs que l’on traverse, les pièges de l’ego… ces détails pratiques sont souvent ce dont on a le plus besoin pour avancer pas à pas.
C’est pourquoi j’aimerais proposer, en complément, mon propre témoignage. Mon souhait est de partager mon chemin tel que je le vis, en mettant l’accent sur ce que chacun peut observer et appliquer dans sa vie quotidienne. Si Jérôme nous a montré la beauté et la grandeur du point d’arrivée, je voudrais vous raconter mes pas sur le chemin : les moments de doute, les signes subtils, et les petits éclats de lumière qui aident à continuer, même quand la route semble difficile.
J’espère en toute humilité que ce témoignage vous sera utile. En tout cas, il l’a été pour moi, car il m’a permis de me plonger au plus profond de moi-même afin de décortiquer et organiser mes idées. Ce message est sorti de mes entrailles comme s’il m’était adressé autant qu’à vous. Ainsi, même si personne ne lisait ce témoignage, j’aurais quand même une infinie gratitude pour m’avoir permis de vivre cette expérience. Je remercie également par avance tous ceux qui prendront la peine de lire, même dans l’ombre, et d’autant plus ceux qui prendront la peine de faire un retour.
J’ai essayé de réorganiser les idées dans un ordre précis afin de rendre la lecture et la compréhension plus fluides. Voyez cette introduction comme la préface d’un livre constitué de plusieurs parties, divisées en chapitres dédiés à leurs thématiques respectives.
I. Le point de départ : la sincérité… et ses illusions
Chapitre 1 - La foi
J’aimerais commencer ce partage par un plaidoyer pour la foi. Il y a deux sortes de foi : une basée sur la croyance, et une basée sur la connaissance. Cela peut paraître comme une évidence. Ce qui l’est moins, c’est que la première a tendance à se faire passer pour la seconde. Je m’explique.
Ma vie a été un cheminement initiatique depuis la tendre enfance. Je vous passe les détails, car ce serait allonger pour pas grand chose, et j’aurais sûrement l’occasion de revenir là-dessus en temps voulu, lors d’autres partages. Mais pour donner un exemple simple, lorsque j’étais tout petit (5 ans), je mettais toujours ma tête sur le ventre de ma mère, lui disant que je voulais y retourner et que je ne souhaitais pas vivre dans ce monde-là. Autant dire que, lorsque j’ai découvert la gnose, j’ai vite fait le parallèle avec la symbolique initiatique de la Mère Divine…
Ainsi donc, depuis tout jeune, j’avance avec la certitude que la vie a un sens profond, tout autre que celui que notre monde profane nous enseigne. En étudiant les différentes formes de spiritualité, je ressens intuitivement qu’il y a une part de vérité dans chacune d’elles, et qu’elles sont forcément le témoignage d’une réalité intérieure vécue par nos anciens, transmise de façon régulière par l’expérience concrète à travers les époques. Devenu plus grand, j’eus l’occasion d’approcher différentes traditions, principalement des lignées bouddhiques et hindous, et ainsi, la possibilité de recevoir des enseignements théoriques et pratiques.
Celle qui a eu le plus d’effet sur moi est le Zen. D’ailleurs, j’ai découvert plus tard que le V.M. Aun Weor décrivait le Zen comme une des lignées bouddhiques les plus complètes, notamment grâce à leur maîtrise de la méditation profonde et de dissolution de l’ego. Le Zen est très exigeant. Il nous enseigne l’auto-vigilance constante, une rigueur extrême, en tout instant. Ce sont des efforts qu’on est incapable de fournir si l’on n’a pas une foi solide. J’ai pratiqué très longtemps le Zen, au début tout seul, puis en rejoignant une sangha (communauté). La question de la foi est centrale dans le Zen. Ils appellent ça le « Gyoji ». Deshimaru-sensei, le maître Zen qui a introduit le Zen en Europe, disait « your Gyoji must be strong ! ». Je croyais avoir un Gyoji indestructible. Comment aurais-je pu traverser des retraites spirituelles durant des semaines entières, durant lesquelles on passait 8h par jour à méditer en position du lotus, sans Gyoji ? Et pourtant…
Pourtant, ma foi était basée sur de la théorie. J’avais étudié la métaphysique, j’avais compris intellectuellement la nécessité ontologique de l’existence du divin. Les « agnostiques » disent qu’on ne peut ni prouver l’existence de Dieu ni prouver le contraire. Je me considérais donc gnostique, car pour moi, l’existence de Dieu se démontre par le simple raisonnement logique.
Ce raisonnement logique est aussi solide à mes yeux que 1+1=2. Autant dire qu’il est indétrônable. En tout cas, il est suffisamment solide pour me faire croire que ma foi est basée sur la connaissance. Après tout, rien ne pourrait me faire douter que 1+1=2. Et là fut le piège : en réalité, j’avais foi en l’existence de quelque chose, mais cela ne devait pas me faire oublier que ce quelque chose n’était pas encore vécu. Pire encore, ce quelque chose, on cherche à se l’expliquer, se le représenter. En fait, on cherche à le « rendre possible ». On cherche à concilier notre vision du monde avec la possibilité du Divin. Ce qui induit inévitablement une déformation du Divin, et une impossibilité de le voir tel qu’il est.
J’ai lu dans un ouvrage de René Guénon, un auteur qui m’a beaucoup inspiré, que la plupart des pratiquants de religion seraient bien incapables de reconnaître une manifestation divine qui se produirait sous leurs yeux car au fond, ils n’y croient pas eux-mêmes. Ils pensent croire en Dieu, mais ils croient à une représentation qu’ils se font du divin. Tout ce qui dépasserait cette représentation serait alors comme niée par eux, et ainsi, ils se retrouveraient dans la même situation que le dernier des athées. Ces lignes ont fait tilt dans mon esprit quelques temps plus tard, lorsque, effectivement, je vivais fréquemment des expériences qui sortaient du carcan de mes idées préconçues, mais je les reniais et les rejetais parce qu’elles me paraissaient incompatibles avec ma représentation des choses. Ceci nous amène directement au second point.
Chapitre 2 - La remise en question
Je vous ai déjà partagé dans un topic (que vous pouvez retrouver ici : viewtopic.php?p=29071&hilit=reiki#p29071) mon expérience du Reiki. J’aimerais vous raconter mes débuts, car ils illustrent parfaitement ce dont il s’agit.
Le Reiki est une initiation spirituelle qui peut se transmettre dans le monde physique. Je sais que le maître n’en parle pas beaucoup dans ses écrits, mais c’est monnaie courante dans les traditions orientales. Tout démarre avec la transmission d’une influence spirituelle, transmise du maître à l’élève de cœur à cœur. Cela permet d’entamer un processus initiatique, offrant à l’élève la possibilité de s’élever jusqu’à découvrir son propre maître interne, afin de continuer son cheminement par lui-même. En termes samaéliens : cela permet d’apprendre à voyager en corps astral afin de poursuivre le chemin en autonomie. C’est donc dans cette optique que j’ai recherché une initiation, et la première qui s’est offerte à moi fut le Reiki.
L’initiation au Reiki transmet également la capacité à faire des soins énergétiques. C’est d’ailleurs comme ça qu’il est présenté au monde et que la plupart des gens le connaissent. Même la plupart des praticiens n’ont aucune idée des origines profondes du Reiki. J’ai eu la chance d’étudier auprès de maîtres qui ont conservé la forme traditionnelle du Japon. Ainsi donc, on nous explique que le Reiki n’est pas émis par le praticien, mais que ce dernier est simplement un canal qui se laisse traverser par l’Amour de la Mère Divine et que c’est Elle qui guérit les maux du receveur — encore une fois, on voit ici la parfaite cohérence avec la gose. Il n’y a rien à faire. Il n’y a rien à maîtriser. On pose les mains, et le Reiki s’écoule. L’énergie est totalement différente de toutes les autres méthodes énergétiques (comme les magnétiseurs, etc). C’est donc quelque chose qui est très facile à mettre en pratique dès lors qu’on a reçu le Reiju (rituel initiatique).
Ce fut un véritable choc pour moi. Je posais les mains sur mon corps, et je ressentais les effets. Et tous les jours, je me faisais mon auto-traitement. Pendant au moins 3 mois (donc presque 100 jours, quand même…), chaque jour, je remettais en question l’expérience de la veille. Je me disais : « peut-être que je me suis fait des idées » ; et alors, je recommençais pour vérifier. Et les doutes s’évanouissaient : l’expérience est très, très puissante. Je pose les mains, et je ressens un puissant flux qui me traverse, me purifie, etc. Plus aucun doute… Jusqu’au lendemain, où je recommençais.
En fait, j’étais incapable de m’expliquer comment cela pouvait bien fonctionner. En plus, je ne connaissais pas encore la gnose samaélienne. Mais ce dont je me souviens, c’est qu’il était très difficile de changer de paradigme, de déconstruire mon monde pour lui redonner une nouvelle forme. On croit tous être capables de se remettre en question, de changer d’avis ou de point de vue si on nous démontre que l’on a tort ou qu’on s’est trompé. En réalité, l’ego nous joue des tours. On fait tout pour réinterpréter ou remanier les informations pour qu’elles entrent dans l’horizon borné de nos conceptions préétablies. Admettre la réalité du Reiki m’a demandé d’accepter d’avancer à tâtons, d’accepter de ne pas comprendre ce dont il s’agissait (en tout cas, le temps d’en apprendre plus). Accepter de faire tomber tout ce que je croyais connaître du monde. Accepter que même ma foi apparemment inébranlable n’était en fait qu’une saisie de l’esprit qui m’empêchait d’avancer véritablement. En fait, j’étais dans la croyance, et non dans la connaissance. La connaissance échappe à toute construction mentale. Aujourd’hui, je sais que tout ce que je crois savoir est faux. Je ne le sais pas intellectuellement, je le ressens. C’est pourquoi je ne me bats plus pour imposer une vision du monde. Je sais qu’aussi proche de la vérité qu’on puisse être, ce sera toujours incomplet, partiel, et donc, imparfait. Et c’est dans les zones d’incomplétude que se trouvent les éléments qui nous permettent de grandir.
Depuis cette prise de conscience, j’ai aussi remarqué que tout le monde était à peu près aussi buté que moi. Imaginez : j’ai vécu 3 mois des auto-traitements quotidiens. Environ 100 jours de suite où mon expérience prouvait que ma vision des choses était fausse, et pourtant, je persistais à demander de reproduire l’expérience pour ne pas avoir à la changer ! Comment reprocher désormais aux autres de ne pas croire ce qu’on leur partage, ou ne pas savoir changer d’avis rapidement ? Et en même temps, ce serait stupide de s’attendre à ce qu’une simple discussion pourrait leur faire changer profondément d’avis lorsqu’il m’a fallu une 100 aine de traitements Reiki pour m’avouer sa réalité.
Je me dis en écrivant ces lignes qu’il paraît insensé que ce témoignage suffise à vous faire prendre conscience de la réalité que j’essaie de vous partager. Mais peut-être que cela vous fera ressentir un jour le même écho que m’ont fait ressentir les écrits de René Guénon à propos de la foi.