Revue théosophique "Le Lotus Bleu" - Incidents de la vie du comte de Saint-Germain

Les fameux maîtres évoqués par S.A.W. : Cagliostro, Sanat Kumara, Morya, Huiracohca, Hilarion, Comte de St Germain, Sérapis...
Hors ligne Singermo
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Revue théosophique "Le Lotus Bleu" - Incidents de la vie du comte de Saint-Germain

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Incidents de la vie du comte de Saint-Germain.
VARIÉTÉS OCCULTES
INCIDENTS DE LA VIE DU COMTE DE SAINT-GERMAIN
AVANT-PROPOS

La personnalité du comte de Saint-Germain n'a jamais été bien connue. Il est resté autour de son nom une légende qui fait tort à la haute valeur de cet homme extraordinaire considéré par les uns comme un habile charlatan et par d'autres comme un être mystérieux, doué de pouvoirs étranges ou d'un savoir extraordinaire.

Voltaire, dont certes le témoignage n'est pas à dédaigner, regardait le comte de Saint-Germain comme un homme possédant un savoir universel.

En réalité, le comte de Saint Germain fut un missionnaire envoyé, par les Etres supérieurs qui dirigent l'humanité, pour essayer de modifier l'état de la société au XVIIIè siècle, et pour donner ce qui manquait à l'Ecole Encylcopédique : une base pour rénover les idées et les lois.

Mais les esprits n'étaient pas prêts à recevoir une nouvelle impulsion spirituelle. [...]
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Hors ligne Gemani
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Bonjour Singermo, je te souhaite la bienvenue sur le forum et merci pour tes lumières.
Hors ligne Singermo
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(Cet avant-propos introduit la figure mystérieuse du comte de Saint-Germain, un personnage du XVIIIe siècle entouré de légendes, considéré par certains comme un charlatan et par d'autres comme un être doté de pouvoirs ou d'un savoir extraordinaire. Voltaire le décrivait comme un homme au savoir universel. Le texte le présente comme un missionnaire envoyé par des entités supérieures pour influencer la société et offrir une base spirituelle à l'École Encyclopédique, afin de réformer la société et prévenir les bouleversements sociaux.

Saint-Germain aurait tenté de convaincre la royauté et les privilégiés d'accepter des réformes pour éviter la montée des passions populaires qui menèrent à la Révolution française et à ses violences. Son projet échoua, et il disparut sans laisser de traces. Cependant, son influence est décrite comme persistante, agissant de manière occulte ou à travers des manifestations sporadiques, et il pourrait revenir à une époque de crises marquant la fin d'un cycle et le début d'une nouvelle ère.

Le document souligne la possibilité de la présence continue d'âmes évoluées venant en aide à l'humanité. Il précise que les archives concernant Saint-Germain ont été détruites pendant l'incendie de la préfecture de police de Paris en 1871, ce qui a contribué au mystère entourant sa vie. Les rares détails sur ses activités, bien que limités, sont présentés comme précieux et fascinants pour le lecteur).


VARIÉTÉS OCCULTES
INCIDENTS DE LA VIE DU COMTE DE SAINT-GERMAIN
AVANT-PROPOS

La personnalité du comte de Saint-Germain n'a jamais été bien connue. Il est resté autour de son nom une légende qui fait tort à la haute valeur de cet homme extraordinaire considéré par les uns comme un habile charlatan et par d'autres comme un être mystérieux, doué de pouvoirs étranges ou d'un savoir extraordinaire.

Voltaire, dont certes le témoignage n'est pas à dédaigner, regardait le comte de Saint-Germain comme un homme possédant un savoir universel.

En réalité, le comte de Saint Germain fut un missionnaire envoyé, par les Etres supérieurs qui dirigent l'humanité, pour essayer de modifier l'état de la société au XVIIIè siècle, et pour donner ce qui manquait à l'Ecole Encylcopédique : une base pour rénover les idées et les lois.

Mais les esprits n'étaient pas prêts à recevoir une nouvelle impulsion spirituelle. La résistance des privilégiés à opérer des réformes, la corruption de la cour et de la royauté, la misère toujours croissante du peuple, misère qui, depuis la fin du règne de Louis XIV, allait en s'accentuant, ramenant comme un glas funèbre au mileu des autres souffrances du peuple ce mot : famine, famine..., avaient eu pour résultat de tourner les coeurs et les intelligences vers deux courants d'intérêts directement opposés : le maintient des privilèges d'un côté, l'abolition de ces privilèges de l'autre.

Bien qu'il y ait eu, dans la Révolution Française, un grand élan de sentiments généreux, il ne faut pas se dissimuler que ces sentiments n'ont pas tardé à être étouffés par la poussée impérieuse des instincts trop longtemps refoulés. Le peuple s'était laissé entrainer alors à suivre ses passions et la Révolution s'était noyée dans le sang.

Saint-Germain avait essayé en vain de peser sur les privilégiés et sur la royauté pour obtenir des concessions et des réformes qui auraient empêché l'explosion des passions populaires; puis, ces concessions obtenues et l'état matériel de la société s'étant amélioré, cette détente physique en quelque sorte, aurait permis à certaines idées d'être répandues dans la société et d'aider parallèlement à sa réorganisation en lui donnant la base morale qui est nécessaire à tout groupement social pour avoir une vie rationnelle et harmonique.

Saint-Germain ne réussit donc pas dans son œuvre et disparut sans qu'on sût communément ce qu'il était devenu. Son action s'est-elle pour cela ralentie ? Non, car à certaines individualités particulièrement évoluées, est dévolu le rôle d'agir constamment dans l'humanité, soit directement, soit occultement, tantôt sur le plan physique, tantôt hors de ce plan. La tentative du siècle dernier ayant avorté, le comte de Saint-Germain n'en a pas moins poursuivi la réalisation de son œuvre, qu'il reprendra ostensiblement dès qu'il le jugera nécessaire, c'est-à-dire à notre époque, époque qui, dans ses troubles et ses agitations, marque la fin d'un cycle dont la balance s'établit, et le commencement d'une nouvelle période de l'activité humaine.

Cette assertion peut sembler étrange : cependant, quoi de plus juste et de plus consolant que de penser à cette protection continuelle exercée par les grandes Âmes qui ont atteint le but, afin d'aider les âmes hésitantes et encore dans l'enfance ?

Pourquoi trouver extraordinaire que des esprits très développés, ayant par conséquent une connaissance très complète des lois de la nature, puissent, à un moment donné, se manifester pleinement aux yeux des autres hommes ?

Ne traitons donc pas légèrement ces assertions qui nous montrent de hautes intelligences venant nous aider à réaliser l'avancement spirituel et moral de l'humanité, comme l'a fait et le fera encore celui qui s'est fait connaître au siècle dernier, sous le nom de comte de Saint-Germain.

Le Lotus Bleu d'avril 1898, page 71, donnait à ce sujet l'opinion du Président de la Société Théosophique et annonçait la publication prochaine de documents inédits sur le comte de Saint-Germain. Nous les donnons ci-après, tels qu'ils ont été mis en lumière par l'un des écrivains les plus distingués de notre société, Mme Cooper Oakley, en faisant remarquer, toutefois, que ces documents, malgré qu'ils aient été recherchés dans toute l'Europe, ne traitent, en somme, que de quelques incidents de la vie du célèbre personnage. Il n'a pas été possible de trouver davantage. En ce qui concerne la France, notamment, tous les documents qui se trouvaient avant 1870 dans les archives de l'État avaient été réunis, par ordre de l'empereur, à la préfecture de police, pour en faire un travail d'ensemble, et ils ont été consumés dans l'incendie de cet édifice, sous la Commune, en 1871.

Cette fatalité, qui fait disparaître les traces des envoyés occultes, s'est peut-être reproduite ailleurs : en tout cas, les quelques détails qui vont suivre ne laisseront pas d'intéresser nos lecteurs et c'est dans ce but que nous les leur donnons.

La Direction.
[...]
Hors ligne Paul
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Merci de citer la source.
Dieu comme Mère réside dans le Temple-Cœur.
Hors ligne Pascal
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Les livres qui relatent la vie du Comte sont rares et semblent très intéressants.

Je possède un écrit en anglais de Isabel Cooper-Oakley, un livre en français de Paul Chacornac et un livre qui semble écrit par le Comte lui-même : La très sainte Trinosophie.
Hors ligne Pascal
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(Ces extraits proviennent des mémoires de la comtesse d'Adhémar, amie proche de la reine Marie-Antoinette, écrits de 1760 à 1821. La comtesse raconte sa rencontre avec le comte de Saint-Germain, une figure énigmatique, réputée pour ses pouvoirs et sa longévité surnaturelle. Le comte, revenu à Paris après des années de disparition, la met en garde contre un complot visant à renverser la monarchie. Il prévoit des bouleversements et des malheurs imminents pour la France, affirmant que le règne de Louis XVI conduira à une tempête sociale.

La comtesse est troublée par les révélations de Saint-Germain et hésite à agir. Elle évoque les services diplomatiques qu'il avait rendus autrefois et décide finalement de le présenter à la reine, malgré ses doutes quant à la coïncidence entre l'arrivée de Saint-Germain et une lettre anonyme reçue par Marie-Antoinette.

Ces récits mettent en avant le caractère prophétique de Saint-Germain, qui annonce son retour en France dans un siècle, ajoutant à son image mystique et aux rumeurs sur son immortalité. La comtesse décrit ses hésitations, entre confiance et méfiance, alors qu’elle se prépare à introduire le comte à la cour de Versailles pour révéler ses sombres prédictions).

I
Les extraits qui suivent proviennent de rares et précieux souvenirs de Marie-Antoinette, recueillis par la comtesse d'Adhémar qui était une intime amie de la reine et qui mourut en 1822.

Je n'ai pu trouver une seule copie de ce rare travail dans une librairie anglaise ou française. Mais il en existe heureusement une à Odessa, dans la bibliothèque de Mme Fadéef, tante de notre maître et amie, Mme Blavastky, ce qui peut en augmenter le prix pour nous.

Un de nos membres a été assez bon pour me permettre de faire quelques extraits des quatre volumes, et je dois des remerciements à. Mme Fadéef pour m'avoir dans ce but si gracieusement prêté ce manuscrit. Il semble que Mme d'Adhémar a tenu un journal suivant la mode de cette époque, et a plus tard écrit ses souvenirs d'après ce journal, en y intercalant à l'occasion une remarque explicative ; ces notes s'étendent pendant une longue période de temps, c'est-à- dire de 1760 à 1821. Un fait très intéressant, quant aux dates, se trouve dans une note écrite de la main de la comtesse, attachée avec une épingle au manuscrit original et datée du 12 mai 1821. Elle mourut en 1822. Cette note fait allusion à une prophétie du comte de Saint-Germain en 1793, dans laquelle il avertissait que le triste destin de la reine approchait, et en réponse à la question de la comtesse si celle-ci le reverrait, il répondit : cinq fois encore, mais ne désirez pas la sixième.

La comtesse écrit : « J'ai revu M. de Saint-Germain et toujours à ma surprise inénarrable : à l'assassinat de la reine ; au 18 brumaire ; le jour qui suivit la mort du duc d'Enghien ; dans le mois de janvier 1813 et le soir du meurtre du duc de Berry en 1820. J'attends la sixième visite quand Dieu le voudra ».

Ces dates sont intéressantes, à cause de l'opinion généralement adoptée que Saint-Germain mourut en 1780. Quelques écrivains peu nombreux disent qu'il s'est seulement retiré du monde ; ces opinions différentes seront traitées plus tard.

Mme d'Adhémar raconte ainsi, page 53, une aventure qui lui arriva avec le comte de Saint-Germain au commencement du règne de Louis XVI.

Isabel Cooper-Oakley.

J'étais seule à Paris, M. d'Adhémar étant allé faire visite à quelques-uns de ses parents qu'il avait dans le Languedoc ; nous étions le dimanche à 8 heures du matin. J'ai l'habitude d'entendre la messe à midi, de sorte que j'avais peu de temps à moi pour faire ma toilette et me préparer à sortir. Aussi je me levais à la hâte et j'avais à peine revêtu ma robe de chambre du matin que Mlle Rostande, ma principale femme de chambre en qui j'avais placé toute ma confiance, vint me dire qu'un gentilhomme désirait me parler.

Faire une visite à une femme à 8 heures du matin, c'était agir contre toutes les règles adoptées. « Est-ce mon mandataire, mon homme de loi, demandai-je », car on a toujours un de ces gens à ses talons, quelque peu importante que soit la propriété que l'on possède, « Est-ce mon architecte, mon sellier, ou l'un de mes fermiers ? »

A chaque question une réponse négative.

« Mais qui est-ce alors, ma chère ? » Je traitais ma servante avec familiarité. Elle était née le même jour que moi, dans la même maison, celle de mon père, avec cette différence que j'étais venue au monde dans un bel appartement et elle dans la loge de notre portier, son père, digne Languedocien qui était retraité à notre service.

« J'ai pensé, répondit ma servante, avec tout le respect que je dois à madame la comtesse, que le diable s'est fait depuis longtemps un manteau de ce personnage. »

Je passai en revue ceux de ma connaissance qui avaient pu mériter un pareil traitement de la part de Satan et j'en trouvai tant que je ne sus sur qui faire peser mes soupçons.

— « Puisque Madame ne devine pas, je prendrai la liberté de lui dire que c'est le comte de Saint-Germain.

— « Le comte de Saint-Germain ! m'écriai-je, l'homme des miracles !

— « Lui-même. »

Ma surprise était grande de savoir qu'il était à Paris et dans ma maison. Il y avait huit ans qu'il avait quitté la France et personne ne savait ce qu'il était devenu. N'écoutant que ma curiosité je lui ordonnai de l'introduire.

— « Vous a-t-il dit de se faire annoncer sous son nom ?

— « C'est M. de Saint-Noël qu'il s'appelle maintenant, mais je le reconnaîtrais entre mille. »

Elle partit et un moment après le comte apparut. Il était frais, avait bonne mine et paraissait avoir rajeuni. Il me fit le même compliment, mais on peut douter s'il était aussi sincère que le mien.

— « Vous avez perdu, lui dis-je, un ami, un protecteur dans le dernier roi.

— « Je regrette doublement cette perte, à la fois pour moi et pour la France.

— « La nation n'est pas de votre avis. Elle compte sur le nouveau règne pour son bonheur.

— « C'est une erreur, ce règne lui sera fatal.

— « Que dites-vous ? répliquai-je, en baissant la voix et en regardant autour de moi.

— « La vérité... Une gigantesque conjuration est formée qui n'a pas encore de chef avéré, mais il apparaîtra d'ici peu de temps. Le but n'est rien moins que le renversement de ce qui existe pour le rétablir sur un nouveau plan. Il y a de la mauvaise volonté de la part de la famille royale, du clergé, de la noblesse, de la magistrature. Il est cependant encore temps d'étouffer le complot, plus tard ce sera impossible.

— « Où avez-vous vu tout cela ? Est-ce en rêve ou éveillé ?

— « En partie à l'aide de mes deux oreilles et en partie par le moyen des révélations. Le roi de France, je le répète, n'a pas de temps à perdre.

— « Il faut demander une audience au comte de Maurepas et lui faire connaître vos craintes, car il peut tout, ayant entièrement la confiance du roi.

— « Il peut faire tout, je le sais, excepté de sauver la France, ou plutôt c'est lui qui hâtera sa ruine, cet homme vous perdra, Madame.

— « Vous m'en dites assez pour vous faire envoyer à la Bastille le reste de vos jours.

— « Je ne parle ainsi qu'aux amis dont je suis sûr.

— « Néanmoins, voyez M. de Maurepas ; il a de bonnes intentions, malgré son manque d'habileté.

— « Il repousserait l'évidence ; d'ailleurs il me déteste ; ne connaissez-vous pas le sot quatrain qui a causé son exil :

Belle marquise il loue vos charmes,
Vous êtes belle et très franche
Mais tout cela n'empêche pas
Que vos fleurs ne soient que des fleurs.

— « La rime est inexacte, comte.

— « Oh ! la marquise n'y fit pas grande attention, mais elle savait que M. de Maurepas en était l'auteur et il prétendit que je lui avais enlevé le manuscrit original pour l'envoyer à la hautaine sultane. Son exil suivit la publication de ces méchants vers et depuis cette époque il m'a compris dans ses plans de vengeance ; il ne me pardonnera jamais. Néanmoins, madame la comtesse, voici ce que je vous propose. Parlez de moi à la reine, des services que j'ai rendus au Gouvernement dans les missions qui m'ont été confiées pour les diverses cours de l'Europe. Si Sa Majesté veut m'écouter, je lui révélerai ce que je sais ; alors elle jugera s'il est bien que j'entre en présence du roi, — sans cependant l'intervention de M. de Maurepas, c'est mon sine qua non. — J'écoutais attentivement M. de Saint-Germain et je compris tous les dangers qui seraient encore suspendus sur ma tête, si j'intervenais dans une pareille affaire. D'un autre côté, je savais le comte de Saint-Germain parfaitement au courant de la politique européenne et je craignais de perdre l'occasion de servir l'État et le roi. Le comte de Saint-Germain devinant mon incertitude me dit.

— « Réfléchissez à ma proposition, je suis à Paris incognito, ne parlez de moi à personne et si demain vous voulez venir me trouver dans l'église des Jacobins de la rue Saint-Honoré, j'y attendrai votre réponse à 11 heures précises.

— « J'aimerais mieux vous voir chez moi.

— « Volontiers ; à demain, alors, Madame. »

Il partit. Je réfléchis toute la journée sur cette espèce d'apparition, et sur les menaces du comte de Saint-Germain. Quoi ! nous étions à la veille d'une désorganisation sociale ; ce règne, qui avait commencé sous de si heureux auspices, préparait la tempête ! Après avoir longtemps médité sur ce sujet, je me décidai à présenter M. de Saint-Germain à la reine, si elle y consentait. Il fut ponctuel au rendez-vous et fut enchanté de la résolution que j'avais prise. Je lui demandai s'il allait se fixer à Paris ; il me répondit que non, ses projets ne lui permettant pas de vivre plus longtemps en France.

— « Un siècle se passera, dit-il, avant que j'y réapparaisse. »

J'éclatai de rire et il en fit autant. Cette journée-là même, je me rendis à Versailles ; je traversai les petits appartements, et, y ayant trouvé Mme de Misery, je lui demandai de faire savoir à la reine que je désirais la voir aussitôt qu'elle pourrait me recevoir. La première femme de chambre revint avec l'ordre de m'introduire. J'entrai, la reine était assise en face d'un charmant bureau en porcelaine, que le roi lui avait donné ; elle était en train d'écrire, et tournant la tête elle me dit en souriant gracieusement :

— « Qu'avez-vous besoin de moi ?

— « Une bagatelle, Madame ; j'aspire tout simplement à sauver la monarchie. »

Sa Majesté me regarda avec étonnement.

— « Expliquez-vous. »

A cet ordre, je fis mention du comte de Saint-Germain ; je dis tout ce que j'en savais, son intimité avec le feu Roi, Madame de Pompadour, le duc de Choiseul ; je parlai des services réels qu'il avait rendus à l'État par son habileté diplomatique ; j'ajoutai que depuis la mort de la marquise, il avait disparu de la Cour, et que personne ne connaissait l'endroit où il s'était retiré. Quand j'eus suffisamment piqué la curiosité de la Reine, je terminai en lui répétant ce que le comte m'avait dit le jour précédent, et qu'il m'avait confirmé le matin.

La reine parut réfléchir, puis elle répliqua :

— « C'est étrange ; hier j'ai reçu une lettre de mon mystérieux correspondant ; il m'a averti qu'une importante communication me serait faite, et que je devais la prendre en sérieuse considération sous peine des plus grands malheurs ; la coïncidence de ces deux choses est remarquable, à moins toutefois qu'elle ne vienne de la même source ; qu'en pensez-vous ?

— « Je ne sais qu'en dire, la reine a reçu ces communications mystérieuses pendant plusieurs années ; et le comte de Saint-Germain n'a réapparu qu'hier.

— « Peut-être agit-il de cette façon pour.se mieux cacher ?

— « Cela est possible ; néanmoins, quelque chose me dit qu'on doit avoir foi dans ses paroles.

— « Après tout, on n'est pas triste de le voir, ne fut-ce qu'en passant. Je vous autorise alors à me l'amener demain à Versailles, habillé dans votre livrée ; il restera dans vos appartements et aussitôt qu'il me sera possible de l'admettre je vous appellerai ; je ne veux l'écouter qu'en votre présence, c'est aussi mon sine qua non. »

Je m'agenouillai profondément et la reine me renvoya chez moi avec le signal habituel. Je dois avouer cependant que ma confiance dans le comte de Saint-Germain était diminuée par la coïncidence existant entre son arrivée à Paris et l'avis reçu la veille par Marie-Antoinette. Je m'imaginai voir en cela un plan régulier de tricherie et je me demandais si je devais lui en parler ; mais, tout considéré, je résolus d'être silencieuse, persuadée qu'il était préparé d'avance à répondre à cette question.

Isabelle Cooper Oakley.
Hors ligne Pascal
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(Le récit souligne l'aura mystique qui entoure le comte de Saint-Germain, réputé pour son apparence intemporelle et ses pouvoirs extraordinaires. Lorsque la reine Marie-Antoinette lui demande son âge, il élude la question en affirmant que révéler son âge porterait malheur, ajoutant au mystère de son existence. Ce détail illustre l'une des croyances populaires qui entouraient son immortalité ou longévité surnaturelle.

Les réactions des personnages, notamment celle de M. de Maurepas, soulignent également cet aspect : bien qu’il admette le vieillissement qui l'affecte lui-même, il observe que Saint-Germain conserve l'apparence d'un homme d'une quarantaine d'années, défiant ainsi le passage du temps. De plus, Saint-Germain démontre une connaissance surnaturelle des événements futurs et affirme pouvoir échapper à toute capture, préférant éviter l'emprisonnement à la Bastille plutôt que d'utiliser ses capacités pour s'en échapper par un miracle.

Cette combinaison de prédictions apocalyptiques, de réticences à divulguer son âge et d'allusions à ses pouvoirs surnaturels renforce l'image d'un personnage énigmatique, prophétique et puissant, échappant aux lois ordinaires de la nature et de l'histoire).


INCIDENTS DE LA VIE DU COMTE DE SAINT-GERMAIN (suite 2)

M. de Saint-Germain m'attendait dehors. Aussitôt que je l'aperçus, j'arrêtai ma voiture ; il monta avec moi et nous rentrâmes ensemble chez moi. Il assista à mon dîner ; mais suivant son habitude, il ne mangea pas. Après cela il proposa de retourner à Versailles ; il dormirait à l'hôtel, ajouta-t-il et me rejoindrait le lendemain. Je consentis à cette combinaison, dans mon désir de ne rien négliger pour le succès de cette affaire. Nous étions dans mon local, dans les quartiers qu'on appelait à Versailles une suite d'appartements, quand un des pages de la reine vint me demander, au nom de sa Majesté, le 2e volume du livre qu'elle m'avait demandé de rapporter de Paris ; c'était le signal convenu. Je remis au page un volume d'un nouveau roman quelconque, je ne sais lequel, et aussitôt qu'il fut parti, je le suivis, accompagnée de mon laquais. Nous entrâmes par le cabinet ; Mme de Misery me conduisit dans la chambre privée où la reine nous attendait ; elle se leva avec une dignité affable.

— « Monsieur le comte, lui dit-elle, Versailles est une place qui vous est familière.

— « Madame, pendant près de 20 ans, je fus intimement lié avec le feu roi ; il daigna m'écouter avec bonté ; il fit usage de mes pauvres capacités en plusieurs occasions, et je ne pense pas qu'il regrettât de m'avoir donné sa confiance.

— « Vous avez désiré que Mme d'Adhémar vous amenât à moi ; j'ai une grande affection pour elle et je ne doute pas que ce que vous avez à me dire ne mérite d'être écouté.

— « La reine, répondit le comte d'une voix solennelle, pèsera dans sa sagesse ce que je vais lui confier ; le parti encyclopédique désire le pouvoir ; il ne l'obtiendra que par la chute absolue du clergé, et pour assurer ce résultat, il renversera la monarchie. Ce parti, qui cherche un chef parmi les membres de la famille royale, a jeté les yeux sur le duc de Chartres ; ce prince deviendra l'instrument d'hommes qui le sacrifieront quand il aura cessé de leur être utile ; la couronne de France lui sera offerte, il trouvera l'échafaud au lieu du trône ; mais avant ce jour de la rétribution, quelles cruautés, quels crimes !! Les lois ne seront plus longtemps la protection des bons et la terreur des méchants ; ce sont ces derniers qui saisiront le pouvoir avec leurs mains teintées de sang ; ils aboliront la religion catholique, la noblesse, la magistrature.

— « De sorte, qu'il ne restera rien que la royauté, interrompit la reine avec impatience.

— « Pas même la royauté, mais une république avide, dont le sceptre sera le couteau de l'exécuteur. »

A ces mots, je ne pus me contenir moi-même et prenant sur moi d'interrompre le comte en présence de la reine :

— « Monsieur, criai-je, pensez-vous à ce que vous dites, et devant qui vous parlez ?

— « En vérité, ajouta Marie-Antoinette, un peu agitée, ce sont des choses que mes oreilles ne sont pas habituées à entendre.

— « Et c'est dans la gravité des circonstances que j'ai trouvé cette hardiesse, répliqua froidement M. de Saint-Germain. Je ne suis pas venu avec l'intention de rendre à la reine un hommage dont elle doit être fatiguée, mais pour lui montrer les dangers qui menacent sa couronne, si de promptes mesures ne sont pas prises pour les éloigner.

— « Vous êtes positif, Monsieur, dit la reine avec pétulance.

— « Je suis profondément peiné de déplaire à Votre Majesté, mais je ne puis dire que la vérité.

— « Monsieur, répliqua la reine en affectant un ton jovial, le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

— « J'admets, Madame, que tel est le cas en ce moment, mais Votre Majesté me permettra de vous rappeler à mon tour que Cassandre a prédit la ruine de Troie et que l'on a refusé de la croire ; je suis Cassandre, la France est le royaume de Priam. Plusieurs années passeront encore dans un calme trompeur, puis de toutes les parties du royaume accourront des hommes avides de vengeance, de pouvoir et d'argent ; ils renverseront tout sur leur chemin ; la populace séditieuse et quelques grands personnages de l'Etat leur prêteront leur aide ; un esprit de délire s'emparera des citoyens; la guerre civile aura lieu avec toutes ses horreurs ; elle entraînera avec elle le meurtre, le pillage, l'exil. Alors on regrettera de ne pas m'avoir écouté, peut-être me demandera-t-on encore, mais le temps aura passé... la tempête aura tout détruit devant elle.

— « J'avoue, Monsieur, que ce discours m'étonne de plus en plus et si je ne savais que le feu roi eut de l'affection pour vous et que vous l'avez servi fidèlement... Vous désirez parler au roi ?

— « Oui, Madame, mais sans le concours de M. de Maurepas. Il est mon ennemi ; d'ailleurs je le range parmi ceux qui contribueront à la ruine du royaume, non par malice, mais par incapacité.

— « Vous êtes sévère pour un homme qui a l'approbation de la majorité.

— « Il est le premier ministre, et à ce titre il est sûr d'avoir des flatteurs.

— « Si vous l'écartez de vos rapports avec le roi, je crains que vous n'ayez de la peine à approcher de Sa Majesté qui ne peut agir sans son principal conseil.

— « Je serai à la disposition de leurs Majestés aussi longtemps qu'elles désireront m'employer ; mais je ne suis pas leur sujet, toute obéissance de ma part est un acte gratuit.

— « Monsieur, dit la reine, qui à cette époque ne pouvait traiter aucun sujet sérieux pendant longtemps, ou êtes-vous né ?

— « A Jérusalem.

— « Et quelle était... quand ?

— « La reine me permettra d'avoir une faiblesse commune à beaucoup de personnes. Je n'aime jamais dire mon âge, cela porte malheur.

— « Comme pour moi, l’almanach royal ne fait aucune allusion au mien. Adieu, Monsieur ; le plaisir du roi vous sera communiqué. »

C'était un congé, nous nous retirâmes et en revenant à la maison avec moi, M. de Saint-Germain me dit :

— « Je suis sur le point de vous quitter, Madame, et pour longtemps, car je n'ai pas l'intention de rester plus de 4 jours en France.

— « Qu'est-ce qui vous décide à partir si vite.

— « La reine répétera au roi ce que je lui ai dit ; Louis XVI le redira à son tour à M. de Maurepas. Ce ministre délivrera une lettre de cachet contre moi, et le chef de la police aura des ordres pour la mettre à exécution ; je sais comment ces choses se passent et je ne désire pas aller à la Bastille.

— « Que vous importerait. Vous passeriez à travers la geôle.

— « Je préfère ne pas avoir besoin de recourir à un miracle ; adieu, Madame.

— « Mais si le roi vous demandait ?

— « Je reviendrais.

— « Comment le saurez-vous ?

— « J'ai le moyen de le savoir, ne vous tourmentez pas pour cela.

— « En attendant je serai compromise.

— « En aucune façon ; adieu. »

Il partit aussitôt qu'il se fut débarrassé de ma livrée. Je restais fort troublée. J'avais dit à la reine que pour être plus apte à satisfaire ses désirs, je ne quitterais pas le château. Deux heures après, Mme de Misery vint me chercher au nom de Sa Majesté. Je n'augurais rien de bon de cet empressement ; je trouvai le roi avec Marie-Antoinette. Elle me parut embarrassée ; Louis XVI, au contraire, vint à moi franchement et me prit la main qu'il baisa avec une grâce infinie, car il était charmant quand il voulait.

— « Madame d'Adhémar, me dit-il, qu'avez-vous fait de votre sorcier ?

— « Le comte de Saint-Germain, Sire ? Il est parti pour Paris.

— « Il a sérieusement alarmé la reine ; vous avait-il auparavant tenu le même langage ?

— « Pas avec autant de détails.

— « Je ne vous en veux pas pour cela, ni la reine non plus, car vos intentions sont bonnes ; mais je blâme l'étranger pour avoir osé nous prédire des revers que les quatre coins du globe ne pourraient offrir dans le courant d'un siècle. Avant tout, il a tort de se cacher du comte de Maurepas qui voudrait savoir comment détruire ses inimitiés personnelles, si cela était nécessaire, pour les sacrifier aux intérêts de la monarchie. Je lui parlerai de la chose, et s'il me conseille de voir Saint-Germain, je ne refuserai pas de le voir. Il a la réputation d'être intelligent et habile ; mon grand-père aimait sa société, mais avant de lui accorder un entretien, j'ai voulu vous rassurer sur les conséquences possibles de la réapparition de ce mystérieux personnage. Quoi qu'il puisse arriver, vous serez mise au courant. »

Mes yeux se remplirent de larmes à cette preuve frappante de la bonté de leurs Majestés, car la reine me parla aussi affectueusement que le roi. Je revins plus calme, mais tourmentée néanmoins de la tournure que cette affaire avait prise, je me félicitais intérieurement que M. de Saint-Germain eut tout prévu.

Deux heures plus tard, j'étais encore dans mon boudoir, absorbée dans mes pensées, quand il y eut un coup frappé à la porte de ma modeste chambre. J'éprouvai une commotion extraordinaire, et presque immédiatement, les deux battants de la porte s'ouvrirent et Monseigneur le comte de Maurepas fut annoncé. Je me levai pour le recevoir avec bien plus de vivacité que s'il avait été le roi de France. Il s'avança avec le sourire aux lèvres.

— « Pardonnez-moi, Madame, dit-il, pour le manque de cérémonie de ma visite, mais j'ai quelques questions à vous faire, et la politesse a exigé que je vinsse vous chercher. »

Les courtisans de cette époque montraient une politesse exquise envers les femmes, politesse qui ne dura pas longtemps dans toute sa pureté après la tempête qui renversa tout. Je répliquais, comme je devais le faire, à M. de Maurepas et après ces préliminaires…

— « Bien, reprit-il, alors notre vieil ami, le comte de Saint-Germain, est revenu ? Il en est encore à ses vieux trucs, et il a recommencé sa jonglerie ? »

J'étais sur le point de me récrier. Mais m'arrêtant avec un geste de prière,

— « Croyez-moi, ajouta-t-il, je connais le coquin mieux que vous, Madame. Une chose seulement me surprend ; les années ne m'ont pas épargné, et la reine déclare que le comte de Saint-Germain a l'apparence d'un homme de 40 ans. Quoi qu'il puisse être, nous devons savoir à quelle source il a pris cette information si précise, si alarmante ; il ne vous a pas donné son adresse, je le garantirais ?

— « Non, monsieur le comte.

— « Il sera découvert, nos policiers ont un flair très fin..., le roi vous remercie pour votre zèle, rien de mauvais n'atteindra Saint-Germain, sauf qu'il sera enfermé dans la Bastille où il sera bien nourri, bien chauffé jusqu'à ce qu'il veuille bien nous dire où il a recueilli tant de choses curieuses. »

A ce moment notre attention fut détournée par le bruit de la porte de ma chambre qui s'ouvrait...

C'était le comte de Saint-Germain qui entrait. Un cri m'échappa, pendant que M. de Maurepas se leva précipitamment, et je dois dire que sa contenance changea un peu. Le thaumaturge s'approchant de lui, dit :

— « Monsieur le comte de Maurepas, le roi vous a sommé de lui donner un bon avis, et vous ne pensez qu'à maintenir votre autorité en vous opposant à ce que je voie le monarque ; vous perdez la monarchie, car je n'ai qu'un temps limité à donner à la France, et ce temps écoulé je ne serai plus revu qu'après trois générations consécutives. J'ai dit à la reine tout ce qu'il m'était permis de lui dire ; mes révélations au roi auraient été plus complètes ; il est malheureux que vous soyez intervenu entre Sa Majesté et moi. Je n'aurai rien à me reprocher quand l'horrible anarchie dévastera la France entière. Quant à ces calamités, vous ne les verrez pas ; mais les avoir préparées, sera suffisant pour votre mémoire... N'attendez aucun hommage de la postérité, ministre frivole et incapable 1 vous serez rangé parmi ceux qui font la ruine des Empires. »

M. de Saint-Germain ayant ainsi parlé sans reprendre haleine revint vers la porte, la ferma et disparut.

Tous les efforts pour trouver le comte furent inutiles.

Isabel Cooper Oakley.
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(Dans cette suite des "Incidents de la vie du comte de Saint-Germain", le mystérieux comte continue d’alerter la famille royale française des dangers imminents. Présenté comme un ami fidèle et un prophète, Saint-Germain tente de mettre en garde le roi et la reine contre les mauvaises influences de conseillers comme M. de Maurepas, et contre la menace croissante d'une révolution. Cependant, ses avertissements sont ignorés, et la cour reste aveuglée par les plaisirs et la frivolité, incapable de saisir la gravité de la situation.

Mme d’Adhémar rapporte des moments marquants avec la reine Marie-Antoinette, qui commence à se rendre compte des avertissements de Saint-Germain, mais trop tard pour empêcher la catastrophe. Lorsqu'elle reçoit des messages prophétiques en vers, qui prédisent la chute de la monarchie et les horreurs de la Révolution, la reine commence à douter, mais ne parvient pas à agir efficacement.

Au fil des événements, la situation devient critique. Le comte de Saint-Germain continue de prévenir Marie-Antoinette des dangers, notamment en conseillant aux proches de la reine, comme la duchesse de Polignac, de quitter la France pour éviter la proscription. À l’aube de la Révolution, il envoie une dernière lettre prophétique annonçant la fin imminente de la monarchie et conseille à Mme d'Adhémar de se protéger des tumultes à venir.

Saint-Germain apparaît ainsi comme une figure omnisciente, perçue à la fois comme un prophète et un protecteur occulte, dont les mises en garde se réalisent tragiquement lors de la Révolution).



INCIDENTS DE LA VIE DU COMTE DE SAINT-GERMAIN (Suite).

II

M. de Saint-Germain, nous le voyons, essaya de prévenir la famille Royale des dangers qui la menaçaient. Il fut le mystérieux donneur d'avis dont on a si souvent parlé, et veillait évidemment sur la malheureuse jeune reine depuis son entrée en France. Il chercha à faire comprendre au Roi et à la Reine que M. de Maurepas et leurs autres conseillers ruinaient la France. Ami de la Royauté, l'abbé Barruel ne l'en accusa pas moins de mener la Révolution. Mais « le temps dévoile toute chose », l'accusateur est oublié, et l'accusé a pris rang d'ami fidèle et de vrai prophète. Ecoutons maintenant Mme d'Adhémar.

« L'avenir s'assombrissait ; nous touchions à la catastrophe terrible qui allait bouleverser la France ; l'abîme était sous nos pas et nous détournions la tête ; frappés d'un fatal aveuglement nous courions de fête en fête, de plaisirs en plaisirs, c'était comme une sorte de démence qui nous poussait gaiement à notre perte...

« Hélas ! comment conjurer la tempête quand on ne la prévoit pas ? »
« Pourtant, de loin en loin, des esprits chagrins ou observateurs tentaient de nous arracher à cette sécurité funeste. J'ai déjà dit que le comte de Saint-Germain avait cherché à dessiller les yeux de LL. MM. en leur faisant entrevoir l'approche du péril ; mais M. de Maurepas, ne voulant pas que le salut du royaume vint d'un autre que de lui, évinça le thaumaturge et il ne reparaissait plus. »

Ceci se passait en 1788, la catastrophe finale n'arriva qu'en 1793, mais les attaques dirigées contre le Roi et le Trône devenaient plus virulentes d'année en année, grâce au fatal aveuglement signalé par notre auteur. La frivolité de la cour marchait de pair avec la haine de ses ennemis et la malheureuse Reine s'efforçait mais en vain de comprendre l'état des affaires. Mme d'Adhémar nous dit à ce propos :

« Je ne peux résister à copier ici, pour donner une idée de ces tristes débats, une lettre écrite par M. de Sallier, conseiller au parlement à la chambre des requêtes, et adressée à l'un de ses amis, membre du parlement de Toulouse… Cette relation fut répandue et lue avec avidité, nombre de copies en circulèrent dans Paris. Avant que l'original parvint à Toulouse, on en parla chez la duchesse de Polignac. La reine s'adressant à moi, me demanda si je l'avais lue et me pria de la lui procurer ; cette demande me jeta dans un embarras réel ; je souhaitais obéir à Sa Majesté et en même temps je craignais de déplaire au ministre dirigeant ; cependant mon attachement pour la reine l'emporta.

Marie-Antoinette lut devant moi cette pièce et alors soupirant :
— « Ah ! Madame d'Adhémar, dit-elle, que toutes ces attaques à l'autorité du Roi me sont cruelles ! nous marchons sur un terrain qui tremble; je commence à croire que votre comte de Saint-Germain avait raison, nous eûmes tort de ne pas l'écouter, mais M. de Maurepas nous imposait une dictature adroite et despotique. Où va-t-on ?
« La reine me fit appeler ; j'accourus à son ordre sacré. Elle tenait à la main une lettre.
— Madame d'Adhémar, dit-elle, voici encore une missive de mon inconnu ! N'avez-vous pas entendu parler de nouveau du comte de Saint-Germain ?
— Non, répondis-je ; je ne l'ai pas vu et rien de sa part ne m'est arrivé.
— Cette fois, ajouta la Reine, l'oracle a pris le langage qui lui convient, l'épître est en vers ; ils peuvent être mauvais, mais ils sont peu réjouissants. Vous les lirez à votre loisir, car j'ai promis une audience à l'abbé de Ballivières. Je voudrais que mes amis vécussent en bonne intelligence.
— D'autant, osai-je ajouter, que leurs ennemis triomphent de leurs querelles.
— L'inconnu dit comme vous ; mais qui a tort ou raison ?

On vint informer Marie-Antoinette que l'abbé de Ballivières était rendu à ses ordres. Je passai dans les petits cabinets où, ayant demandé du papier, des plumes et de l'encre à Mme Campan, je copiai la pièce suivante, obscure alors, et qui, depuis, est devenue trop claire :
« Les temps vont arriver où la France imprudente,
Parvenue aux malheurs qu’elle eût pu s'éviter
Rappellera l'enfer tel que l’a peint le Dante,
Reine, ce jour est proche, il n'en faut plus douter.
Une hydre lâche et vile, en ses orbes immenses
Enlèvera le trône, et l'autel, et Thémis.
Au lieu du sens commun, d'incroyables démences
Règneront. Aux méchants, lors tout sera permis,
Oui, l'on verra tomber sceptre, encensoir, balance,
Les tours, les écussons, et jusqu'aux blancs drapeaux.
Ce sera désormais dol, meurtre, violence,
Que nous retrouverons au lieu d'un doux repos.
De longs fleuves de sang coulent dans chaque ville,
Je n'entends que sanglots, je ne vois que proscrits,
Partout gronde en fureur la discorde civile,
Et partout la vertu fuit en poussant des cris,
Du sein d'une assemblée un vœu de mort s'élève.
Grand Dieu ! qui va répondre à des juges-bourreaux !
Sur quels augustes fronts vois-je tomber le glaive !
Quels monstres sont traités à l'égal des héros !
Oppresseurs, opprimés, vainqueurs, vaincus... l’orage
Vous atteint tour à tour dans ce commun naufrage.
Que de crimes, de maux, et d'affreux attentats
Menacent les sujets, comme les potentats !
Plus d'un usurpateur en triomphe commande,
Plus d'un cœur entraîné s'humilie et s'amende
Enfin, fermant l'abîme, et né d'un noir tombeau
Grandit un jeune lis plus heureux et plus beau. »
Ces vers prophétiques écrits d'une plume qui nous était déjà connue, mitonnèrent. Je me creusai la tête pour en deviner le sens ; car le moyen de croire que c'était à leur expression la plus simple à laquelle il fallait s'attacher ?
Comment s'imaginer, par exemple, que ce serait le Roi et la Reine qui périraient de mort violente, et à la suite de jugements iniques ? Nous ne pouvions, en 1788, avoir tant de perspicacité ; c'était une chose impossible.
Lorsque je revins auprès de la Reine et que nul indiscret ne put entendre :
— Que vous semble de ces menaces rimées ?
— Elles sont effrayantes ! Mais qui regardent-elles ? Cela ne peut toucher Votre Majesté ? On annonce des choses incroyables, des folies ; que sais-je ? Si tout cela se réalise, ce sera l'affaire de nos arrière-neveux.

— Plût au ciel que vous disiez vrai, madame d'Adhémar, répartit la reine ; cependant ce sont des rencontres étranges. Quel est ce personnage qui s'intéresse à moi depuis tant d'années sans se faire connaître, sans demander aucune récompense, et qui, pourtant, m'a dit toujours vrai ? Il m'annonce maintenant le renversement de tout ce qui existe, et s'il fait luire l'espérance, c'est dans un lointain où je ne parviendrai peut-être pas.

Je tâchai de consoler la Reine ; surtout je lui dis qu'elle devait contraindre ses amis à bien vivre ensemble, et surtout à ne pas révéler au dehors les querelles du dedans. Marie-Antoinette me répondit ces paroles mémorables : Vous vous imaginez que j'ai du crédit ou du pouvoir dans notre salon ; vous vous trompez. J'ai eu le malheur de croire qu'il était permis à une Reine d'avoir des amis. Il en résulte que tous prétendent me gouverner ou m'employer à leur avantage personnel. Je suis le centre d'une foule d'intrigues auxquelles j'ai de la peine à me soustraire. Chacun se plaint de mon ingratitude. Ce n'est pas là le rôle d'une reine de France. Il y a un très beau vers que je m'applique en y faisant une variante :

« Les rois sont condamnés à la magnificence.
« Je dirais avec plus de raison :
« Les rois sont condamnés à s'ennuyer tout seuls.
« Ainsi je ferais si j'avais à recommencer ma carrière. »

Passant sur les événements où il n'est pas question du comte de Saint-Germain, nous arrivons à la proscription des Royalistes de 1789. L'infortunée Reine reçut encore une fois un avis de son conseiller inconnu, qui frappa, hélas ! des oreilles incapables de comprendre. Apprenant ce qui se tramait contre les Polignac, Marie- Antoinette envoya prévenir la duchesse de sa chute prochaine. Reprenons ici le journal de Mme d'Adhémar.

«.... Je me levai, et manifestant le chagrin que me causait cette commission, je m'en allai vers Mme de Polignac. J'aurais voulu qu'elle fut seule ; j'y rencontrai le duc son mari, sa belle-sœur, le comte de Vaudreuil, M. l'abbé de Ballivières. A l'air solennel que je mis à me présenter, au gonflement de mes yeux, encore humides des pleurs mêlés à ceux de la reine, on se douta que je venais pour une triste cause ; la duchesse me tendit la main.

— « Qu'avez-vous à m'annoncer ? me dit-elle ; je suis préparée à tous les malheurs.

— « Non pas, dis-je, à celui qui va fondre sur vous hélas ! ma douce amie, acceptez-le avec résignation et courage...

« Les mots expirèrent sur mes lèvres, et la comtesse reprenant la parole :

— « Vous faites mourir mille fois ma sœur par vos réticences ; eh bien, Madame, de quoi s'agit-il ?

— « Oui, dit la duchesse, puisqu'il faut que je le sache.

— « La Reine, dis-je, veut que pour éviter la proscription qui vous menace, vous et les vôtres, vous alliez pour quelques mois à Vienne.

— « La Reine me chasse, et vous me l'annoncez ! s'écria la duchesse en se levant.

— « Injuste amie, repris-je, laissez-moi vous dire tout ce qu'il me reste à vous communiquer.

« Alors je poursuivis, et répétai mot pour mot ce que Marie-Antoinette m'avait chargée de rapporter.

Ce furent d'autres larmes, d'autres cris, d'autres désespoirs, je ne savais à qui entendre ; M. de Vaudreuil ne montra pas plus de fermeté que les Polignac.

— « Hélas, dit la duchesse, obéir est mon devoir, je partirai sans doute, puisque la Reine le veut, mais ne me permettra-t-elle pas de lui renouveler de vive voix ma gratitude pour ses bontés sans nombre.

— « Jamais, dis-je, elle n'a pensé que vous partiriez avant qu'elle vous ait consolée ; allez donc dans sa chambre, son accueil vous dédommagera de cette défaveur apparente.

« La duchesse me pria de l'accompagner, j'y consentis ; mon cœur se brisa à la triste entrevue de ces femmes qui se chérissaient si ardemment...

« Dans ce moment on remit à la Reine une lettre cachetée bizarrement ; elle y jeta les yeux, frémit, me regarda et dit :

— « C'est de notre inconnu.

— « En effet, dis-je, il me semblait étrange que, dans des circonstances pareilles à celles-ci, il se tint tranquille ; au reste, ce n'est pas faute de m'avoir prévenue.

« Mme de Polignac, par sa contenance, semblait avide de connaître ce qui m'était si familier. Un signe que je fis en instruisit la Reine. S. M. alors se mit à dire :

— « Dès mon arrivée en France, et à chaque événement important auquel mes intérêts sont mêlés, un mystérieux protecteur m'a dévoilé ce que j'avais à craindre. Je vous en ai dit quelque chose, et, aujourd'hui je ne doute pas qu'il ne me conseille ce que je dois faire. Tenez, madame d'Adhémar, me dit-elle, lisez cette lettre ; vos yeux sont moins fatigués que ceux de Mme de Polignac et les miens.

« Hélas, la Reine voulait parler des larmes qu'elle ne cessait de répandre. Je pris le papier, et en ayant ouvert l'enveloppe je lus ce qui suit :


Madame,

« J’ai été Cassandre ; mes paroles ont frappé en vain vos oreilles et vous êtes arrivée à ces temps que je vous avais annoncés. Il ne s'agit plus de louvoyer, mais d'opposer l'énergie à la tempête qui gronde : il faut, pour cela, et afin d'augmenter votre force, vous isoler des personnes que vous aimez le plus, afin d'enlever tout prétexte aux rebelles. D'ailleurs ces personnes courent danger de vie ; tous les Polignac et leurs amis sont voués à la mort et signalés aux assassins qui viennent d'égorger les officiers de la Bastille et M. le prévôt des marchands, M. le comte d'Artois, périra ; on a soif de son sang, qu'il y fasse attention. Je me hâte de vous dire ceci, plus tard je vous en communiquerai davantage. »

« Nous étions dans la stupeur où plonge nécessairement une pareille menace lorsqu'on nous annonça M. le comte d'Artois. Nous tressaillîmes tous ; lui-même était anéanti. On le questionna et lui, ne pouvant se taire, nous dit que le duc de Liancourt venait de lui apprendre ainsi qu'au Roi que les hommes de la Révolution, pour la consolider, en voulaient à sa vie (celle du comte d'Artois) et à celle de la duchesse de Polignac, du duc, de MM. Vaudreuil, de Vermont, de Guiche, des ducs de Broglie, de la Vauguyon, de Castries, baron de Breteuil, MM. de Villedeuil, d'Amecourt, des Polastrons, en un mot une proscription réelle...

En rentrant chez moi, on me remit un billet ainsi conçu :

« Tout est perdu, madame la comtesse, ce soleil est le dernier qui se couchera sur la monarchie, demain elle n'existera plus ; il y a aura un autre chaos, une anarchie sans égale. Vous savez tout ce que j'ai tenté pour imprimer aux affaires une marche différente, on m'a dédaigné, aujourd'hui il est trop tard. J'ai voulu voir l'ouvrage qu'a préparé le démon Cagliostro, il est infernal ; tenez-vous à l'écart, je veillerai sur vous ; soyez prudente et vous existerez après que la tempête aura tout abattu. Je résiste au désir que j'ai de vous voir, que nous dirions-nous ! vous me demanderiez l'impossible ; je ne peux rien pour le Roi, rien pour la Reine, rien pour la famille royale, rien même pour M. le duc d'Orléans qui triomphera demain, et qui, tout d'une course, traversera le Capitole pour trébucher du haut de la roche tarpéienne. Cependant, si vous teniez beaucoup à vous rencontrer avec un vieil ami, allez à la messe de huit heures, aux Récollets, et entrez dans la seconde chapelle, à main droite.

« J'ai l'honneur d'être...

« Comte de Saint-Germain. »

Isabel Cooper Oakley.

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